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Crainte des conséquences autour de la suspension du programme d’échange de seringues

Les toxicomanes qui doivent se rendre dans les points de distribution de méthadone, substitut de drogues dures, en cette période d’épidémie du coronavirus, font partie de ces oubliés du confinement obligatoire et des mesures sanitaires. Exposés aux risques de contamination, comment seront-ils pris en charge en milieu hospitalier ? Cette crainte est réelle dans la mesure où aucune sensibilisation auprès des populations en précarité (en tenant compte aussi des prostitués) qui sont dans la rue n’a été faite. Qui plus est, Maurice n’ayant pas adopté des mesures préventives au commencement de la crise sanitaire mondiale, ne dispose pas de lave-mains portables ni de kit d’hygiène pour ces hommes et ces femmes de la rue.

La suspension du programme d’échange de seringues pour cause de confinement obligatoire à cause du coronavirus inquiète les travailleurs sociaux engagés dans l’accompagnement des toxicomanes en réhabilitation. Ces derniers ne remettent pas en question les mesures appliquées pour protéger la population, mais ils se retrouvent devant un mauvais scénario qui les préoccupe. « Comme ils n’ont pas accès aux seringues propres et neuves, ils sont en train d’utiliser celles qui sont déjà usées, qu’ils partagent entre eux ou qu’ils trouvent dans des bouteilles. D’habitude, pour se débarrasser des seringues non réutilisables, les usagers de drogues par voie intraveineuse les mettent dans des bouteilles. Actuellement, certains brisent ces bouteilles en verre pour retirer les seringues usées. On peut imaginer les risques et conséquences que cela comporte », nous explique une travailleuse sociale et accompagnatrice d’usagers de drogue en réhabilitation. Assistant impuissants, à ce qui se passe, les acteurs de la prévention sont d’avis que les bénéficiaires du programme sont de ce fait non seulement exposés à des risques de contamination au VIH, mais aussi au Covid-19. Le travail d’accompagnement ferait alors un bond en arrière. À Maurice, aussi bien pour les sans domicile fixe que pour les toxicomanes, la distribution de kit hygiénique ou de lave-mains portables ne sont pas d’actualité.

Pas de doses à domicile
Pour ce qui est de la distribution de la méthadone, elle n’a pas été interrompue. Vanee, qui dépend de ce substitut aux drogues dures, confie que chaque matin elle se rend à l’hôpital pour recevoir sa dose. « Je prends des précautions, je porte un masque et des gants. J’ai reçu des informations sur les gestes barrières à adopter et je les applique. Mais tous les bénéficiaires de la méthadone ne font pas comme moi. Ils ne se protègent pas parce qu’ils ne se rendent pas compte de la gravité de la situation à l’extérieur », explique cette dernière. Sa crainte, dit-elle, est la prise en charge d’un toxicomane en milieu hospitalier au cas où il s’y présente pour des symptômes liés au coronavirus. « Les usagers de drogues sont déjà sujets à des préjugés. Comment seront-ils traités ? Est-ce qu’on les soignera comme tout le monde ? » se demande Vanee. D’autre part, tout comme elle, des personnes actives dans le combat contre la drogue nous ont expliqué que dans le cas de la méthadone, les autorités de la Santé auraient dû préconiser des doses à domicile (home doses).

Le bénéficiaire reçoit alors un dosage spécifique pour une durée de temps. « Ce qui serait avantageux pour nous, car nous serions alors en confinement nous aussi. Je prends des risques quand je me déplace. J’ai des enfants, il y a des personnes âgées qui vivent avec moi. Tous les jours je les expose aussi aux mêmes risques ! » affirme la jeune femme. Toutefois, quand on sait que la méthadone n’échappe pas au trafic, en donner plus que la dose prescrite risque fort de pousser certains à les vendre à un prix fort… Il est envisagé qu’après le confinement national que la demande pour le programme de la méthadone ne grimpe. Pour cause, de nombreux toxicomanes qui n’avaient pas adhéré au programme parviennent difficilement à s’approvisionner et ressentent le manque. C’est dans ces moments-là que la méthadone démontre son efficacité dans le traitement contre l’addiction.

Et quid des prostituées ?
Avec le confinement national, des bénéficiaires de la méthadone font face à une autre contrainte : l’accès à l’hôpital, faute de transport ou de contrôle policier. « Certains arrivent en retard. Dans un cas, j’ai dû téléphoner au responsable de la distribution pour faire appel à sa compréhension. Si le bénéficiaire quitte l’hôpital en état de manque, une fois à l’extérieur, il serait prêt à tout pour obtenir sa dose », nous explique un spécialiste en toxicomanie. Une opinion partagée par une accompagnatrice d’ex-détenus qui raconte comment elle a, cette semaine, aidé un homme en situation de détresse : « Pou ki li pa al komet enn vol pou li manze, li’nn mars plizier kilomet parski pena transpor li’nn vinn get mwa pou mo ed li. » Cette dernière se dit aussi préoccupée du sort des prostituées, notamment celles du Jardin de la Compagnie, à Port-Louis. Elles aussi comptent parmi les oubliées de la pandémie.

Dans la soirée de jeudi dernier, nous recevons un appel. Des habitants d’une région dans le Nord-Ouest sont très inquiets : « Le trafic de drogue a repris de plus belle. Swa-disan ena konfinman, me fode gete kouma ena pe ale-vini kot revander », nous dit l’un d’eux. La police de la localité avait même été interpellée. Le même scénario a été noté dans une autre région de l’île. « Bann se ki konsom leroinn pa pe bizin al an-deor landrwa pou aste. Kot zot mem ena de-trwa
marsan », nous explique-t-on.À Richelieu

Arrestation de cinq voleurs après une course-poursuite

Cinq voleurs, Shezad Ara, Robin Chengapen, Jean Willy Casimir, Désiré Jacques d’Eau, Stephano Ragoo, armés de sabres, ont fait irruption dans la soirée de jeudi à vendredi dans une compagnie d’importation située à Richelieu. Ils ont été arrêtés après une course-poursuite menée par le sergent Rathiapoulé et les éléments de l’Anti-Robbery Squad

Il était aux alentours de 21h30 lorsque le vigile de la compagnie entendit un grand bruit venant du bâtiment commercial. Lorsqu’il est allé voir ce qui s’etait passé, surgit un homme encagoulé. À peine avait-il le temps de lui demander des explications que l’intrus appela ses complices. Ces derniers devaient emmener le gardien à l’arrière du bâtiment, et le ligoter. L’un des hommes lui a donné un coup de sabre à la tête avant de le forcer à indiquer où se trouvaient les clés.

Les braqueurs ont ensuite pris place à bord de deux véhicules, une de couleur blanche et l’autre grise, qui contenaient plusieurs produits, des barres de chocolat, des friandises, du chewing-gum, de l’ail, du gingembre et le portable du vigile. Alertées, plusieurs unités de la force policière sont venues sur place et ont lancé l’opération en vue de retrouver les malfaiteurs.

Une des fourgonnettes a été repérée et devant le refus des occupants de se rendre volontairement, un coup de feu a été tiré. Stephano Ragoo devait être atteint à la hanche. Il a été admis aux soins intensifs et deux autres dans une salle. Leur état de santé n’inspire aucune inquiétude. Quant au gardien, il n’a pas souhaité se faire examiner par un médecin. Il a dit aux enquêteurs ne pas être en mesure d’identifier ses agresseurs.