Depuis le 23 juin, alors que le yacht Kittiwake croisait à environ 920 milles nautiques au Nord-Est de Maurice, tout contact avec la terre ferme était coupé. Le Britannique Tim Luker, 56 ans, un ancien professionnel engagé dans l’exploitation pétrolière, et son épouse Rebekah, 43 ans, ancienne enseignante en nutrition dans une université à Dubayy, n’avaient nullement imaginé ce scénario en 2009 quand ils avaient pris la décision de tout laisser à terre pour s’embarquer dans un tour du monde en voilier. Pourtant, pendant ces neuf jours, ils ont vécu à bord de leur yacht complètement coupés du reste du monde car une panne de leurs équipements de communication les a privés de tout contact. Toutefois, mardi dernier, quand ils ont vu le Dornier de la National Coast Guard survolant le Kittiwake, ils ont su que leur calvaire allait prendre fin même s’ils affirment qu’ils n’étaient nullement inquiets pour leur sécurité en mer.
Le couple Luker avec leurs jumelles de deux ans avaient quitté la base américaine de Diego-Garcia, leur dernière escale, le 20 juin, en vue de rallier Port-Louis. Le plan de voyage établi était que le Kittiwake devait arriver à Port-Louis le 1er juillet. Mais après à peine trois jours de navigation, Tim Luker se rend compte qu’il a de gros problèmes de communication. Il ne peut plus se mettre en contact avec un de ses proches en Grande-Bretagne pour lui communiquer sa position en mer quotidiennement, comme convenu au départ de ce tour du monde en voilier.
La dernière position connue était que le Kittiwake naviguait à environ 920 milles nautiques au Nord-Est de Maurice. C’est tout et plus rien. La consigne laissée avec le contact en Grande-Bretagne était qu’en cas de problème, soit après quatre jours sans contact, il devait se mettre en communication avec le poste de Coast Guard de Falmouth pour déclencher les recherches. Ce qui fut fait au terme du protocole établi.
Mais au fil des jours, l’inquiétude grandissait à terre et parmi les proches du couple Luker. Aucune nouvelle et pas la moindre trace du Kittiwake en  mer. Aucune éventualité n’était écartée vu la présence de pirates somaliens dans cette partie de l’océan Indien et des précédents avec des membres d’équipage de yacht pris en otage. Le QG de la National Coast Guard de Port-Louis fut averti de la situation en vue de coordonner une Search and Rescue Operation. Les navires dans les parages sont placés « On the Look-Out ».
À bord du Kittiwake, Tim Luker tentait en vain d’identifier la faute dans les équipements en vue de rétablir la communication. Comble de malchance, ni le téléphone satellitaire ni le SSP Radio de bord ne fonctionnaient. Il avait transmis un dernier message électronique le lundi 23.
« We tried to use satellite phone, but the phone could not take on the satellite. That was not working. So then, there was a real problem. But we were not panicked. We were safe. The crude fact was that we could not contact anyone », raconte à Week-End le chef de famille sous le regard approbateur de son épouse Rebekah.
Pendant deux jours entiers, Tim Luker aura tout tenté pour réparer les failles sur le téléphone satellite et la SSP Radio. « J’ai tout démonté pour pouvoir régler ce problème. J’ai vérifié câble par câble. But I could not. It was beyond my abilities. But we were knowing that after four days without any contact, our friend is required to inform the National Coast Guard… », poursuit-il avec le visage encore marqué par cette mésaventure. Le loup de mer était confiant que son contact à terre allait faire le nécessaire au terme des dispositions arrêtées pour alerter les autorités compétentes.
Comme un malheur ne vient jamais seul, les conditions de navigation en mer n’étaient nullement favorables. « We set for Mauritius about two weeks ago from Diego-Garcia. The weather forecast was not great but we did not have much choice. All the way down, the wind was strong, about 25 to 45 knots. The waves were very big. About six meters. The sea was really swelling. It was very difficult for our girls as they were falling every five minutes. We needed to be careful », raconte le père de famille tout en assurant que son yacht est suffisamment solide et fiable pour naviguer dans ce genre de conditions.
Entre-temps, depuis le samedi 28 juin, la National Coast Guard de Maurice était sur le qui-vive pour tenter de retrouver le Kittiwake dans cette partie de l’océan Indien. La mission était rendue encore plus difficile et délicate car les dernières positions remontaient à six jours et que l’autonomie de vol du Dornier constituait un facteur déterminant dans tout plan de recherches en mer.
La chance allait être du côté des Luker ce mardi 1er juillet, date à laquelle leur arrivée à Port-Louis était prévue. Le Kittiwake avait été aperçu par l’équipage du Dornier, parti scruter l’océan au Nord de Maurice. Tim Luker n’oubliera pas de sitôt ce moment magique après des jours et des nuits d’angoisse naviguant sans aucun échange avec le monde extérieur.
« The officers of the Mauritian National Coast Guard were really brilliant. Very effective. They were clearly trying their best to find us with the plane out. As soon as they found our location, it took them 10 minutes to find our boat. That was a great moment when the Dornier was out to look for us. We knew at that time that the Coast Guard could see that we are ok. We talked to the pilot and explained the situation. We confirmed that it’s just a problem of radio and we can’t communicate but everything is alright », confie Tim Luker avec son visage resplendissant de bonheur et une dose d’émotion dans la voix. Il ne cessera de répéter que « nous devons un grand merci aux éléments de la NCG pour leur formidable boulot! »
Une fois le Kittiwake accosté à la marina du Caudan Waterfront, le couple Luker se met à l’heure du bilan après un bon sommeil réparateur. Les deux jumelles, placées sur les genoux de leurs parents, arrivent difficilement à comprendre ce qui se passe. Mais Tim et Rebekah ne comptent nullement mettre un terme à leur tour du monde en yacht.
Sauf, ils auront à se plier à des obligations familiales inattendues avant de reprendre la mer. Certes, après la panne du système de communication, l’escale à Port-Louis se devait être plus longue que prévue. Mais Rebekah Luker vient d’apprendre le décès de son jeune frère qui a succombé à une crise cardiaque en Grande-Bretagne.
« So we need to fly back to England in ten days, time to help organize the funerals and be there with the family », reconnaît l’époux. Le couple profitera de ce déplacement pour baptiser les jumelles. En attendant, le yacht restera à la marina pour des réparations au niveau du générateur et de la radio défaillante. Si tout se passe comme prévu, les aventuriers de la mer devront être de retour sur l’île en septembre prochain pour reprendre leur tour du monde.
Cela fait cinq ans que cette famille britannique a décidé de tout abandonner à terre pour vivre le rêve fou de faire le tour du monde en yacht. « We left England in May 2009 with the intent of sailing around the world. We both did quit our jobs in order to do that. We were actually living in the Middle East at the time. We sailed around the Mediterranean sea and across the Atlantic ocean at the end of 2009. Then the Caribbean sea for six months and across the Pacific ocean. It took us six months to get to Australia. In 2011, we sailed to Thailand. The begining of 2012 we were in there when we got the news that the twins were coming », raconte Tim Luker en toute fierté.
La naissance des jumelles allait interrompre la traversée pour une période de six mois. Mais l’appel de la mer fut irrésistible et quelque temps après, les deux jumelles furent embarquées à bord du Kittiwake pour reprendre le voyage à partir de la Thaïlande jusqu’à l’épisode se déroulant entre Diego-Garcia et Port-Louis et après cette escale, leur ardeur ne sera nullement atténuée, peu importe les difficultés qui se dresseront sur leur passage en mer…