Lorsque l’on évoque les risques systémiques auxquels nous nous exposons chaque jour un peu plus, à l’instar du réchauffement climatique, l’on se dit le plus souvent qu’il revient aux autorités de prendre les mesures qui s’imposent, un peu comme celles-ci l’ont d’ailleurs fait depuis l’arrivée du Covid-19 à Maurice, afin de nous épargner le pire. Ce qui n’est somme toute que pure logique, nos décideurs ayant gagné leur place, du moins dans nos sociétés démocratiques, par le biais d’un vote populaire. Mais est-ce pour autant une garantie que ces derniers respecteront la confiance que nous avons placée en eux ? Ce serait en effet oublier que nos intérêts (les nôtres et les leurs) divergent sur de nombreux points, à commencer par les avantages matériels et financiers découlant de nos positions respectives.

Les usagers du bus ou du métro le savent pertinemment, bien que de manière inconsciente : lorsque l’on monte à bord, seul le chauffeur est aux commandes, ce dernier devant alors gérer les obstacles qui se dressent sur sa route afin de garantir que ses passagers arrivent sains et saufs à destination. Et comme nous le savons aussi, de triste mémoire d’ailleurs, toute erreur de jugement peut être fatale à un grand nombre. Ce qui ne nous empêche pas, à chaque fois que nous empruntons ces modes de transport en commun, de placer notre confiance entre les mains d’un inconnu. L’analogie avec la crise actuelle est parlante : comme le chauffeur du bus, nos décideurs se doivent de mener les affaires du pays avec, comme objectif premier, d’assurer le bien-être de la population. Or, encore une fois, le problème vient justement de cette perception du « bien-être », trop souvent différente selon la position sociale et décisionnelle que l’on occupe.

Reprenons l’exemple du coronavirus ! De l’apparition des premiers foyers à l’actuelle pandémie, nombre de pays auront pris différentes mesures afin d’empêcher l’entrée ou la propagation du virus, notamment en interdisant ou en limitant l’accès à des territoires donnés aux populations les plus à risques. Certains encore sont en isolement forcé, tandis que d’autres ont entamé le déconfinement. Quoi qu’il en soit, jamais il n’aura été question d’une quarantaine mondiale dans son sens le plus strict du terme, et ce pour d’évidentes raisons économiques, mais aussi parce que, globalisation oblige, nous dépendons tous du reste du monde, bien que dans des proportions différentes selon notre zone géographique, et ce ne serait-ce que pour simplement pourvoir à nos besoins de base. Mais cela va bien plus loin que cela : aujourd’hui, les aléas économiques liés au Covid-19 sont à prendre eux aussi dans le sens large du terme, d’autant que, au début de la crise, cette problématique semblait davantage interpeller dans les hautes sphères que l’aspect purement sanitaire. La question pouvant alors se résumer à : « Préserver la population, oui, mais pas à n’importe quel prix ! »

Cette logique purement comptable fait plus sens encore en ce qui concerne le changement climatique. Et ce pour une raison évidente : si le Covid-19 a engendré un tel élan international, tant d’un point de vue décisionnel que de par la promptitude de la mise en place des plans d’actions, c’est parce que les conséquences du virus sont bien visibles et ne peuvent être remises en question, quand bien même Donald Trump se serait-il dans un premier temps essayé à cet exercice négationniste. Ce qui n’est malheureusement pas le cas du réchauffement planétaire, le climat étant évidemment très loin de réagir avec la même célérité que ne le fait la plus lente des souches virales. Aussi ne devrait-on pas s’étonner d’assister à cette extraordinaire frilosité du monde à agir pour minimiser l’impact des désastres à venir.

Dans tous les cas, le relatif immobilisme de ceux à la tête des affaires de la planète n’a rien de rassurant. Fort heureusement, quoique sans aller jusqu’à s’inscrire dans une logique anarchique, rien ne nous empêche de prendre une direction insurrectionnelle pacifique. Après tout, nous sommes en droit de réclamer que des actions en la matière soient mises en place avec au moins autant de vigueur (et de rigueur) que dans le cas du coronavirus, une fois bien sûr que la présente crise sera passée. Ce qui n’est hélas pas pour tout de suite…