Pour marquer la Journée internationale de la terre, le couple Junggee dévoile ses divers produits réalisés à partir de vieilles bannières publicitaires sous la marque « Sakili », dans le cadre d’une exposition au Dias Pier, Caudan Waterfront. Cette initiative, soutenue par l’ambassade des États-Unis à Maurice, a été lancée hier par la chargée d’affaires Melanie Zimmerman.
Alors qu’il n’y a pas si longtemps on parlait encore de « recycling », aujourd’hui, on parle d’ « upcycling », soit transformer des déchets en produits meilleurs ou qui leur apporte une plus-value. C’est ce que le couple Junggee a voulu réaliser en donnant une deuxième vie aux bannières publicitaires que son entreprise, 1950 Design and Print Co. Ltd, a réalisé sous la marque Sakili. Ce projet a été rendu possible grâce à l’initiative américaine Mandela Washington Fellowship (MWF).
Nazeem Junggee a créé son entreprise de design au début de cette décennie après ses études aux États-Unis. Son activité principale consiste en l’impression de bannières publicitaires grand format. Or, sensibilisé à la cause environnementale, le jeune Nazeem éprouve de la culpabilité lorsqu’il se rend compte que les bannières ont souvent une très courte vie et sont mises à la poubelle. « Le sous-sol de ma maison servait à stocker ces bannières. On voulait en faire quelque chose de pratique mais je n’avais pas l’expertise nécessaire », souligne-t-il.
Pendant ce temps, sa femme Anousha Junggee s’inscrit à la formation DYB (Do you business), une initiative de WIN et de Microsoft Océan indien. C’est là que naît le projet d’« upcycling ». Anousha Junggee le présente à la formation. Soutenue par son coach, elle développe un réseau et cherche un investisseur. « Ceux que j’ai approchés voulaient 60% de notre entreprise 1950 pour concrétiser le projet et ce n’était pas possible », soutien Anousha Junggee.
Nazeem Junggee décide alors de tenter sa chance en postulant pour le programme 2016 Mandela Washington Fellowship. Il fait partie des 11 élus mauriciens qui se rendent aux États-Unis, où il présente son projet à la compétition des « business plan ». Celui-ci est reconnu et Nazeem Junggee décroche un financement de USD 25 000 de la United States African Development Foundation (USADF). « The award was issued in June », raconte-t-il et c’est en novembre qu’il décroche la première tranche du financement.
Son entreprise fait ensuite l’acquisition de deux machines et il emploie deux machinistes pour coudre les sacs. « Chaque pièce est unique », fait ressortir Nazeem Junggee, en expliquant que même s’il souhaitait réimprimer le même design, il ne pourra jamais reproduire les effets climatiques sur les bannières. Nazeem dessine les modèles qu’il souhaite proposer aux clients. À ce jour, il ne peut pas dire combien de pièces sont réalisées à intervalle régulier puisque « nous sommes encore à un stade de start-up et nous faisons encore des prototypes. Cela fait trois mois depuis que le projet a démarré ». Nazeem Junggee utilise quasiment tous les jours son sac à dos « upcycled » pour sortir ou faire des randonnées. « Le sac est très solide vu la matière utilisée que je connais bien mais je veux quand même m’assurer de cela ».
Pendant ce temps, la maison du couple est transformée en entrepôt, raconte-t-il. La partie habitable est devenue relativement étroite. « Le sous-sol qui servait de store a été transformé en usine, et une bonne partie du premier étage est devenue un bureau ». En outre, le couple se réjouit que des compagnies les contactent pour leur proposer leurs bannières à être « upcycled ». Une fois récupérées, fait ressortir Anousha Junggee, elles sont lavées à grande eau. Et de préciser que c’est de l’eau de pluie récupérée qui est utilisée. « On ne va pas non plus utiliser l’eau du robinet alors qu’on est dans une démarche écologique », fait-elle ressortir. Pour le séchage, d’ordre général cela se fait sous le soleil généreux de Pailles.
À 32 ans, Nazeem Junggee rêve grand. S’il estime que la vente des sacs de courses est relativement acquise puisque le prix sera abordable et que « le marché est déjà là », il est d’avis que des entreprises peuvent commander des produits réalisés à partir de leurs propres bannières pour les offrir à leurs clients, à l’instar des compagnies aériennes ou alimentaires. 1950 Design and Print Co Ltd prend aussi des commandes. Elle peut être contactée sur le 208 4787. En attendant, pendant tout le week-end, et ce, jusqu’au 28 avril, le public est invité à découvrir les produits dans le cadre de l’exposition qui a lieu au Dias Pier. La visite gratuite.