« Le chant de l’aube qui s’éveille », le premier roman de Brigitte Masson, indique par son titre à la fois le message d’espoir qu’elle souhaite faire passer et le caractère double de son texte suggéré par le pléonasme de « l’aube qui s’éveille ». Publié par La maison des Mécènes qu’elle a elle-même créée en 1991 pour soutenir la littérature mauricienne, ce premier roman est hybride en ce sens qu’il mêle une intrigue amoureuse fictive au récit réinventé des années de braise, le tout étant ponctué par les pensées actuelles de l’auteure qui porte un nouveau regard sur ses premières années mauriciennes qui l’ont marquée à jamais, sur sa mère Sybille et son père Hervé le peintre et penseur politique, et sur cette île Maurice dont elle parle avec le recul de l’expérience.
« Je savais que je voulais écrire un roman sur les tabous à Maurice », expliquait Brigitte Masson la semaine dernière, à l’IFM, à propos de la genèse de son livre. « Mais le déclic s’est vraiment produit quand des jeunes ont commencé à me poser des questions sur cette période. Leur regard m’a fait penser qu’il y avait quelque chose à transmettre. » Le contexte de ce roman fait particulièrement penser aux grandes grèves des dockers et à la grève générale de 1971 et bien sûr à l’emprisonnement pour de longs mois d’Hervé Masson, le père de l’auteure, avec le bouillonnant leader du Mouvement Militant Mauricien, Paul Bérenger. Mais elle prévient en préambule : « Tout est vrai et tout est faux dans ce texte. Inutile d’y chercher témoignages et faits historiques, aucun n’est réel. De l’histoire, je n’ai retenu que l’exaltation du désir et de l’utopie. »
Même si elle prétend « n’avoir aucune mémoire », Brigitte Masson esquisse avec ses propres souvenirs et sa sensibilité des personnages réels auxquels elle a d’ailleurs conservé leur vrai nom : la jeune fille de 16-17 ans qu’elle était et qu’elle reconstruit ici, ses propres parents Sybille et Hervé Masson, Paul Bérenger, et Madeleine Mamet chez qui elle a vécu pendant un an. Les autres personnages ont des noms fictifs, et sont plus ou moins romancés. Le compagnon de Madeleine Mamet ne se nomme plus Harilall… mais Herbert. Diego, le magnifique docker de Roche-Bois dont la jeune Brigitte tombe éperdument amoureuse, est fictif, mais on pourrait croire, romance mise à part, qu’il est inspiré par quelque héros des grandes grèves. Il est également question d’un avocat qui trahit la cause en payant la caution de la jeune femme pour lui éviter la prison.
Le principal fil conducteur du roman – ses pages les plus sensuelles aussi – vient de l’histoire d’amour transgressive dans laquelle une jeune bourgeoise blanche de 17 ans s’enflamme pour un homme marié noir trentenaire et docker de métier. Le combat contre les injustices sociales et les grèves les réunit alors qu’a priori tout les sépare.