Le Congrès américain a donné hier son aval au renouvellement du Third Country Fabric pour une période de trois ans, soit du 1er octobre 2012 au 30 septembre 2015. Cette disposition, prévue sous l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), permet aux pays producteurs textiles africains admissibles de fabriquer des produits d’habillement à partir de matières premières importées de pays tiers tout en jouissant d’un accès hors taxes pour les produits exportés vers le marché américain.
L’adoption sans amendement de l’AGOA/CAFTA/Burma Bill par le Sénat et la Chambre des représentants dans le courant de la matinée d’hier a été accueillie avec soulagement et joie dans les milieux mauriciens, tant gouvernementaux que privés. Ils voyaient en ce développement positif le fruit d’une campagne de lobbying intense menée depuis plusieurs mois par les autorités mauriciennes. Et ce, par le truchement des ministres Arvin Boolell (Affaires étrangères) et Cader Sayed-Hossen (Industrie), de l’ambassadeur de Maurice à Washington Somduth Soborun ainsi que le secteur privé à travers l’African Coalition for Trade (ACT) et son lobbyiste Paul Ryberg, de même que l’ACTIF, association regroupant les organisations de producteurs textiles de 19 pays africains.
« On ne peut que se réjouir de ce vote qui intervient après des mois d’efforts », a déclaré au Mauricien Danielle Wong, directrice de la Mauritius Export Association (MEXA). On s’attend maintenant à ce que le président américain Barack Obama appose sa signature sur le texte de loi final, une démarche qui devrait intervenir d’ici la semaine prochaine.
L’AGOA/CAFTA/Burma Bill, aussi connu comme le S. 3326, était à un certain moment resté bloqué au niveau du Sénat américain suite à la décision de deux sénateurs – Robert Menendez du New Jersey et Tom Coburn – d’objecter à un vote par consentement si leurs propositions n’étaient pas acceptées. Le sénateur démocrate Robert Menendez voulait apporter un amendement au texte de loi afin que de permettre l’inclusion d’un Cotton Trust Bill. Le sénateur républicain Tom Coburn de l’Oklahoma faisait ressortir qu’il n’était pas satisfait du mécanisme de financement prévu dans le texte de loi, faisant comprendre que celui-ci était inadéquat pour couvrir les coûts totaux.
Un lobbying soutenu a été mené ces derniers jours auprès de ces deux sénateurs pour les amener à changer d’avis et à ne pas s’opposer à un vote par consentement vu que le Congrès ne disposait pas beaucoup de temps pour cela en raison de la proximité des vacances d’août.
Situation débloquée
Les lobbyistes à Washington avaient pensé en début de semaine que la situation allait être débloquée suite aux discussions positives entre le leader de la majorité au Sénat, Harry Reid, et le sénateur Menendez et portant sur la possibilité pour ce dernier de rattacher son Cotton Trust Bill à un nouveau texte de loi. Le sénateur Coburn s’était vu offrir l’opportunité de présenter son amendement au mécanisme de financement du S. 3326 lorsque ce texte de loi allait être présenté à l’ensemble du Sénat. Les protagonistes avaient estimé que l’amendement du sénateur Coburn allaient être finalement rejeté, ouvrant ainsi la voie à un vote final du S. 3326.
Alors que tout semblait rentrer dans l’ordre pour la prise d’un vote unanime du Sénat mercredi, un autre sénateur a fait part de son objection, obligeant les lobbyistes à se remettre à l’ouvrage. Le sénateur en question devait en fin de compte se laisser convaincre et a retiré son objection mercredi soir.
Quant au sénateur Tom Coburn, il a eu l’occasion de présenter son amendement concernant le mécanisme de financement du texte de loi qui a été rejeté par 58 voix contre 40. Le Sénat dans son ensemble a ensuite adopté le texte de loi par consentement unanime. La Chambre des représentants a, elle, approuvé le même texte de loi (version H.R. 5986) quelques minutes avant le Sénat alors que depuis le début de l’année elle avait toujours insisté que le Sénat doit agir en premier.
« Many thanks to all ACT members who contributed to the successful renewal of the AGOA Third Country Fabric », écrit Paul Ryberg dans une note adressée à la MEXA. « We will shortly begin mapping strategy for the campaign to extend both the overall authorization of AGOA and the Third Country Fabric provision from 2015 to 2025, but for now let us enjoy this hard-fought and long-overdue victory », ajoute le lobbyiste.
« Tout un travail doit être fait maintenant pour que nos producteurs textiles puissent maintenir voire améliorer leurs exportations vers le marché américain, un marché porteur considérant les difficultés qu’éprouvent les marchés de la zone euro. Le marché américain apporte une bouffée d’oxygène au secteur textile et de l’habillement de Maurice », a déclaré Danielle Wong.
Dans les milieux de la MEXA, on soutient que le Third Country Fabric est un « gros atout » pour Maurice et les autres pays producteurs ayant le statut de pays les moins avancés. Cette dérogation est à l’avantage des grosses mais aussi des petites et moyennes entreprises, fait-on ressortir. La MEXA ajoute que le Third Country Fabric a permis au pays d’accroître substantiellement ses exportations vers le marché américain ces dernières années.