— « Le toxicomane est un malade : il a besoin de soins et non de la prison. Nous espérons que les recommandations du rapport Lam Shang Leen seront appliquées en ce sens »

Le monde entier a observé, hier, la Journée mondiale de l’Abus des Drogues et du Trafic illicite. Imran Dhanoo, directeur du Centre Idrice Goomany (CIG) de Plaine-Verte, relève que « la thématique choisie par les Nations Unies, cette année, est “Justice for Health & Health for Justice”, qui est éminemment important, actuellement pour nous à Maurice ». Dans la foulée, le travailleur social indique que « nous avons de plus en plus de demandes au centre de la part de jeunes adultes accros au Brown Sugar ».

La particularité de la demande, ces temps-ci, est que « de jeunes couples, qui recherchent de l’aide auprès du centre, viennent d’autres régions que la capitale ».

Autant dire, note d’emblée le travailleur social, « que la drogue, ainsi que nous le craignions depuis des années, a envahi toute l’île ». Il ajoute : « On ne peut plus dire que les régions rurales sont à l’abri : il n’y a plus de distinctions ! Villes comme villages sont infestés de drogues. » La problématique des Nouvelles Drogues de Synthèse (NDS) mise à part, Imran Dhanoo fait remarquer : « Ce qui nous a frappés ces derniers temps, au CIG, c’est la demande venant, d’une part, de jeunes adultes, trentenaires principalement, et qui habitent d’autres régions que Port-Louis. Cet élément n’est pas du tout anodin : il s’agit de jeunes couples, mari et femme, qui sont demandeurs de soins. »

Le directeur du CIG élabore : « C’est une nouvelle donne qui n’est pas pour autant inédite. Nous savons que la prise de Brown Sugar est très courante auprès de beaucoup de jeunes, surtout du fait que ce produit stimule les prouesses sexuelles… Dans des cas actuels, nous avons de jeunes couples qui admettent avoir commencé à prendre du Brown Sugar, en quête de sensations sexuelles accrues, et qui se sont rapidement retrouvés accros à la substance. » Imran Dhanoo rappelle que « malgré des campagnes pour démystifier la chose et bien que l’on ait expliqué que, dans un premier temps, la prise de l’héroïne décuple les sensations et les prouesses sexuelles, tant chez l’homme que chez la femme, après quelques prises, le résultat n’est plus le même, nous avons encore et toujours bon nombre de personnes qui sont à la recherche de ces plaisirs ».

Notre interlocuteur poursuit : « Médicalement parlant, l’héroïne que s’injectent ces personnes n’a donc plus le même effet que les premières fois, après un certain nombre de prises. Elles se disent que si elles en prennent une plus grande quantité, elles retrouveront cette excitation de la première heure… Mais en fait, le produit n’a plus jamais le même effet deux fois. Très rapidement, le Brown Sugar a une autre réaction sur le métabolisme humain. Et c’est de cette manière que ces personnes finissent par en être dépendantes, plutôt qu’autre chose. » Dans le même souffle, indique notre interlocuteur, « des produits tels que la cocaïne et l’amphétamine procurent également des sensations similaires ». Ce qui explique, dit-il, que, ces derniers temps, « les autorités ont eu un nombre croissant de saisies d’amphétamine et de cocaïne ».

Imran Dhanoo revient ensuite sur la thématique arrêtée par les Nations Unies cette année, pour la Journée internationale de la Drogue. Il s’agit de “Justice for health, and health for justice”. « C’est une thématique très appropriée pour Maurice, dans la mesure où l’on a toujours tendance à criminaliser le toxicomane », dit-il. Or, soutient notre interlocuteur, « l’OMS a déjà souligné que le toxicomane est un malade et qu’il a, de fait, besoin de soins ». Et d’ajouter : « Sa place est justement dans une structure qui va dans ce sens, et non en prison ! »

Le directeur du CIG rappelle que l’une des recommandations du rapport Lam Shang Leen, dans la partie réhabilitation et traitement des toxicomanes, fait provision de la création d’un panel pour canaliser les toxicomanes vers des centres de soins. « Ce panel devrait être constitué de professionnels de la Santé et de travailleurs sociaux, entre autres.

Les personnes appréhendées par les autorités, en matière de consommation de produits illicites, seraient, selon cette recommandation, orientées vers cette structure, qui les guidera afin qu’elles puissent être désintoxiquées et réhabilitées en vue de réussir leur réinsertion dans la société. Nous espérons de tout cœur que cette mesure sera concrétisée », explique Imran Dhanoo. Et de faire remarquer que, « dans le même souffle, nous espérons que le gouvernement nous aidera et nous prendra comme partenaires dans le projet ». Parallèlement, conclut-il, « il faudra, à cet effet, envisager “d’empower” davantage des structures comme notre centre, avec d’autres animateurs et travailleurs sociaux à plein-temps ».