La présentation du budget du gouvernement de l’Alliance du Changement pour l’exercice financier 2026/27 devait, à l’origine, offrir à la population une meilleure visibilité sur l’avenir, dans un contexte où le présent demeure fortement marqué par les séquelles de la guerre au Moyen-Orient et, surtout, par le nouvel ordre mondial — économique, politique et diplomatique — imposé outre-Atlantique.
De gros nuages d’incertitude se profilent toutefois à l’horizon, alimentant les craintes d’une nouvelle érosion du pouvoir d’achat des ménages. Une réalité indéniable. Personne n’est à l’abri d’une avalanche d’ajustements tarifaires et de hausses de prix, avec leurs effets en cascade sur les étagères des commerces et, surtout, au moment de passer à la caisse des supermarchés. D’autant que le vaccin contre l’inflation n’a toujours pas fait ses preuves.
Mais très vite, les espoirs d’un répit dans cette guerre des prix se sont dissipés. Pour le chef de famille, le budget 2026/27 risque de s’apparenter à un coup d’épée dans l’eau. En guise de réponse, l’Hôtel du Gouvernement brandira le paragraphe 111 du Budget Speech du 19 juin, qui promet un « purchasing power shield to halt and reverse the erosion of purchasing power, especially for low- and middle-income families ».
Une enveloppe de Rs 2 milliards est prévue au titre du Price Stabilisation Fund, accompagnée d’une liste de produits de première nécessité dont les prix devraient être ajustés à partir du 1er juillet. L’heure de vérité sonnera donc dans les prochaines heures. Les associations de consommateurs, tout comme les syndicats, particulièrement vigilants sur la défense du pouvoir d’achat, sont déjà sur le pied de guerre. Ils ne tarderont pas à révéler le véritable Bottom Line de ce que le gouvernement présente comme son Flagship One : Purchasing Power Shield.
Évidemment, sur le front des prix, la bataille s’annonce particulièrement périlleuse dans une économie qui dépend presque entièrement des importations pour satisfaire l’essentiel de ses besoins. À cet égard, la formule soigneusement présentée dans le budget concernant le Food Security Project — le fameux 25 by 35 — en dit long sur les ambitions affichées… mais aussi sur le temps qu’il faudra avant d’en récolter les fruits. Pa pou zordi sa !
Force est pourtant de constater qu’avec le Budget Speech 2026/27, le pays est confronté à un phénomène presque inéluctable : un problème en chasse un autre, dans une succession de difficultés qui semblent se renouveler sans fin. Qu’il s’agisse des bénéficiaires de la Basic Retirement Pension, appelée à devenir la State Age Pension — soit près d’un Mauricien sur six —, de ceux qui préparent déjà leur retraite ou encore de ceux qui bâtissent leur carrière à long terme, tous, y compris les occupants de l’Hôtel du Gouvernement, évoluent désormais sous un épais voile d’incertitudes.
Face à la grogne quasi immédiate de la population, qui a vivement contesté le package accompagnant la réforme de la pension, la décision d’abandonner le très controversé Means Test, annoncée dans la foulée, a paradoxalement fait naître une nouvelle série d’interrogations. D’abord sur le plan budgétaire. Pour les six premiers mois de 2027, soit de janvier à juin, période durant laquelle devait entrer en vigueur la State Age Pension en remplacement de la traditionnelle Basic Retirement Pension, les finances publiques devront trouver quelque Rs 6,2 milliards supplémentaires afin de financer le déficit budgétaire et la dette publique. Le gouvernement devra donc jouer toute la gamme des instruments fiscaux à sa disposition pour générer les recettes nécessaires, quitte à produire quelques fausses notes.
Ces incertitudes, bien plus préoccupantes que les illusions qu’elles remplacent, pèsent particulièrement sur les 263 200 bénéficiaires potentiels de la Basic Retirement Pension. Le rejet catégorique du Means Test a certes allégé le fardeau qui menaçait de s’abattre sur eux à partir du 1er janvier prochain. Mais une question demeure entière : quelle sera, demain, la véritable architecture de ce pilier fondamental de l’État-providence, aux côtés de la santé et de l’éducation, deux secteurs eux aussi soumis à la pression croissante du privé ?
La preuve ? Elle saute aux yeux. Les écoles privées comme les cliniques privées poussent aujourd’hui comme des champignons après la pluie. Quant au véritable passeport — ou plutôt au visa d’entrée — dans une clinique privée, quel que soit le diagnostic médical, il demeure le montant de la couverture offerte par la police d’assurance du patient. Peu contesteront cette réalité malgré les Rs 19,8 milliards allouées au secteur de la Santé dans le budget 2026/27. Une certitude demeure néanmoins : pour le patient comme pour les autorités, la santé n’a pas de prix.
Autre certitude : l’annonce de la réforme de la pension, longtemps considérée comme une garantie après une vie de travail, a semé le désarroi bien au-delà des seuls aînés. Depuis, les interrogations se multiplient. Sous chaque toit mauricien, une même question revient avec insistance, sans qu’une réponse véritablement convaincante ne lui soit apportée : à quelle pension de retraite peut-on désormais aspirer, près de 70 ans après l’abandon du Means Test hérité de la Social Insurance de l’époque coloniale ?
Dans cette perspective, l’engagement formulé au paragraphe 184, sous l’Anchor 4 du budget du 19 juin — « we will support our elderly as they plan their financial security, especially the hard-working middle-income families » — apparaît comme la balise indispensable pour dissiper, et surtout mettre un terme, dans les meilleurs délais, aux incertitudes qui habitent ceux-là mêmes qui ont permis à Maurice de se défaire de son image d’Overcrowded Barracoon.
Patrick Michel

