ASHMI YOGISHAH BUNSY
Étudiante en MPhil/PhD à L’Université de Maurice
Educatrice pour l’ONG Ecosystem Restoration Alliance Indian Ocean (ERA IO)

La flore d’orchidées à l’île Maurice est relativement bien connue étant donné qu’elle a commencé à être étudiée et décrite il y a plus de 250 ans, peu après l’arrivée des premiers colons sur l’île. Maurice compte plus de 100 espèces d’orchidées indigènes. Cependant, la grande majorité de la forêt d’origine de Maurice a été détruite, entraînant l’extinction de nombreuses espèces, notamment celles des espèces d’orchidées. En effet, environ 30% des orchidées de l’île Maurice ont disparu et la majorité des orchidées restantes, survivant dans des vestiges forestiers isolés et fragmentés, sont menacées d’extinction. Cependant, même dans cette forêt très envahie et détruite, de nouvelles espèces sont découvertes. Dans le cadre du projet en cours de mise à jour de la flore d’orchidées des Mascareignes et de la collaboration entre les herbiers de Maurice, de La Réunion, de Paris et de Kew, une nouvelle espèce d’orchidée, Bulbophyllum mascarenense, a été récemment décrite. Cette espèce est endémique de La Réunion et de Maurice, où elle pousse principalement dans la végétation indigène humide à des altitudes de 400 à 1200 m. C’est une plante épiphyte (pousse sur une autre plante et dépend de la plante hôte pour le soutien mais pas pour la nourriture). Bulbophyllum mascarenense est très rarement lithophyte (plantes qui poussent dans ou sur les rochers). Elle mesure 20 à 40 mm de hauteur et forme de petites colonies sur les troncs et les branches. Elle est également caractérisée par un pseudobulbe bifolié (c’est-à-dire un élargissement bulbeux, de la tige, à deux feuilles, qui caractérise de nombreuses orchidées, en particulier tropicales et épiphytes). Bulbophyllum mascarenense produit une inflorescence solitaire, qui fait 3 à 5 fois la longueur des feuilles à partir de la base du pseudobulbe le plus récent. Cette inflorescence contient les fleurs mesurant 4,5–7,5 mm de long, 5–8 mm de diamètre et relevant du spectre de couleurs verdâtre, jaunâtre ou crémeuse, parfois lavées de rouge foncé. Il faut néanmoins noter que cette orchidée est une espèce variable, tant par la taille que la coloration de ses parties végétatives et florales. Par exemple, les spécimens de Maurice ont tendance à avoir des parties végétatives plus petites et plus rougeâtres par rapport à celles de La Réunion. Bulbophyllum mascarenense fleurit principalement de décembre à avril, avec certains spécimens fleurissant en août-septembre à Maurice.

Bulbophyllum mascarenense : une nouvelle espèce d’orchidée endémique des Mascareignes (Photo Credit : F. B. V. Florens)

La spécialité de cette orchidée réside en sa pollinisation. En effet, des chercheurs réunionnais ont observé et capturé des spécimens femelles de mouches drosophiles visitant ses fleurs, indiquant l’hypothèse d’une potentielle pollinisation de Bulbophyllum mascarenense par une mouche. À Maurice, malgré la destruction continue de l’habitat, Bulbophyllum mascarenense est encore assez commun dans les vestiges forestiers (mais moins abondant par rapport à La Réunion), où les plantes envahissantes ont été contrôlées. Cependant, la principale menace pour la survie de cette orchidée (également d’autres espèces d’orchidées) est la compétition pour la lumière du soleil et la perte d’arbres hôtes appropriés causée par l’invasion croissante de plantes exotiques telles que la goyave de Chine (Psidium cattleyanum). D’autres menaces pour les espèces d’orchidées à Maurice comprennent la mastication (conduisant à une destruction éventuelle) et le broutage par des animaux envahissants, en particulier les rats (Rattus rattus et R. norvegicus), les macaques (Macaca fascicularis) et les cerfs de Java (Rusa timorensis).

Bibliographie

• Pailler, T., Baider, C. (2020) Bulbophyllum mascarenense Pailler and Baider sp nov.: a new endemic orchid species from the Mascarenes, Botany Letters, 167:4, 417-423, DOI: 10.1080/23818107.2020.1817145