Face à la hausse du prix des carburants et à la pression croissante exercée sur le pouvoir d’achat des consommateurs, la Consumer’s Union propose que Maurice étudie avec les Seychelles la possibilité de mettre en place un mécanisme d’importation conjointe de produits pétroliers. L’idée avancée par l’organisation de consommateurs repose notamment sur un partage des volumes, à titre indicatif, de 50% pour Maurice et 50% pour les Seychelles. Une telle formule permettrait aux deux pays de regrouper une partie de leurs besoins et, potentiellement, d’accroître leur pouvoir de négociation auprès des fournisseurs internationaux, estime l’association.
Pour la Consumer’s Union, cette proposition mérite d’être examinée sérieusement, aussi bien sur les plans technique et financier que logistique. En mutualisant certains achats, Maurice et les Seychelles pourraient, estime-t-elle, rechercher de meilleures conditions d’approvisionnement et réduire certains coûts liés au transport, au stockage et à la logistique. Une telle coopération pourrait par ailleurs contribuer à renforcer la sécurité énergétique de nos deux États insulaires, tout en permettant d’identifier d’éventuelles économies qui pourraient, à terme, bénéficier directement aux consommateurs.
Le président de la Consumer’s Union, Deepak Benydin, estime que Maurice doit aujourd’hui adopter une approche davantage régionale et mieux exploiter sa position stratégique dans l’océan Indien. « Maurice doit revoir sa stratégie d’approvisionnement énergétique et accentuer sa coopération avec ses partenaires de la région et du continent africain, notamment les Seychelles, Madagascar, le Mozambique, l’Afrique du Sud, ainsi qu’avec l’Inde et la Chine », dit-il
Le principe d’une répartition de 50% pour Maurice et de 50% pour les Seychelles pourrait servir de point de départ à une étude de faisabilité. Les volumes définitifs devraient toutefois être déterminés en fonction des besoins réels de chaque marché, a-t-il soutenu. Pour Deepak Benydin, il ne s’agit pas de présenter cette proposition comme une solution automatique, mais de demander aux autorités de procéder à une étude approfondie. « Il faut déterminer, à travers une étude technique et financière, si une telle coopération permettrait réellement de réduire les coûts. Toute économie réalisée au niveau de l’importation devrait, autant que possible, se traduire par un bénéfice pour les consommateurs. »
En outre, la Consumer’s Union estime que cette initiative ne devrait pas se limiter aux Seychelles. Maurice doit, selon elle, tirer davantage parti des mécanismes de coopération régionale et continentale, notamment ceux de la SADC, du COMESA, de la Commission de l’océan Indien (COI), de l’Union africaine et de la Banque africaine de développement. « La SADC dispose notamment de mécanismes de coopération dans le domaine de l’énergie et de la sécurité des approvisionnements. Maurice devrait étudier sérieusement la possibilité de bénéficier davantage de ces mécanismes et de participer à la mise en place de solutions régionales en matière de réserves stratégiques et d’approvisionnement énergétique », soutient ainsi Deepak Benydin.
Il fait état également de l’importance de la « solidarité régionale », notamment à la suite du cyclone Batsirai, en 2022, lorsque Maurice avait pu bénéficier d’un approvisionnement en diesel provenant du Mozambique. « Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, l’instabilité des marchés et les risques de perturbation des routes maritimes, Maurice ne peut se permettre de dépendre d’un nombre limité de sources ou de canaux d’approvisionnement », affirme-t-il.
Partenariats à long terme
Pour la Consumer’s Union, Maurice doit également booster ses relations économiques avec le continent africain. L’Afrique dispose en effet, dit-elle, d’importantes ressources énergétiques et agricoles, et représente une opportunité pour diversifier les sources d’approvisionnement du pays.
Maurice devrait ainsi rechercher davantage de partenariats à long terme afin de réduire sa vulnérabilité face aux fluctuations internationales des prix. « L’appartenance de Maurice à la SADC et à la COI doit devenir un véritable avantage économique et ne pas rester simplement une appartenance institutionnelle. La réduction du coût des carburants ne doit toutefois pas faire oublier les défis énergétiques à long terme », explique Deepak Benydin.
La Consumer’s Union estime que Maurice doit aussi accélérer le développement des énergies renouvelables, notamment solaire, éolienne et marine, afin de réduire progressivement sa dépendance aux énergies fossiles. « Maurice ne peut continuer à dépendre fortement des énergies fossiles. Nous devons accélérer le développement de nos ressources en énergie solaire, éolienne et marine », poursuit Deepak Benydin. Tout en estimant que l’économie bleue et le secteur agricole doivent être davantage développés. « La sécurité énergétique et la sécurité alimentaire doivent devenir des priorités nationales. Nous devons mieux utiliser nos terres, renforcer notre production locale et travailler avec nos partenaires régionaux afin de compléter notre approvisionnement lorsque c’est nécessaire », fait-il ressortir.
La State Trading Corporation (STC) doit également, selon la Consumer’s Union, continuer à jouer un rôle important dans la protection des consommateurs. L’organisation estime ainsi que la STC se doit de contribuer à garantir l’approvisionnement en produits essentiels et à empêcher que des situations monopolistiques ou certaines pratiques de marché ne pénalisent les consommateurs.
Face à la hausse du coût de la vie, la Consumer’s Union estime également « légitime » de s’interroger sur l’efficacité des différents mécanismes mis en place, notamment le contrôle des prix, le Price Mark-Up, l’observation des prix et la gestion des stocks. « Si des milliards de roupies sont consacrés à soutenir certains mécanismes, la population doit pouvoir constater des résultats concrets et mesurables », soutient encore Deepak Benydin. La question des stocks de produits essentiels, notamment du riz ration, demeure tout aussi importante, estime-t-il, afin de permettre au pays de faire face à une éventuelle crise ou à une interruption des importations.
Deepak Benydin estime enfin que Maurice doit pleinem
ent exploiter sa position stratégique dans l’océan Indien et construire, avec les Seychelles et ses autres partenaires régionaux et africains, une stratégie commune dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, du commerce et du développement. « Le temps des déclarations doit laisser place à l’action », insiste-t-il.

