COP28 : une réunion pour quoi faire ?

L’attention du monde entier sera tournée jusqu’au 12 décembre vers les délibérations autour du réchauffement climatique à l’occasion de la COP28, qui se déroule depuis jeudi à Dubaï sous la présidence du prince du pétrole Sultan Al Jaber. Cette réunion, qui a lieu sur une base annuelle, a démarré avec en toile de fond une controverse, après que la BBC ait révélé que les Émirats Arabes Unis ont profité de la réunion pour lancer une campagne en vue de la vente de leurs produits pétroliers, dont ils regorgent. Il est heureux toutefois que le Sultan Al Jaber, lui-même un géant du pétrole, a donné les garanties qu’il fera tout pour promouvoir les énergies durables.
Les Émirats Arabes Unis ont d’ailleurs réussi à marquer les esprits avec la création du fonds destiné à financer les pertes et les dommages, qui avait été annoncé lors de la COP27 en Égypte et qui, depuis, était resté dans le flou. Cette décision, accueillie par une ovation, a permis de briser la glace qui s’était installée entre les pays du nord et ceux du sud. Cette réunion devait aussi être l’occasion de faire le bilan des réalisations enregistrées depuis la COP21, qui avait débouché sur l’Accord de Paris, en 2015. Le principal objectif était de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C. Ce qui est de moins en moins probable, mais dont l’urgence se fait de plus en plus sentir.
Tout le monde reconnaît que 2023 a été l’année des situations climatiques extrêmes et l’année la plus chaude jamais enregistrée. Maurice, qui est considérée comme un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques, a déjà connu quelques flashs flood, et le bétonnage du pays aidant, cela a donné lieu à des inondations. L’effondrement du mur du cimetière Saint-Jean en raison du débordement de l’eau à l’Old Moka Road est désormais un symbole.
Les détails donnés cette semaine par le ministre de l’Environnement, Kavi Ramano, concernant les effets du changement climatique pour Maurice, sont alarmants. Ainsi, la température moyenne a augmenté d’environ 1,39 °C à Maurice et de 1,41 °C à Rodrigues. Les précipitations annuelles, elles, ont enregistré une baisse de 8% depuis les années 1950. La quantité d’eau disponible baisserait par ailleurs de 13% d’ici 2050. Quant à l’élévation du niveau de la mer, elle sera de l’ordre de 5,6 mm par an, ce qui dépasse l’élévation moyenne mondiale, qui est de 3,3 mm. La projection de l’élévation du niveau de la mer est de l’ordre de 1 m d’ici 2100.
Ajouté à tout cela, l’augmentation de la fréquence des événements météorologiques extrêmes, comme des pluies torrentielles plus fréquentes, et qui entraîneront des crues soudaines. On s’attend également à ce que les cyclones connaissent une intensification rapide en catégorie 5. L’érosion des plages, elle, risque de s’accentuer, alors qu’une perte de 20 mètres de largeur de plages a été enregistrée au cours de la dernière décennie le long des zones côtières. « Maurice est donc l’un des pays les plus exposés aux événements météorologiques extrêmes et à l’élévation du niveau de la mer. Nous souffrons déjà des conséquences désastreuses du changement climatique », observe le ministre.
À Maurice, la priorité reste l’adaptation et la promotion de solutions fondées sur la nature pour faire face aux inondations causées par des événements météorologiques extrêmes et à la gestion des zones côtières face à l’élévation du niveau de la mer. La délégation mauricienne compte ainsi attirer l’attention de la communauté mondiale à Dubaï sur les impacts différenciés du changement climatique sur Maurice et d’autres pays en développement, y compris les PEID et les pays africains.
Notre pays réclame que le mécanisme de subvention inconditionnelle spécifique aux PEID pour l’adaptation soit opérationnalisé au plus tôt. Tout le monde s’accorde à dire que le changement climatique constitue une question déterminante de notre époque. Sans action immédiate, il sera très difficile et coûteux de s’adapter aux conséquences futures de ces changements, insistent les Nations Unies. Sera-t-il facile de faire passer ce message à Dubaï ?

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Jean Marc Poché

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