MÉLANIE THÉODORE

J’ai toujours poussé mon fils à bosser. C’est un enfant avec du potentiel et de la volonté. Depuis l’an dernier, il se prépare pour ses examens, à la fin de la grade 9, et encore plus ces derniers mois, le nez souvent dans les livres de révision et les past papers.

Mais suite au lockdown, il y a eu un relâchement, chose tout à fait compréhensible. Cependant à quelques jours des examens, c’est moi qui relâche.

Je n’ai plus envie qu’il prenne part aux examens le 30 mars, alors qu’il y a une zone rouge de plus…

Je veux qu’il reste en sécurité à la maison, res ou lakaz, disent-ils.

Je ne veux pas que mon fils soit une offrande à l’autel du NCE, aux examens, à un système éducatif malheureusement défaillant.

J’ai toujours poussé cet enfant à réussir à l’école, lui donnant tout ce dont il avait besoin pour y parvenir, et pourtant aujourd’hui j’envisage de le voir rester à la maison le jour des examens.

L’imaginer assis à ce pupitre, dans une classe en zone rouge, avec des inconnus, la tête baissée sur cette feuille, ce masque sur le nez qui le gênera pendant deux heures, lui petit innocent dans un monde de fous, faisant de son mieux, même stressé dans de telles conditions, m’est simplement insupportable.

Combien de fois ai-je dit,

-Révise, tu as du potentiel, travaille !

Aujourd’hui je me tais, car je réalise que j’aime mon fils beaucoup plus que sa réussite à l’école, beaucoup plus qu’un examen qui ne pourra jamais mesurer sa valeur, son potentiel en tant qu’être humain bon et bienveillant.

Aujourd’hui mon cœur de mère est angoissé par tant d’incertitudes alors que des cas augmentent. J’aimerais que nos décideurs gardent toujours en tête que NOS enfants sont avant tout des êtres humains, pas uniquement un index number sur une feuille, une copie à corriger, et que notre premier devoir d’adulte est de les protéger en tout temps.