“Her anklets sprinkle melody
And choke the mind with stardust
As this jewelled dancer 
Lives a language on her limbs
Waking ritual into metaphor…”
[Bharata Natyam, A.K. Ramanujan]
Née le 8 novembre 1954 à Cuddalore dans l’état du Tamil Nadu, Revathi Sunassee – OSK (1954-2022) – ou Amma pour les intimes, a dédié sa vie à la danse; si tant est que quand on évoque le nom de Amma Revathi Sunassee, on pense tout de suite au Bharata Natyam, entre autres! Ayant appris les techniques de base à l’âge de 6 ans à la Fine Arts Society de Singapour, elle a commencé à pratiquer le Manipuri et le

Kathak auprès de Dilip Kumar. Après quoi elle a été instruite au Bharata Natyam en premier lieu par Srimati Sankari Krishnan à Singapour et par la suite par M. et Mme. Kameshwaren à Chennai. Son premier essai à la chorégraphie a lieu lorsqu’elle a 12 ans, au moment d’aider sa grande sœur et ses amies à peaufiner leur spectacle de danse qui allait être présenté lors d’une cérémonie au collège. Le succès retentissant dudit spectacle était un signe précurseur du brillant avenir d’Amma Revathi Sunassee dans le monde de la danse.
Après son mariage le 3 juin 1977 avec le Dr Ramachandra Sunassee, elle vint s’installer à l’île Maurice en août 1982. Aussitôt, elle participa à une émission

radiophonique en compagnie d’Aya A. Pushparathnam et d’Aya Soopaya Poinen à la MBC. Sa première chorégraphie sur le sol mauricien sur la chanson Aaduvome Pallu Paaduvome dans le cadre du centenaire de naissance de Mahakavi Subramania Bharatiyar (1882-1921) avait été réalisée en un temps record de trois jours! À la demande d’Aya Varsen Lutchmanen et C. Anadachee, elle monta un groupe de danse au sein du Sockalingum Meenatchee Ammen Kalai Mandram pour enseigner le Bharata Natyam.
Esprit visionnaire, elle a placé sa confiance dans le talent local et avait très tôt épousé l’esprit du mauricianisme qui se reflétait d’ailleurs dans ses spectacles. Parmi les fleurons de son œuvre, citons Salangai en 1986 présenté pour la fête de Thai Pongal. Ensuite en 1994, sa participation au prestigieux festival Parampara organisé par le Haut Commissariat de l’Inde. S’ensuivirent des spectacles qu’elle a conçus; Silamboli en 2007 pour le Nouvel An tamoul et Sparkles of Rainbow en 2011.
Amma Revathi Sunassee a été élévée au rang d’Officer of the Star and Key of the Indian Ocean en 2014, une récompense à juste titre et en signe de reconnaissance par l’état mauricien. Outre le domaine de la danse, Amma Revathi Sunassee était également une fine dramaturge et a écrit plusieurs pièces de théâtre en tamoul. Dans un texte paru dans le Magazine souvenir dans le cadre des 40 ans du Tamil Drama Festival – 1975 à 2015), elle écrit : « I believe, theatre was created to tell the truth about life and social situations. »
Sa première pièce sous le titre Sollum Seiyallum – jouée par la Souillac Tamil Association en 1991 – était une adaptation d’une pièce pour les enfants écrite par Sri Satya Sai Baba dont elle était une fervente disciple. Elle a également animé une chronique avec pour titre Let’s reflect dans le journal Vanakkam (sous la direction du docteur Vel Pillay) où elle décortiquait les problèmes de société tout en proposant des solutions.
Au cours de Purattaasi (mi-septembre-mi-octobre) où nous avons célébré le Dieu Vishnu, une image et un son particuliers nous sont venus à l’esprit. Les costumes de danse hauts en couleur des élèves d’Amma Revathi Sunassee, ou plutôt de ses filles comme elle avait l’habitude de les appeler, brillaient de mille feux et le son de leurs salangai retentissait pendant les prières les samedis. Perfectionniste, elle préparait ses élèves et peaufinait chaque détail. Chaque pas, chaque gestuelle, chaque son…, il était question de synchronisation. Ses élèves lui ont fait honneur par l’entremise de la danse aux quatre coins de l’île Maurice lors de cérémonies religieuses et autres spectacles culturels organisés pour commémorer le Deepaavali ou le Nouvel An tamoul.
Pour ses élèves, elle était non seulement une Asiriyai mais une Amma ou mère qui les poussait à donner le meilleur d’eux-mêmes. Comme l’a écrit une élève sur son mur Facebook (Meta) après le décès d’Amma le 2 avril 2022, une enseignante de danse guide ses disciples à chercher le feu sacré au fin fond de leurs cœurs de même que le rythme dans leurs pieds. Ce faisant, elle les poussait à toujours donner le meilleur d’eux-mêmes tout en développant une passion pour la vie. La disparition en cette année d’Amma Revathi Sunassee laisse inévitablement un grand vide dans le paysage culturel du pays. Désormais, elle danse pour les dieux et les déesses.
Toute la douleur de cette perte se trouve dans cette question que se posent ses élèves au sein de son groupe de danse Sangamum Arts qu’elle a consacré dans la première décennie des années 2000 et auquel elle a donné tout son temps et son énergie: « Qui nous enseignera à présent? » Souhaitons que celles à qui elle a transmis le feu sacré pour le Bharata Natyam reprendront le flambeau qu’elle a porté durant cinq décennies pour le passer à la prochaine génération.

Nandri et Vanakkam Amma!
Kavinien KARUPUDAYYAN

