De l’hôtellerie à la finance : La nature devient un enjeu stratégique pour les entreprises

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De l’hôtellerie à la finance, la biodiversité ne peut plus être considérée comme une simple question environnementale. Lors d’une conférence en ligne organisée par le UN Global Compact Network Indian Ocean, des intervenants de la région ont mis en lumière les liens étroits entre la santé des écosystèmes, la résilience des entreprises et, de plus en plus, les risques financiers. Trois représentants d’entreprises mauriciennes, notamment de Sunlife et Absa Mauritius, ont notamment partagé leur vision et les actions déjà engagées.

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Pour Clency Romeo, Chief Sustainability Officer de Sunlife Mauritius, le lien entre biodiversité et industrie hôtelière est particulièrement évident. La nature constitue, selon lui, une part essentielle du produit touristique. Avant même de monter dans l’avion, le visiteur est attiré par les images de lagons turquoise, de plages, de végétation tropicale et d’une biodiversité qui contribue à façonner l’identité de la destination.
« Biodiversity is already part of the guest experience before they check in », a-t-il fait ressortir. Une fois sur place, la nature contribue à ce que l’hôtelier ne peut pas fabriquer : le sense of place, ce sentiment d’être dans un lieu unique. « You can build beautiful rooms, beautiful hotels almost anywhere. But there is one thing we cannot really manufacture, is this sense of place », explique Clency Romeo.

Les promenades sur la plage, le snorkeling, la découverte de la vie marine ou encore les jardins tropicaux constituent autant d’expériences émotionnelles qui participent au séjour. Cette évolution des attentes des voyageurs représente à la fois une responsabilité et une opportunité pour les établissements hôteliers. Les clients recherchent davantage d’authenticité et souhaitent aussi comprendre la destination qu’ils visitent et participer à des expériences liées à la nature et aux communautés : « They want experiences connected to nature, culture, and more importantly, communities. »

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Pour autant, l’industrie hôtelière doit aussi reconnaître son propre impact. Consommation d’eau et d’énergie, production de déchets, approvisionnement alimentaire, aménagement paysager, activités nautiques ou travaux de construction : autant d’éléments susceptibles d’exercer une pression sur les écosystèmes. Sunlife a ainsi mis en place plusieurs mesures concrètes. Dans ses établissements, l’eau utilisée pour l’irrigation provient entièrement d’eau recyclée, afin de réduire la pression sur les ressources hydriques.

Le groupe implique également ses clients dans certaines initiatives, notamment autour de la plantation et de la réduction du gaspillage alimentaire. Les déchets alimentaires sont notamment mesurés afin de mieux suivre les quantités jetées. Pour Clency Romeo, l’enjeu consiste surtout à intégrer la durabilité à l’expérience elle-même. « We should not make sustainability feel like restriction on guest experience. We should make it enrich the guest experience », affirme l’hôtelier.

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Son message aux acteurs du tourisme est clair : « Biodiversity creates the destination. Our people create the hospitality. And together, they create the experience. » Après plus de trois décennies dans l’industrie, il estime que les entreprises doivent désormais investir dans leurs actifs naturels avec la même attention que dans leurs actifs physiques, car leur activité dépend directement de la préservation des communautés et de la destination.
Du côté d’Absa Mauritius, la discussion a permis d’élargir la réflexion au secteur financier. Pour Nathan Carr, Chief of Staff, Head of Legal and Head of Sustainability, la biodiversité concerne directement les banques, même si le lien peut, à première vue, sembler moins évident. « The absence of bees will sting all of us in our accounts, our wallets and our pockets », estime-t-il. Son raisonnement illustre l’interconnexion entre les écosystèmes et l’économie. La diminution des pollinisateurs peut affecter la production agricole, réduire l’offre alimentaire et contribuer à la hausse des prix. Cette pression peut ensuite alimenter l’inflation, peser sur le pouvoir d’achat et, à terme, affecter la croissance économique et la capacité des entreprises et des ménages à honorer leurs engagements financiers. « Banks grow and banks thrive when society grows and society thrives », dit Nathan Carr. La dégradation de la biodiversité n’est donc plus, d’après lui, « a side discussion for banks », mais un facteur qui doit être intégré dans leur manière d’évaluer les risques et de soutenir l’économie.

Shireen Dowlut-Beebeejaun, Head of Recoveries chez Absa Mauritius, a pour sa part évoqué la dimension très concrète du risque financier. Pour les banques, il devient essentiel d’identifier dans quelle mesure leurs clients dépendent de la nature et comment la dégradation d’un écosystème pourrait affecter leurs revenus, leurs coûts, leurs opérations ou encore la valeur de leurs garanties. « At the end of the day, this translates into their ability to repay us as bankers », a-t-elle souligné. Cette analyse doit donc progressivement être intégrée aux évaluations de crédit et à la gestion des portefeuilles, en particulier lorsque les banques sont fortement exposées à des secteurs présentant des risques élevés liés à la biodiversité.

Mais les intervenants d’Absa ont également mis l’accent sur l’autre face de cette problématique : celle des opportunités. Pour Nathan Carr, les institutions financières doivent non seulement mesurer les risques, mais aussi aider leurs clients à accroître leur résilience. « Climate change is here. Biodiversity degradation is here. It’s not something that is over the horizon. We’re living in the eye of the storm », a-t-il déclaré. Absa a ainsi fait évoluer son approche de la finance durable, en accordant davantage d’importance à l’adaptation. La banque engage des discussions avec ses clients des secteurs de l’hôtellerie, de la construction ou de l’agriculture afin d’identifier leurs dépendances et leurs vulnérabilités, puis d’envisager des solutions financières adaptées. « The real difference for businesses starts with a conversation. What are your dependencies ? What are your vulnerabilities? Let us map those », a ajouté Nathan Carr.  La biodiversité est désormais un enjeu économique, opérationnel et financier. Pour les entreprises, la question n’est plus seulement de réduire leur impact sur la nature, mais aussi de comprendre à quel point leur propre prospérité dépend de la capacité des écosystèmes à rester résilients.

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