Les accords conclus jeudi dernier, d’une part entre les gouvernements mauricien et indien et, d’autre part, entre la STC et l’Indian Oil Corporation pour la fourniture de produits pétroliers, ne peuvent être considérés comme de simples formalités commerciales. Derrière les cinq années de sécurité d’approvisionnement en essence, diesel, marine gas oil et carburant d’avion, il y a surtout le dénouement d’une longue quête diplomatique et stratégique.
Pendant longtemps, Maurice avait entretenu une relation privilégiée avec Mangalore Refinery and Petrochemicals Limited (MRPL). Cette formule avait cependant été abandonnée, dans des conditions qui continuent à donner lieu à des débats, au profit d’un système d’approvisionnement fondé sur le marché libre et les appels d’offres internationaux. Cette démarche a été dénoncée par l’actuel gouvernement . « Unfortunately, this vital agreement was set aside by the previous government, who preferred to buy from the Middle East through agents who were paying huge, fat commissions », a observé le Premier ministre Navin Ramgoolam.
L’importation via des agents intermédiaires pouvait, effectivement, paraître avantageuse dans un contexte normal, mais elle a montré ses limites dans un environnement international marqué par les crises géopolitiques, la volatilité des prix et les incertitudes sur les chaînes d’approvisionnement.
C’est dans ce contexte que le Premier ministre Navin Ramgoolam a entrepris des démarches auprès de son homologue indien Narendra Modi, bien avant la guerre États Unis/Iran, afin de revenir à un mécanisme de type « gouvernement à gouvernement ». L’objectif était clair : ne plus considérer le carburant uniquement comme une marchandise soumise aux aléas du marché, mais comme un élément de la sécurité nationale.
La démarche n’a pourtant pas abouti immédiatement. Mangalore Refinery, échaudée par l’annulation de l’accord précédent, a décliné la proposition mauricienne. Ce qui a amené le chef du gouvernement indien à proposer Indian Oil Corporation comme alternative. Ce que cette dernière a accepté.
Cette nouvelle donne avec Indian Oil Corporation offre à Maurice une bouffée d’oxygène indispensable. En protégeant nos réserves contre la spéculation et l’instabilité du Moyen-Orient, cet accord agit comme un véritable bouclier. Navin Ramgoolam l’a résumé avec force : « La signature de ce mémorandum aura une importance stratégique pour Maurice, une importance qui protégera plus que tout notre sécurité énergétique, renforcera la résilience de notre économie. »
En autorisant Indian Oil à devenir pleinement opérationnel sur notre sol, le gouvernement a fait le choix de la résilience. En complément des projets solaires et des fermes de batteries évoqués, c’est toute une vision de la sécurité nationale qui se dessine, loin des « commissions » qui ont grevé les finances publiques précédemment.
Pour montrer l’importance qu’accorde l’Inde à cet accord , c’est le ministre indien du Pétrole, Hardeep Singh Puri, qui est venu personnellement à Port-Louis sceller cet accord. « What we witnessed this afternoon, the signing and exchange of the Memorandum of Understanding between our two governments on oil and gas cooperation, and the accompanying sale and purchase agreement between Indian Oil and the State Trading Corporation of Mauritius. This is not a routine commercial transaction. It is a statement of trust, purpose, and dependability between two nations that have always stood by one another. Energy cooperation between India and Mauritius is not new », a souligné le ministre indien.
Il a poursuivi : « Ce qui change avec l’accord que nous avons signé aujourd’hui n’est pas l’esprit de ce partenariat, mais sa structure. La sécurité énergétique de Maurice ne reposera désormais pas sur l’incertitude des appels d’offres, mais sur l’assurance d’un engagement d’approvisionnement de cinq ans de la part de l’Indian Oil Corporation, couvrant l’intégralité des besoins d’importation de Maurice. »
C’est en fait le premier accord de ce type conclu par une compagnie pétrolière publique indienne hors de l’Asie du Sud. « Et je ne vois pas de meilleur témoignage de la confiance qui unit nos deux pays que le fait que Maurice soit le lieu où nous choisissons de franchir ce premier pas », a dit le ministre indien.
C’est peut-être là que se trouve la principale leçon de cet accord. Car la sécurité énergétique ne peut pas être gérée au gré des circonstances. Elle exige de la prévoyance, de la diplomatie, mais aussi une capacité à changer de cap lorsque les conditions l’imposent.
Il reste maintenant à éclaircir la question de fret et la question de prix des produits pétroliers sur le marché local. Maurice, qui ne dispose pas de pétrolier, est dépendante des transporteurs étrangers. Reste à savoir quel sera l’effet de cet accord indo-mauricien sur le prix de l’essence sur le marché local qui est considéré comme étant trop élevé.
Jean Marc Poché
