Financial Crimes Commission | Opération Savat Dodo – Sezon II : Padayachy et Callichurn en détention policière

Ces deux ex-ministres du MSM rattrapés par les conclusions de Forensic Analysis des échanges lors de l’allocation du contrat pétrolier de $ 691 426 880 au groupe MMG
Après Rajiv Servanisngh et Kareena Neisius, les anciens ministres des Finances et du Commerce de Pravind Jugnauth sous le coup d’inculpations pour des délits présumés de corruption

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Des anciens ministres du gouvernement MSM, dont l‘ancien Premier ministre et leader de cette formation politique, Pravind Jugnauth, Renganaden Padayachy, et Soodesh Callichurn, ont passé des nuits en détention policière dans le cadre d’enquêtes sous les dispositions de la Financial Crimes Commission pour des délits allégués de fraude et de blanchiment de fonds. Mais c’est l’une des premières fois où deux anciens membres du précédent gouvernement, dont l’ancien Grand Argentier, sont placés en détention policière pour la nuit en attendant leur comparution devant le tribunal de Port-Louis pour leur inculpation provisoire. Cet épisode dans l’opération Savat Dodo – Sezon II, survenu hier poussant l’état-major du Sun Trust à crier à la persécution politique à la veille de la présentation du budget 2026/27, fait suite à des développements dans l’enquête portant sur le contrat d’approvisionnement pétrolier pour un montant de 691 426 880 dollars américains au Mercantile and Maritime Group (MMG), remontant à juin 2023, soit il y a six ans de cela. La Financial Crimes Commission, se basant sur des conclusions de Forensic Analysis des échanges de correspondances, maintient qu’il y a eu ingérence de ces deux anciens ministres dans les Procurement Procedures de la State Trading Corporation en vue de favoriser la compagnie de Kareena Neisius, partenaire d’une ancienne ponte de la lutte contre la fraude et la corruption.

La convocation pour interrogatoire Under Warning a été servie par la Financial Crimes Commission depuis la semaine dernière et pendant la journée, et ce jusqu’en début de soirée où ils ont été incarcérés au Moka Detention Centre pour Renganaden Padayachy et au poste de police de Coromandel pour Soodesh Callichurn. Ils comparaîtront devant le tribunal de Port-Louis pour leur éventuelle inculpation après celle de Kareena Neisius et de Rajiv Servansingh, ancien General Manager de la State Trading Corporation (STC)
Les recoupements d’informations effectués par Le-Mauricien de sources concordantes indiquent que l’ancien Grand Argentier au tablier orange est soupçonné d’avoir participé à l’attribution du contrat à Maritime and Mercantile Group (MMG). Les éléments versés dans le dossier charge laissent voir que l’homme politique se serait entretenu avec l’ancien directeur général de la STC afin de favoriser MMG. Des communications et des échanges en ce sens auraient été relevés sur les téléphones de Rajiv Servansingh et de la représentante locale de MMG, Kareena Neisius.

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De son côté, Renganaden Padayachy a nié avoir commis toute infraction. Il soutient que les conditions proposées par le groupe MMG étaient avantageuses, d’autant plus que le règlement de la facture d’importations du carburant devait être effectué en roupies. Assisté de Me Raouf Gulbul, il est revenu sur la situation financière du pays à l’époque, estimant qu’à la suite de la pandémie de Covid-19, les réserves en devises n’étaient plus au même niveau qu’avant la crise sanitaire. Il a également fait valoir que l’offre de MMG avait été examinée en conseil des ministres et que le gouvernement de l’époque considérait qu’il était préférable de retenir la proposition de cette société.

De son côté, la Financial Crimes Commission (FCC) maintient qu’en agissant ainsi Renganaden Padayachy aurait abusé de sa fonction ministérielle afin de favoriser l’octroi du contrat, ce qui constituerait un acte de corruption.

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Par ailleurs, l’ancien ministre du Commerce, Soodesh Callichurn, a été confronté à une série de documents, dont une correspondance émanant de Rajiv Servansingh, datée du 22 juin 2023. Cette lettre était adressée au Permanent Secretary du ministère du Commerce et indiquait notamment : « We are accordingly informing you of this development concerning the above subject matter and await government instructions. »

Le document concernait l’octroi du contrat d’approvisionnement en carburant pour la période allant d’août 2023 à juillet 2024.
Les limiers de la Financial Crimes Commission (FCC) ont voulu savoir si Soodesh Callichurn était au courant de cette correspondance et si le gouvernement de l’époque avait sollicité un avis légal avant l’attribution du contrat à Mercantile and Maritime Group (MMG). D’autant plus qu’une approbation du conseil d’administration de la STC, datée du 29 juin 2023, avait été accordée afin d’aller de l’avant avec ce contrat.
Assisté de Mes Roshan Santokhee et Neelkanth Dulloo, Soodesh Callichurn a affirmé n’avoir été aucunement impliqué dans le processus décisionnel de la STC. Il a soutenu qu’en sa qualité de ministre, son rôle se limitait à l’élaboration des politiques gouvernementales (Policy Making). Il a aussi ajouté que l’octroi du contrat avait été évoqué au cours d’une séance du conseil des ministres, mais qu’au final, c’est la STC qui a pris sa décision.

Sauf que la FCC est en présence de relevés téléphoniques des suspects arrêtés dans cette affaire à la suite d’une analyse du Forensic Lab de la commission. Des communications ont été établies entre ces protagonistes et l’ancien ministre du Commerce pour que faire avancer le dossier MMG. Les enquêteurs font état d’Indirect Evidence contre l’ancien ministre du Commerce dans cette affaire.

Ainsi, la genèse de cette affaire remonte au 5 mai 2023 lorsque la STC lance un appel d’offres international pour l’approvisionnement du pays en produits pétroliers, s’échelonnant sur douze mois. Après l’analyse des propositions reçues, le conseil d’administration retient, le 7 juin, l’offre d’OQ Trading Ltd, jugée la plus avantageuse.
Mais le scénario prend une tournure inattendue quelques jours plus tard. Une proposition de MMG parvient directement à la direction de la STC. Pourtant, la société n’apparaît pas parmi les sept soumissionnaires ayant participé à l’exercice. Cette société propose des conditions financières présentées comme plus attractives, notamment une prime réduite, des facilités de crédit plus longues et la possibilité d’effectuer les paiements en roupies mauriciennes.

Le 29 juin 2023, coup de théâtre après l’appel d’offres – qui est brusquement annulé – et le contrat est finalement attribué à MMG pour $ 691 426 880. Cette décision soulève immédiatement de nombreuses interrogations. L’opposition de l’époque et plusieurs spécialistes des marchés publics dénoncent un manque de transparence et s’interrogent sur les raisons ayant conduit à écarter une offre déjà sélectionnée à l’issue d’une procédure régulière.

Face aux critiques, le gouvernement de l’époque monte au créneau et affirme que l’accord a été conclu dans l’intérêt du pays et qu’il permettra de réaliser des économies substantielles tout en préservant les réserves de devises étrangères. Cependant, les éléments qui émergent par la suite viennent fragiliser cette version.

En août 2024, une réunion impliquant MMG, Maubank et la Bank of Mauritius (BoM) révèle que la société MMG cherche à convertir les paiements effectués en roupies en devises étrangères. Une démarche qui remet en question l’un des principaux avantages mis en avant lors de l’attribution du contrat. Plus troublant encore, le montant réel déboursé par l’État se révèle nettement supérieur aux estimations initiales. Alors qu’il était question d’environ Rs 16 milliards au départ, les paiements auraient finalement atteint près de Rs 30 milliards.

Ces révélations attirent l’attention de la Financial Crimes Commission (FCC), qui initie une enquête en janvier 2025. Les investigations se concentrent sur les circonstances ayant conduit à l’annulation de l’appel d’offres et à l’octroi du contrat à MMG. Les enquêteurs soupçonnent des manquements aux règles de transparence et de gouvernance, ainsi que l’existence de pressions internes visant à favoriser cette société.

L’enquête connaît une accélération en avril 2025 avec la perquisition menée au domicile de Kareena Neisius, représentante locale de MMG. Elle est par la suite inculpée de conspiration en vue de blanchiment d’argent. Elle aurait acquis des biens évalués à Rs 61,9 millions, argent soupçonné d’être issu d’un délit.

Parallèlement, Rajiv Servansingh est entendu à plusieurs reprises par les enquêteurs, notamment Under Warning. Après plusieurs mois d’investigations, la FCC passe à l’action. Il est arrêté en juin 2025 puis traduit devant la Cour de Rose-Hill sous une accusation provisoire de Public Official using his Office for Gratification sous la Prevention of Corruption Act.

Selon les enquêteurs, Rajiv Servansingh aurait utilisé sa position pour faciliter l’attribution du contrat à MMG alors qu’OQ Trading Ltd avait déjà été retenue à l’issue du processus d’appel d’offres. Il lui est reproché d’avoir favorisé indûment une tierce partie au détriment des procédures établies.

 

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