DR DIPLAL MAROAM
Ce sont les Américains qui avaient, pour la première fois dans l’histoire, fait usage de l’arme nucléaire, ce en deux occasions lors de la 2e Guerre mondiale, pour susciter la capitulation du Japon après l’attaque de leur base navale du Pearl Harbour à Hawaii. C’était le 6 août 1945 sur la ville portuaire d’Hiroshima et sur Nagasaki sur l’île de Kyushu, 3 jours plus tard. Les deux bombes firent environ 150,000 victimes sans compter les centaines de milliers de blessés et d’invalides et les mutations génétiques qui continuent aujourd’hui d’affliger des milliers de familles japonaises.
Plus de 75 ans plus tard, la menace nucléaire refait surface et vu la tournure imprévisible qu’a prise la guerre en Ukraine, le pire serait malheureusement encore à venir. Alors que Vladimir Poutine avait, selon toute vraisemblance, l’intention de mener une opération éclaire en Ukraine et la boucler avant le 9 mai, jour d’anniversaire de la victoire de l’Armée Rouge sur l’Allemagne nazie, l’entrée en scène des forces de l’OTAN, sans pour autant être présentes physiquement sur le terrain, ce pour ne pas déroger à l’Article 5 du Traité de l’Organisation, a complètement changé la donne et pris le Kremlin au dépourvu. Ainsi, le matériel militaire sophistiqué des Occidentaux de même que leurs expertises et renseignements en temps réel sur l’emplacement et degré de vulnérabilité des lignes russes ont permis de galvaniser les troupes ukrainiennes et renverser la vapeur sur le champ de bataille.
Mais, dans cette guerre d’usure, une chose est certaine : Si, dans les circonstances actuelles, l’Ukraine peut gagner – mais à quel prix ? –, la Russie, elle, en tant que 2e puissance militaire mondiale, n’acceptera jamais de perdre la face devant l’opinion internationale, quitte à sortir ses armes de dernier recours que constitue justement l’option nucléaire. Ce qui déboucherait alors sur un conflit global d’autant que sous le « Memorandum on Security Assurances » signé à Budapest en 1994, les États-Unis avaient pris l’engagement de protéger la souveraineté de l’Ukraine après l’abandon de ses armes nucléaires dans le sillage de l’effondrement de l’URSS. Même le Japon qui a payé un lourd tribut lors de la 2e Guerre mondiale, comme indiqué plus haut, est en train de reconsidérer le rétablissement de ses capacités nucléaires – et d’autres pays pourraient également suivre le pas – comme un moyen de défense « face aux menaces grandissantes que représentent pour la région la Russie, la Chine et la Corée du Nord ». Cette dernière d’ailleurs ne cesse de tirer des missiles balistiques qui explosent soit dans la mer du Japon soit dans le Pacifique après avoir traversé le territoire aérien japonais d’Ouest en Est. Autant dire combien la propagation des armes nucléaires représente une véritable épée de Damoclès suspendue sur toute la planète.
Cependant, dans la cadre de la guerre en Ukraine, en parlant du nucléaire, le danger ne concerne pas uniquement les armes mais également les nombreuses centrales dispersées sur le territoire, comme celles de Tchernobyl, dont la catastrophe d’avril 1986 demeure encore vive dans nos esprits, Mykolaiv, Zaporijjia, entre autres. En ce qu’il s’agit de cette dernière qui est la plus grande d’Europe avec 6 réacteurs de 1000 MW chacun – Tchernobyl en comptait 4 –, étant située presque sur la ligne de front, l’infrastructure est déjà fortement endommagée par des tirs d’obus, Kiev et Moscou se renvoyant mutuellement la balle de ces attaques. Aujourd’hui, avec l’annexion des 4 régions de l’Est de l’Ukraine – Lougansk, Donetsk, Zaporozhye et Kherson – à la Fédération de Russie, Moscou s’est formellement approprié la centrale que les Russes occupent déjà militairement depuis début mars, selon un décret signé le 5 octobre dernier par V. Poutine. Décret, bien évidemment, rejeté par l’opérateur ukrainien de la centrale, Energoatom, qui le considère « absurde, nul et non avenu ». Ainsi, face à la tension qui monte, le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafaël Grossi, a exigé la mise en place d’une zone de protection autour de la centrale. Mais quoi qu’il en soit, seul un esprit maléfique et destructeur peut à même de rééditer ce que le monde avait connu et vécu en ce jour fatidique du 26 avril 1986 aux petites heures du matin.
En effet, à 01h23 précisément, le cœur atomique du 4e réacteur s’emballe et deux explosions font voler en éclats l’édifice, entraînant instantanément la formation d’une colonne de fumée radioactive qui s’élève dans les airs. Tchernobyl devient alors le théâtre de la plus grande catastrophe du nucléaire civil de tous les temps. Au total, 116,000 personnes avaient dû être évacuées en 1986 de la zone autour de la centrale, toujours quasiment inhabitée aujourd’hui. Dans les années suivantes, 230,000 autres avaient connu le même sort. En 4 ans, quelque 600,000 pompiers, soldats et civils dits « liquidateurs » avaient été dépêchés sur les lieux de la catastrophe pour éteindre l’incendie, construire un sarcophage afin d’isoler le réacteur accidenté et nettoyer le territoire alentour.
Le bilan est lourd. L’ONG internationale Greenpeace ayant évalué en 2006, à plus de 100,000 le nombre de décès provoqués par la catastrophe et après. En effet, hormis la radiation qui a causé directement le nombre le plus élevé de victimes, les cancers de la thyroïde, affections neurologiques, etc, étaient monnaie courante dans les zones contaminées. Puis était venue s’ajouter une vague de cancers du sein et de l’œsophage, de cataractes, de dépression… Finalement, sans compter certaines mutations génétiques qui se transmettent de génération en génération, diverses pathologies persistent de nos jours ; 90% des « liquidateurs » encore en vie en souffrent et plus de 50,000 sont devenus invalides.
Alors que la guerre en Ukraine s’enlise, comme en témoignent d’ailleurs les bombardements russes d’une ampleur inégalée du 10 octobre dernier, l’humanité peut-elle aujourd’hui se permettre de vivre un autre cauchemar nucléaire ? Le choix est clair. Cependant, l’orgueil, l’arrogance et l’insouciance humaine risquent fort de précipiter le monde dans des calamités encore plus désastreuses.

