PRAVINA NALLATAMBY

Bercé jour et nuit par les avantages de l’univers numérique, dominé par le fameux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft), le monde s’oriente désormais vers un avenir virtuel, sans contact, masqué, plexiglassé et ganté, se jouant de nos angoisses et de nos espérances ! Dans l’agenda, mesures sanitaires sévères, vigilance et méfiance sont au rendez-vous pour l’intérêt général, préconise-t-on. Soit ! Malgré ce tourbillon géant qui nous enlise dans le dédale du zéro « toucher », sans accolades fraternelles ni câlins réconfortants, songeons quand même à la douceur, restons bienveillants quand faire se peut.

Lorsque toutes les certitudes tombent et que des débats parfois stériles ne présagent rien de vraiment rassurant, où chercher un peu de tendresse et de sérénité pour un retour à l’essentiel ? Au détour d’une flânerie estivale dans la nature ? Ou bien lors d’une rencontre inattendue avec quelque livre plein de sagesse, qui vous tombe littéralement sur la tête ? Dans son œuvre posthume parue en 2009, Derniers fragments d’un long voyage, Christiane Singer nous propose une véritable méditation sur l’essentiel qu’elle laissera en legs à ses lecteurs. Elle rayonne lors de son dernier voyage, adressant des vibrations de lumière aux couleurs chatoyantes, bleutées, argentées, dorées… à ceux qu’elle aime. Elle s’en va, sans le moindre bagage cette fois-ci, lors d’un périple assez périlleux. Condamnée, entourée de blouses blanches, elle se résigne à accueillir la mort avec philosophie. La destinée prend tout son sens lorsque le temps est compté… Christiane Singer nous bouleverse avec son écriture. Mais, elle nous apaise surtout. Avec un témoignage poignant et plein de lumière, elle apporte du réconfort aux autres, faisant rejaillir la joie au fond des cœurs meurtris grâce à un amour inconditionnel et son goût du partage. Elle sait qu’elle part bientôt pour toujours. Elle prépare ses adieux en offrant aux siens les clés pour trouver un sens à leur vie. En dépit des douleurs intenses et des souffrances qui restent enfouies, elle livre ses pensées à la postérité avec une douceur extrême. Elle garde le sourire et la joie de vivre jusqu’à la fin. En paix avec elle-même, elle se réconcilie avec le cancer qui la ronge. Elle réussit à créer une ambiance de sérénité autour d’elle. Si seulement son message nous aidait à changer notre regard sur le monde ! On prendrait alors conscience de cette grande force qui est en chacun de nous et qui nous permet de surmonter les épreuves les plus atroces. Cette force nourricière, régénératrice, on la nomme amour, espoir ou foi, peu importe… C’est ce qui permet de se ressourcer quand tout semble complètement perdu.

Dans le monde actuel profondément atteint par un mal irréversible, tout semble figé comme dans une salle d’attente. Combien de vagues nous submergent ! Entre flux et reflux, on ne sait plus ! Elles se succèdent sans prévenir, les unes plus violentes que les autres. Le monde est en train de changer. Qui, quand et comment transmettre quelque chose de beau pour chasser les doutes et les paradoxes ?

Faisons-le en silence et soyons présents pour soutenir et encourager un ami démuni du jour au lendemain, qui doit tout recommencer à zéro, se convertir, se reconstruire… Faisons-le avec patience pour nos êtres chers en tendant l’oreille, les caressant d’un regard plein de tendresse et en étant attentifs à leurs plaintes et leurs imprécations. Disons quelques mots avec douceur pour vaincre résistance et désespoir. Aveuglés, meurtris, angoissés par l’impact de la pandémie, ils sont des milliers qui ont besoin de respect, de soutien, et d’une présence sereine et chaleureuse pour rebondir avec dignité. La compassion saura les mettre en confiance. L’humanité rayonnera alors dans le cœur de celui qui aura semé quelques graines de bienveillance autour de lui.

Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur…