La députée Joanna Bérenger a déclaré que le premier mérite de ce projet de loi réside dans « les mots qu’il ose employer ».
« Ce projet de loi est précis. Il décrit les mécanismes de l’emprise. Il reconnaît la violence économique. Il reconnaît la violence psychologique. Il définit avec précision ce qu’est le contrôle exercé sur la vie d’une personne. Désormais, une femme dont le compagnon confisque chaque roupie de son salaire est une victime clairement identifiée comme telle.
Il faut mesurer ce que cela change, car ce qui est inscrit noir sur blanc dans une loi devient beaucoup plus difficile à balayer d’un revers de main. La loi actuelle n’ignorait pas ces questions, mais, trop souvent, au poste de police, on les réduisait uniquement aux violences visibles. Ou pena mark lor ou lekor, pa pou kapav gagn Form 58. En nommant l’invisible, ce texte enlève toute excuse à l’indifférence. Pour cela, je le salue franchement », a déclaré Joanna Bérenger.
Pour elle, le deuxième mérite de ce projet de loi est de regarder enfin la vie des victimes telle qu’elle est réellement. « La loi actuelle pense d’abord au couple marié ou vivant sous le même toit. La nouvelle définition des Related Persons élargit la protection à ceux et celles que l’on oubliait : la compagne qui a déménagé, l’ex-partenaire harcelé longtemps après la rupture, le ou la fiancé(e), ou encore le ou la partenaire homosexuel(le).
Elle reconnaît également les liens de dépendance, lorsqu’une personne âgée et vulnérable se retrouve à la merci de celui ou celle qui s’occupe d’elle. C’est une avancée importante : on protège désormais la victime pour ce qu’elle subit, et non pour l’étiquette de sa relation. »
La députée a toutefois estimé que plusieurs lacunes demeurent. « Depuis des années, les Mauriciennes peuvent obtenir des Protection Orders. Elles sont protégées sur le papier. Pourtant, sur les dix femmes tuées par leur conjoint dans notre pays depuis janvier 2025, sept détenaient une Protection Order. Il y a pire encore : les “Interim Protection Orders” traînent. Ils expirent parfois avant même que la justice ne se soit prononcée. En 2024, sur 398 “Protection Orders”, une seule “Occupation Order” a été accordée. En 2023, aucune sur 376 demandes. Autrement dit, dans notre pays, c’est presque toujours la femme qui doit faire sa valise. »
Joanna Bérenger a également regretté l’absence, dans le projet de loi, d’un bracelet électronique anti-rapprochement, déjà utilisé en France et au Royaume-Uni pour surveiller les agresseurs. « On peut comprendre qu’il s’agit d’une mesure coûteuse, mais c’est avant tout une question de priorité politique. La vie d’une femme a-t-elle un coût ? », s’est-elle interrogée.
La députée a lancé un appel en faveur d’une protection plus efficace des victimes. « Votons ce projet de loi, mais continuons à travailler pour combler les failles de notre système : le bracelet électronique, le suivi effectif des Protection Orders, l’interdiction de la médiation dans les cas de violence domestique, la formation des policiers, une éducation repensée en profondeur pour nos enfants et une exemplarité sans faille de ceux qui détiennent l’autorité. (…) Faisons en sorte que les femmes de notre pays ne soient plus jamais seules », a conclu Joanna Bérenger.

