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L’Église catholique convoquée en synode

REYNOLDS MICHEL
De La Réunion

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Pourquoi ? Comment ?

Annoncé le 7 mars 2021, le prochain Synode de l’Église catholique a été lancé par le pape François au Vatican, le 9 octobre. Ouvert dans chaque diocèse (les Églises locales) le dimanche 17 octobre 2021, il s’achèvera en octobre 2023, avec la célébration du synode des évêques à Rome. Il se déroulera selon un schéma inédit, avec une phase diocésaine, régionale et/ou continentale et une phase universelle. Et ce, durant deux années. Il s’agit d’un processus qui implique « tous les niveaux de la vie de l’Église », ayant pour thème : « Pour une Église synodale : communion, participation et mission ». En somme, une invitation adressée à l’Église entière à s’interroger sur sa vie et sa mission. Une invitation, ô combien salutaire, après les révélations du rapport Sauvé sur les abus sexuels en Église, dont l’onde de choc a touché chaque baptisé.

Un temps d’écoute, de dialogue et de discernement

Mais qu’est-ce qu’un Synode ? Le mot « synode » est un mot ancien qui vient du grec. Il est formé de hodos (chemin) et sun (ensemble), et signifie cheminer ensemble. Faire synode, c’est donc marcher sur la même route, marcher ensemble, Il existe des synodes au niveau diocésain (les diocèses correspondent plus ou moins à des départements) et des synodes dits généraux, qui réunissent des évêques, des cardinaux, des religieux et des auditeurs laïcs dont les voix comptent très peu. Le synode est un organisme de consultation, mis en place par Paul VI, en 1965, après Vatican II, qui fait office d’espace de réflexion et de propositions sur des situations et problèmes de l’Église, voire de nos sociétés. Il désigne donc dans l’Église une assemblée réunie pour délibérer et prendre des décisions.
Pour ce synode, qui concerne tous les baptisés (les fidèles laïcs, clercs et personnes consacrées) et qui s’ouvre par une phase d’écoute et de consultation dans les Églises locales (octobre 2021–avril 2022), le pape François a voulu s’inspirer de la démarche du Synode de l’Amazonie (octobre 2019), synode préparé par des centaines de rencontres organisées avec les populations « originaires » de la vaste Amazonie et dont les contributions ont irrigué les travaux du synode. Une démarche qui aide l’Église à redécouvrir sa nature profondément dialogique, synodale. « Le chemin de la synodalité est précisément celui que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire », nous dit le pape François. La synodalité – du grec « sun-odos » qui signifie « le chemin parcouru ensemble – est présentée à la fois comme forme, comme style et comme structure de L’Église (Cf. Document Justice et Paix : Synode 2021-2023). Ce qui est très loin d’être le cas aujourd’hui ! Nous avons plutôt affaire à une Église cléricale où la figure du prêtre, identifiée au Christ, est survalorisée parce que sacralisée, et où l’évêque concentre tous les pouvoirs.

Des objectifs ambitieux

Le document préparatoire, qui se veut un instrument au service du cheminement synodal, offre aux chrétiens des éléments de réflexion pour avancer ensemble, tout en gardant les pieds sur terre – le document souligne l’importance d’entendre la voix des plus pauvres, des exclus et autres marginaux. Parmi les objectifs visés, nous pouvons retenir quelques axes :
– vivre un processus ecclésial impliquant la participation et l’inclusion de tous, qui offre à chacun – en particulier à ceux qui se trouvent marginalisés – l’opportunité de s’exprimer et d’être écoutés pour contribuer à l’édification du Peuple de Dieu.
– expérimenter des modes d’exercice de la responsabilité partagée au service de l’annonce de l’Évangile et de l’engagement à construire un monde plus beau et plus habitable.
– examiner la façon dont sont vécus dans l’Église la responsabilité et le pouvoir, ainsi que les structures par lesquels ils sont gérés, en faisant ressortir et en essayant de convertir les préjugés et les pratiques déviantes qui ne sont pas enracinées dans l’Évangile.
La question fondamentale posée par la convocation synodale – convocation à se réunir, s’écouter et marcher ensemble – est la suivante : « Quels pas de plus l’Esprit nous invite-t-il à poser pour grandir comme Eglise synodale ? » En créant l’opportunité de rencontre, d’écoute et de dialogue à tous les échelons de la vie de l’Eglise, le pape François invite tous les baptisés à se mobiliser, à faire route ensemble sous la conduite de l’Esprit Saint, à mettre leur communauté respective sur les chemins du dialogue social, de la réconciliation et de la promotion de la fraternité et de l’amitié sociale (CF. Document préparatoire).
Après la publication du Rapport Sauvé, le 5 octobre 2021, rapport reçu dans la consternation et la douleur, les appels à réformer l’Église en profondeur se sont multipliés : place des femmes et des laïcs dans le mode de gouvernance de l’Église, l’ordination d’hommes mariés, voire des femmes, etc. De fait, une réforme de l’Église en actes et en profondeur s’impose. Dans cette perspective, la prise en compte des recommandations du Rapport Sauvé peut aider les baptisés à faire des propositions en vue de l’aggiornamento (renouvellement) de l’Église proposé par le Concile Vatican II et que souhaite ardemment le pape François et nombre de baptisés. Une Eglise synodale est une Eglise dans laquelle chacun, chacune, a quelque chose à apprendre et à proposer.

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