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L’Histoire se répète-t-elle ?

CHRISTIAN LECORDIER

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Nombreux sont ceux qui gardaient espoir que la Independent Broadcasting Authority (Amendment) Bill voté à l’Assemblée nationale le mardi 30 novembre dernier n’allait pas trouver le chemin du Réduit pour être promulgué. Ils sont restés sur leur faim et le Président de la République y a déjà donné son assentiment. Beaucoup a été dit sur l’empressement des gouvernants pour faire voter cette loi en faisant l’impasse sur l’autre priorité du moment, nommément la pandémie.

Notre pays n’est pas à sa première crise de la liberté d’expression, de la liberté de la presse. Nous en avons connu quelques-unes depuis l’ère post-indépendance, et pas des moindres. J’en fus témoin. Je me permets de faire incursion dans quelques souvenirs peu réjouissants. Cela pourrait intéresser les jeunes.

Qu’ils sachent qu’au début des années 70, le gouvernement de coalition Independence Party/PMSD sous la houlette de Sir Seewoosagur Ramgoolam fit voter une loi scélérate, en l’occurrence l’Industrial Relations Act pour casser les reins de la gauche qui montait en puissance. L’état d’urgence aidant, la violence contre la liberté était à son apogée.

Il porta un coup de massue à la liberté d’expression et, à un moment, Paul Bérenger, fer de lance d’un syndicalisme qui n’avait pas froid aux yeux, fut jeté en prison avec d’autres militants sans aucune forme de procès.

Le gouvernement, d’alors, avait justifié sa position en arguant que le mouvement syndical, à la faveur des grèves répétitives, mettait l’économie du pays à genoux. Il est bon de rappeler, qu’à cette époque, le pays subissait les vestiges d’un colonialisme déshumanisant. À titre d’exemple, pas d’outils de base pour assurer le confort élémentaire des laboureurs dans les champs de canne. Aux docks, les dockers étaient massés le matin pour subir le diktat du représentant patronal, qui désignait ceux qui allaient travailler la journée. Eux qui n’avaient droit à aucune forme de compensation ou de pension à la retraite.

Je garde aussi un très mauvais souvenir de la censure de la presse qui portait les griffes du même gouvernement. Un journal, avec un espace noir, est toujours vivant dans ma mémoire. J’avais appris par la suite que le titre avait subi la censure aux Casernes centrales avant sa parution. C’était la dérive dictatoriale à son comble. En tant qu’adolescent, je me sentais lésé dans ma liberté d’être informé. Je prenais conscience de la valeur de la liberté et de son caractère sacré.

Je ne peux passer sous silence l’arrogance qu’a démontrée Gaëtan Duval, l’homme fort du gouvernement d’alors, à l’encontre d’André Masson, rédacteur-en-chef du Mauricien qui l’avait pourtant soutenu lors des élections générales de 1967. La plume incisive de Masson n’avait pas digéré l’entrée de Gaëtan Duval dans le gouvernement de coalition et avait mené une campagne outrancière contre ce dernier. Gaëtan Duval avait ensuite riposté en faisant pression sur le secteur privé pour ne plus verser des publicités au Mauricien. Celui-ci paya les frais d’une situation financière catastrophique avec un impact sur l’éditorialiste.

Ceux dont le but avoué est d’étouffer la liberté d’autrui le font machiavéliquement et par lâcheté. C’est l’arme du faible d’asseoir son pouvoir ainsi. ‘Power tends to corrupt and absolute power corrupts absolutely.’ À chaque fois que la liberté était bafouée, les gens de bonne volonté se sont érigés en obstacle pour défendre la démocratie. C’est en agissant ainsi qu’on luttera pour faire courber l’échine aux potentats.

Churchill disait de la démocratie qu’elle était certes un « mauvais système », mais qu’il s’agissait sans aucun doute du moins mauvais des systèmes. L’excès de certains de nos décisionnaires fait hélas évoluer notre société vers le pire.

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