DR DIPLAL MAROAM

Pour le Premier ministre, l’année 2021 s’annonce, selon toute vraisemblance, cruciale, pouvant même déterminer l’avenir et la survie de son administration gouvernementale. Face à une opposition dont les chefs ont préféré ranger au placard leurs différends pour consolider leur force de frappe, nos dirigeants doivent impérativement faire preuve d’audace et d’originalité s’ils veulent maintenir le capital de confiance acquise lors des législatives mais ébranlée, dans une grande mesure, par de nombreuses controverses qui ont entaché le mandat jusqu’ici. Sur deux dossiers brûlants qui ont occupé la majeure partie de l’allocution du PM le 1er janvier, notamment l’économie et la sécurité publique, son gouvernement sera très attendu au tournant cette année.

Sur le plan économique, si l’exercice de vaccination s’accélère dans les pays européens, notre principal marché touristique, la prudence reste toujours de mise en attendant les directives formelles de l’OMS quant à l’efficacité des différents vaccins et la qualité de l’immunité induite, ce afin de permettre aux autorités locales de définir les paramètres sanitaires concernant le séjour des visiteurs. Mais quoi qu’il en soit, s’attendre à une activité économique comme celle qui prévalait avant la pandémie dans le court et moyen termes, serait faire preuve d’une crédulité excessive. Une de nos plus grandes maladresses a été de mettre trop d’œufs dans le même panier eu égard à un secteur aussi fragile que le tourisme alors que d’autres domaines porteurs, l’économie bleue ou encore l’énergie verte, demeurent sous exploités.

En ce qui concerne la sécurité publique, le PM est, paraît-il, en complet déphasage avec la réalité du terrain. De deux choses l’une : soit, il se fie aveuglément à l’image dépeinte par le chef de la police lors de leur rencontre quotidienne ; soit, ne voulant prendre aucun risque, il refuse de bousculer une institution qui, au fil des années, a sombré dans une stagnation épouvantable. Mais, dans les deux cas, il ne fait qu’apporter l’eau au moulin de la majorité conservatrice qui ne veut, en aucun cas, abandonner sa zone de confort. Or, il ne se passe pas un jour sans qu’un cas d’agression sexuelle, de vol avec violence ou de meurtre ne fasse la une des médias. Et pour ne pas déroger à la règle, le premier jour de l’an a été marqué par le crime atroce de Petite Rivière et des bagarres sanglantes à Baie-du-Tombeau.

Il n’y a pas lieu de chercher midi à quatorze heures pour constater que le laisser-aller est légion. De l’échouage du MV Wakashio à notre présence déshonorante sur la liste noire de l’UE en passant par le passeport express octroyé à un trafiquant de drogue, nos systèmes de contrôle ont lamentablement failli et l’État doit essentiellement faire son mea culpa. Dans le domaine de law and order, sans un sérieux remue-ménage de la force de l’ordre, la situation sécuritaire – facteur non négligeable dans le succès de tout dirigeant politique – continuerait sa descente aux enfers.

  Le nouveau commissaire de police a annoncé la présentation prochaine d’un Policing Plan définissant 6 objectifs, dont la sécurité publique et le combat anti-drogue. Le précédent commissaire avait également présenté en 2015, cinq priorités dans le but de « développer une police de proximité et changer son approche envers le public ». Ce, après avoir présenté en 2011, en tant que commissaire adjoint, le National Policing Strategic Framework avec pour objectif de « provide the best possible policing service ». Dans la pratique, cependant, qu’est-ce qui a réellement changé ?

Par ailleurs, dans le domaine des enquêtes, la question de juge d’instruction refait surface dans le sillage de l’affaire Kistnen. Un tel système aurait sans doute permis de faire la lumière sur des cas non élucidés jusqu’ici tels Nadine Dantier, Vanessa Lagesse, Michaela Hart, entre autres, et mettre fin à la brutalité policière, méthode de prédilection de certains de nos enquêteurs pour extorquer des confessions qui sont souvent renversées en justice. Un travail remarquable avait été abattu en ce sens par Rama Valayden alors qu’il assumait le poste d’Attorney General. Des études avaient été effectuées et des rapports soumis ; or, ses successeurs les ont tout bonnement laissés moisir au fond d’un tiroir.