Le leader du FMP : « Nous sommes contre la FCC, mais pas pour la remplacer par pire »
Le leader du Fron Militan Progresis (FMP), Paul Bérenger, demande au gouvernement de ne pas présenter à l’Assemblée nationale, à la rentrée parlementaire, les projets de loi visant à mettre en place la National Crime Agency (NCA). Samedi, lors d’une conférence de presse, il s’est appesanti sur la nécessité de prendre davantage de temps pour étudier les évolutions du modèle britannique et de revoir en profondeur le dispositif proposé à Maurice.
« Contrairement à ce que l’Attorney General a dit dans une interview, nous ne sommes pas en faveur du statu quo. Nous sommes contre la Financial Crimes Commission (FCC). Nous voulons que celle-ci soit remplacée, mais pas par pire », affirme Paul Bérenger. Le gouvernement prévoit un ensemble de neuf projets de loi pour établir la NCA comme principale agence d’enquête en matière de criminalité financière, de cybercriminalité et de crimes graves, complexes et organisés. Un dispositif qui comprend notamment un Constitution (Amendment) Bill et un National Crime Agency Bill.
Pour Paul Bérenger, le projet gouvernemental s’inspire d’un modèle britannique qui, selon lui, est lui-même en pleine évolution. Ainsi affirme-t-il que la NCA britannique avait été mise en place sous un gouvernement conservateur et que le Labour Party britannique travaille aujourd’hui à une nouvelle architecture, et ce, à travers un National Police Service Bill.
Le leader du FMP conteste surtout l’intégration de la NCA dans la Constitution et les conséquences que cela pourrait avoir sur les pouvoirs du commissaire de police. Il indique à cet effet qu’à Maurice, l’ensemble des activités policières est déjà regroupé sous l’autorité constitutionnelle du commissaire de police et qu’il aurait fallu conserver cette architecture tout en intégrant une NCA « à la mauricienne » sous son autorité.
« Nous sommes contre l’introduction de la NCA dans la Constitution », ajoute-t-il encore. Son principal sujet d’inquiétude, dit-il, concerne la possibilité donnée à la future NCA de reprendre une enquête menée par la police. « Si la NCA décide, elle peut reprendre n’importe quelle enquête des mains du Commissaire de police. Est-ce que vous réalisez ce que cela veut dire pour le Commissaire de police ? C’est très dangereux », poursuit-il.
Le leader du FMP estime au contraire qu’il faut consolider les pouvoirs du commissaire de police, et ce, dans un contexte où, selon lui, le secteur du Law and Order pose déjà de sérieux problèmes dans le pays. Il demande ainsi au gouvernement de ne pas précipiter le processus. « Ne présentez pas les textes de loi à la rentrée parlementaire ! Prenez le temps d’étudier ce qui se passe en Grande-Bretagne et le NPS Scheme qui est mis sur pied ! En temps et lieu, on viendra avec un NPS à la mauricienne qui intégrera une NCA à la mauricienne », prône-t-il.
Appel au dialogue
Paul Bérenger a également relativisé l’importance des amendements qui pourraient être proposés au Parlement. Pour lui, le problème ne se limite pas à quelques modifications techniques. « Fondamentalement, le nouveau projet de loi n’est pas bon. Par conséquent, nous ne parlons pas d’amendements », a-t-il dit, appelant plutôt le gouvernement à prendre son temps et à dialoguer.
L’ancien Deputy Prime Minister a également consacré une partie de sa conférence de presse à la fonction de commissaire électoral, dont le contrat du titulaire actuel arrive à terme en janvier prochain. Il a ainsi souligné l’importance de cette fonction dans une démocratie parlementaire, estimant que le commissaire électoral constitue « le cœur de la démocratie ».
À Maurice, la nomination relève de la Judicial and Legal Service Commission (JLSC), institution constitutionnelle. Sur ce point, le leader du FMP juge « essentiel » que les conditions de service permettent d’attirer des candidats « qualifiés, capables et honnêtes ». Il a également évoqué le modèle indien, où une Commission électorale composée de plusieurs membres est placée sous la direction d’un Chief Election Commissioner, ainsi que les débats récents autour du mode de nomination de ses membres.
Paul Bérenger affirme toutefois faire confiance au JLSC pour procéder à la nomination du prochain commissaire électoral. L’appel à candidatures a déjà été lancé et le délai est arrivé à terme. Interrogé sur un éventuel renouvellement du mandat du commissaire électoral actuel, il s’est par ailleurs dit favorable à cette possibilité si elle devait être « dans l’intérêt de Maurice ». Il souligne que les élections à l’Assemblée Régionale de Rodrigues sont prévues l’année prochaine et que les préparatifs pour les prochaines élections générales débuteront également.
Un autre dossier abordé est la hausse des prix de l’essence et du diesel. Paul Bérenger a estimé à ce propos que le gouvernement « ne prend pas suffisamment de mesures » pour limiter l’impact de ces augmentations sur la population. Aussi, selon lui, la question doit être examinée dans le cadre du budget, notamment en raison du poids des taxes sur les produits pétroliers. Il a également mis en cause la dépréciation de la roupie, qu’il rappelle avoir perdu environ 4% de sa valeur entre janvier et août, ainsi que le mécanisme de fixation des prix des carburants, qu’il considère comme « dépassé ».
La State Trading Corporation (STC) a également été au centre de ses critiques. Paul Bérenger s’est ainsi interrogé sur les conditions entourant les dernières cargaisons de produits pétroliers, notamment les Premiums, les frais de fret et les commissions. Il avance que, sur la base des chiffres dont il dit disposer, le Premium représenterait environ 30% de l’augmentation du prix de l’essence et 20% de celle du diesel pour les cargaisons débarquées depuis juin. Il indique que ces chiffres sont ses propres estimations et n’ont pas été établis comme étant des données officielles dans les éléments disponibles.
Le leader du FMP réclame donc que soient rendus publics les chiffres relatifs aux Premiums, au fret et aux commissions concernant les livraisons enregistrées en juin, juillet, août et septembre. « Il faut savoir qui sont ceux qui négocient le fret et les commissions », a-t-il lancé, en disant que, selon lui, « il faut davantage de transparence autour des opérations de la STC ».

