Opération Laliann Kanbar | Procurement de Rs 30 milliards : 11 heures d’interrogatoire pour Pravind Jugnauth à la FCC

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L’ancien PM confronté aux délibérations d’un comité ministériel restreint de juin 2023 pour avaliser le choix de MMG au nom de la STC

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Maneesh Gobin répond que le Legal Advice vient de l’Attorney General’s Office

L’ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth, a été interrogé pendant près de 11 heures, hier, par les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC). Son audition s’est achevée vers 2 heures, ce mardi matin. À l’issue de cet exercice, il a été autorisé à quitter le QG de la Financial Crimes Commission. Selon les informations disponibles aux petites heures du matin, une nouvelle séance d’interrogatoire est déjà envisagée, dans la mesure où les enquêteurs ont encore une série de questions à élucider avec le principal concerné. Son avocat, Me Raouf Gulbul, devrait prendre contact avec la FCC afin de convenir d’une nouvelle date. « Zordi mo ankor pli serin », a déclaré le leader du MSM à la presse à la sortie des locaux de la FCC.

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Des premiers recoupements d’informations indiquent qu’une partie de l’audition a porté sur le comité ministériel restreint qu’il avait présidé en juin 2023, avant l’attribution du contrat d’approvisionnement en White Oil à Mercantile and Maritime Group (MMG) de l’ordre de Rs 30 milliards au nom de la State Trading Corporation. Pravind Jugnauth a nié avoir donné la moindre directive à la State Trading Corporation (STC) en vue de favoriser cette société, alors que l’offre d’OQ Trading Ltd avait initialement été retenue. Il a soutenu ne jamais être intervenu dans le processus décisionnel de la STC, affirmant avoir laissé cet organisme prendre ses décisions en toute autonomie.

C’est précisément sur les travaux de ce comité ministériel que le leader du MSM devrait être appelé à fournir davantage d’explications lors de la prochaine séance d’interrogatoire.

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Dans sa déposition hier, Pravind Jugnauth a également affirmé être victime d’une persécution politique. Il a évoqué des messages circulant sur WhatsApp qui, selon lui, annonçaient ou réclamaient son arrestation à l’issue de son audition à la FCC. C’est d’ailleurs en lien avec ces mêmes messages que le Chief of Staff du Prime Minister’s Office (PMO), Rakesh Bhuckory, a consigné une plainte au Central CID samedi dernier.

Enfin, l’ancien Premier ministre a également fait référence aux communiqués publiés par le MSM en réponse à certaines allégations dans sa déposition.

De son côté, parallèlement, Maneesh Gobin, ancien Attorney General, a été entendu Under Warning pendant plus de six heures à la Financial Crimes Commission (FCC). D’emblée, il a confirmé qu’il avait eu vent de la proposition soumise par Mercantile and Maritime Group (MMG) au gouvernement pour l’approvisionnement du pays en white oil en 2023. À l’époque, il occupait les fonctions d’Attorney General.

À la suite de la réunion d’un comité technique de la STC, chargé d’examiner l’offre de MMG, un avis légal avait été sollicité auprès de l‘Attorney General, la State Trading Corporation (STC) ayant déjà retenu OQ Trading Ltd comme adjudicataire en juin 2023.

Selon les informations en possession de la FCC, le bureau de l’Attorney General a effectivement fourni un avis ouvrant la voie à la résiliation du contrat conclu avec OQ Trading Ltd en vue de permettre à MMG de se positionner pour décrocher ce marché d’approvisionnement en produits pétroliers de Rs 30 milliards.

Toutefois, Maneesh Gobin a soutenu devant les enquêteurs que ces avis auraient été formulés par des officiers de l’Attorney General’s Office et qu’il ne se serait pas personnellement impliqué dans ce dossier. Il a également insisté sur le fait qu’il n’avait joué aucun rôle dans le processus d’appel d’offres ni dans l’attribution du contrat.

À l’issue de son audition, la FCC l’a autorisé à quitter les lieux. Pour autant, les investigations sont loin d’être terminées. Les enquêteurs comptent solliciter le bureau de l’Attorney General, désormais dirigé par Me Gavin Glover, Senior Counsel, afin de vérifier les déclarations de l’ancien Attorney General. Des sources proches du dossier ont confirmé qu’une nouvelle séance d’interrogatoire n’était pas exclue, en fonction des informations qui seront recueillies.

Lors de son audition à la FCC, Maneesh Gobin était assisté de ses avocats, Me Avineshwar Dayal et Me Chetnah Bundhoo.

Ainsi, depuis quelque temps déjà, l’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC) sur l’opération Laliann Kanbar du contrat d’approvisionnement en carburant (white oil) accordé en 2023 à Mercantile and Maritime Group (MMG), pour USD 691 426 680 (Rs 30 milliards), met progressivement au jour les circonstances ayant conduit à l’abandon d’une offre déjà approuvée au profit d’un autre fournisseur.

Les enquêteurs ont d’abord reconstitué la chronologie des faits. Le 5 avril 2023, la State Trading Corporation (STC) lance un appel d’offres international pour l’approvisionnement en carburant de Maurice pour une durée d’un an, de juillet 2023 à août 2024. Toutes les offres sont soumises le 23 avril 2023, à 13h30, et trois jours plus tard, celles de sept soumissionnaires sont ouvertes et transmises au comité des appels d’offres pour évaluation. Selon la FCC, MMG ne figure pas parmi les entreprises ayant participé à cet appel d’offres.

Le comité technique de la STC commence alors l’analyse des propositions afin de vérifier leur conformité aux exigences du cahier des charges. Mais, selon les éléments recueillis par la FCC, l’ancien directeur général de la STC, Rajiv Servansingh, demande brusquement à son équipe d’interrompre ses travaux et annonce que l’appel d’offres est annulé. Les enquêteurs estiment que cette décision est intervenue après une réunion décisive tenue au Bâtiment du Trésor.

Selon la FCC, un comité ministériel restreint, présidé par l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth, s’est réuni en juin 2023 pour examiner une proposition de MMG. Lors de cette réunion, le directeur de la société, le controversé homme d’affaires pakistanais Murtuza Ali Lakhani, a lui-même présenté l’offre de son entreprise.

Autour de la table se trouvaient également les anciens ministres Renganaden Padayachy, Soodesh Callichurn, Alan Ganoo et Maneesh Gobin, qui occupaient respectivement les portefeuilles des Finances, du Commerce, du Transport terrestre et les fonctions d’Attorney General.

Or, la STC avait déjà approuvé, le 7 juin 2023, l’offre d’OQ Trading Ltd. D’après la FCC, c’est à l’issue de cette réunion ministérielle que cette décision aurait été remise en question. L’offre d’OQ Trading a finalement été annulée, permettant à MMG d’obtenir le contrat.

Les enquêteurs affirment également disposer d’éléments faisant état d’échanges entre Rajiv Servansingh et la représentante locale de MMG, Kareena Neisius, afin que la proposition de cette société soit retenue. Ces démarches ont été accélérées après la réunion du comité ministériel.

La FCC relève, par ailleurs, que les membres du comité technique de la STC, pourtant chargés d’évaluer les offres, n’auraient pas opposé de résistance ou se seraient tus face aux décisions prises par le pouvoir de l’époque. Plusieurs d’entre eux ont déjà été entendus au Réduit Triangle l’année dernière.

L’un des points qui intrigue particulièrement les enquêteurs est l’absence totale d’un exercice de Due Diligence de Murtuza Ali Lakhani avant l’attribution de ce contrat stratégique. Les indications, qui ont transpiré du dossier à ce jour, sont que Renganaden Padayachy aurait présenté l’homme d’affaires pakistanais à ses collègues du gouvernement.

Cette absence de vérification apparaît d’autant plus surprenante que le Département de la Justice des États-Unis avait ouvert, dès 2023, une enquête sur Murtuza Ali Lakhani pour son implication présumée dans le commerce de pétrole russe malgré les sanctions imposées à la Russie, à la suite de la guerre en Ukraine.

Pour les enquêteurs, la STC s’est ainsi engagée avec une société et un dirigeant dont la réputation internationale était déjà sérieusement entachée. Et d’estimer que Murtuza Ali Lakhani est le “ultimate beneficiary” de Rs 30 milliards. Les tentatives de la FCC pour essayer de retracer où est parti ce fonds à l’international demeurent un mystère.

Enfin, pour justifier l’annulation de l’offre d’OQ Trading Ltd, la STC se serait appuyée sur une clause figurant dans le dossier d’appel d’offres.

Affaire à rebondissements à suivre…

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