Hier, 26 juin. Énième commémoration de la Journée mondiale de la lutte contre l’abus des drogues et le trafic illicite. Plusieurs partenaires dans ce combat, de par le monde, organisations de droits humains et ONG, ont exhorté vivement les instances mondiales à mettre fin aux exécutions illégales pour des infractions liées à la drogue et à privilégier des politiques en matière de drogues fondées sur la compassion et le respect des droits.
Chez nous, les grandes déclarations habituelles, de part et d’autre. Les drogues, les simik principalement, sont devenues les causes de toutes les souffrances et détresses dans d’innombrables foyers. L’hydre à mille têtes, dénoncent, brutalement réalistes, les hommes et femmes engagés sincèrement dans cette lutte, aux côtés des milliers de victimes de tous âges, de leurs conjoints, parents et proches. L’ennemi numéro Un, pointent les politiques.
Oui, le danger absolu, la bête noire, déplorent tous les politiques, au gouvernement comme dans l’opposition. La semaine dernière, dans le grand oral du Premier ministre pour l’exercice budgétaire, ont été annoncées une pléiade de mesures, touchant tant la répression que le traitement, avec de grosses enveloppes à la clé pour divers ministères. Pourtant, et ce n’est pas une première, il n’y a pas ou très peu de cas liés au traitement, à la prise en charge, à l’encadrement, au soutien, à l’accompagnement, au processus difficile et complexe de la réhabilitation et de la réinsertion sociale, au recrutement des travailleurs sociaux. Comme si cette partie de la reconstruction humaine n’est pas importante. Alors que c’est là le point de départ d’une action solide, concertée et qui porterait ses fruits.
L’Église catholique s’est, elle, engagée totalement dans cette lutte. Feu le cardinal Jean Margéot, le cardinal Maurice Piat et l’évêque de Port-Louis, Mgr Jean-Michaël Durhône, croient tous dans le Projet Homme. Un travail concret et solide est abattu. Par souci de sortir des milliers de familles de ce marasme sans fin qu’entraînent les addictions.
Et quid des autres communautés ? Et nos politiques, alors ? Début juin dernier, le ministre Deven Nagalingum sonnait le branle-bas de combat en convoquant autour de lui le Junior Minister et député, comme lui des circonscriptions 19 et 20, Sydney Pierre. Il y avait aussi des représentants de la police, de la NADC – organisme d’État catapulté à coups de milliards dans les deux derniers budgets pour s’attaquer aux problèmes liés aux drogues – des travailleurs sociaux, le nouveau maire de Beau-Bassin/Rose-Hill Toussaint André, enfant lui-même des quartiers vulnérables, de même que Patrick Belcourt, leader d’En Avant Moris (EAM), entre autres membres du conseil municipal. Les débats furent vifs et tranchants. Les prises de position laissaient présager des actions immédiates. Presque un mois après, peu ou pas d’échos d’actions entreprises…
Jeune et fougueux, pétri des meilleures intentions et soucieux de joindre l’action à la parole, Sydney Pierre avait résumé l’urgence de la situation, soulignant qu’il s’agit là d’un combat au nom de la paix et de la santé des citoyens. Et que ce type d’engagement était au-dessus des préoccupations politiques et partisanes. Aurait-il commis un faux pas ?
Une initiative similaire a été entreprise à Curepipe, sous la férule du vice-président de la République, Robert Hungley. Il serait triste qu’en fin de compte ces exercices donnent raison à Patrick Belcourt qui craignait qu’il ne s’agisse, au final, que de belles paroles, des opérations marketing cosmétiques et bien guindées !
Le discours du budget et les débats parlementaires ont permis au leader de l’opposition, Joe Lesjongard, de se distinguer… pour une fois ! Citant deux phrases en hindi du fameux western bollywoodien, Sholay, à l’égard de Navin Ramgoolam, s’agissant du rétropédalage sur la réforme de la pension, l’homme s’est attiré un grand capital de sympathie. Et Ramgoolam, dans la foulée, est devenu la risée.
Cet épisode est venu rappeler que des sentinelles veillent au grain, pour protéger notre démocratie. Pour que les dérives totalitaires commises durant la dernière décennie ne reviennent pas d’actualité.
À cet égard, une mesure a été mise en lumière par des citoyens engagés – dont Lindsey Collen, de Lalit, l’avocat Rama Valayden et le syndicaliste Radhakrishna Sadien, concernant l’augmentation – énorme ! – de l’amende à l’infraction à la Public Gatherings Act (PGA). Voilà une dérive déguisée en mesure qui mérite débat et révision. Car il y va de notre liberté… fraîchement retrouvée. Va-t-on encore risquer de la perdre ?
Husna Ramjanally

