VIOLENCE EN MILIEU SCOLAIRE : Et si les mesures correctives avaient été prises…

DR DIPLAL MAROAM

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Ce n’est certainement pas seulement le Marcel Cabon SSS à Barkly qui subit les conséquences désastreuses de la violence scolaire, dont l’ampleur a été rapportée par « Le Mauricien » du 22 février dernier, mais la grande majorité des écoles à Maurice, primaires et secondaires confondues, certes à des degrés divers, même si à l’établissement éducatif de Beau-Bassin, la situation est particulièrement préoccupante, comme en font d’ailleurs état les enseignants du collège. En effet, dans une correspondance adressée au directeur de la Zone 2, ces derniers, tout en évoquant la présence de gangs dans l’enceinte de l’établissement, font ressortir que « staff members have no security within the school premises as students are violent and have the habit of throwing stones on the school infrastructure as well as on their peers, and which may cause serious injuries to staff members ». Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est, sans doute, l’utilisation récemment de faux billets de banque à la cantine de l’école, un délit gravissime qui a, bien évidemment, été rapporté à la police de la localité. L’on apprend également que l’an dernier, des étudiants avaient allumé le feu dans une salle de classe et l’incendie provoqué avait alors nécessité la prompte intervention des pompiers. Or, cette institution secondaire, qui se situe dans une région défavorisée, était jadis connue comme le collège Royal de Beau-Bassin de par ses résultats académiques remarquables mais, selon les observateurs, c’est suite à l’entrée en vigueur du système de régionalisation qu’une véritable descente vers le bas a débuté.

Force est de constater qu’à Maurice, la violence, sous toutes ses formes, est partout – au sein de la famille, de la société, sur les routes, dans les médias, les réseaux sociaux, etc. Et en l’absence d’une institution régulatrice responsable et digne de ce nom pour contenir le phénomène, la situation ne fait qu’empirer de jour en jour. À l’école, auparavant, les valeurs morales, la discipline, la courtoisie faisaient partie intégrante du programme éducatif ; l’emploi du temps prévoyait également, sur une base hebdomadaire, des activités périscolaires telles la musique, la poésie, les débats, les compétitions de quiz, etc alors que l’assemblée du matin était souvent consacrée aux règles de la bonne conduite. Aujourd’hui, hélas, tout le programme scolaire est centré uniquement sur le projet académique avec l’accent sur l’exigence de réussite aux examens pour décrocher un bon boulot avec, à la clef, une rémunération alléchante. Et pour atteindre cet objectif, nul besoin de mentionner que tous les moyens, même les plus vils et parfois répréhensibles, sont possibles.

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Il est malheureux que des matières indispensables au développement holistique de l’élève comme l’histoire et la littérature aient été graduellement mises à l’écart pour laisser la place à celles liées à la gestion des affaires, la finance, l’entrepreneuriat. Or, la seule obtention de certificats ne peut constituer la finalité de l’éducation si celle-ci ne repose pas, d’abord et surtout, sur l’épanouissement convenable de l’enfant. Mais, aujourd’hui, l’écart de conduite, de comportement des élèves et la dérive langagière sans gêne chez les jeunes, garçons comme filles, démontrent qu’entre éducation et instruction, il y a loin de la coupe aux lèvres et qu’un maillon social fondamental est définitivement brisé quelque part et qu’il faut en remédier à tout prix. Que pourrait même proposer la ministre qui, elle-même, a évolué dans ce giron, en a bénéficié pendant des décennies, pour tenter de rectifier le tir ? Certes, le premier éducateur de l’enfant n’est autre que ses parents – qui, malheureusement, dans beaucoup de cas, ont, tout bonnement, démissionné face à leurs responsabilités – mais le rôle prépondérant des enseignants, en tant que professionnels dans le domaine de la pédagogie et qui doivent désormais détenir le PGCE, ne peut être éclipsé. Et si l’on avait, dès le début, pris le taureau par les cornes, l’éducation aujourd’hui, aurait déjà retrouvé ses lettres de noblesse. Mais y a-t-il réellement une volonté de sortir des sentiers battus ?

S’il est vrai que certaines mesures ont été apportées au niveau du cycle secondaire afin de mieux canaliser les élèves de 15-16 ans selon leurs aptitudes et filières de prédilection – académique, technique ou vocationnelle –, ce qui suscite l’organisation d’un nouvel exercice de sélection au niveau du Grade 9, le noyau dur du programme éducatif, cependant, n’a point connu de changement majeur. Changement qui aurait permis aux jeunes de mieux s’armer face aux influences nuisibles des fléaux engendrés par une société en pleine mutation, pour ne pas dire en décadence. En effet, la drogue, la pauvreté et l’exclusion sociale ne peuvent ne pas avoir d’incidence sur la manifestation de la violence, quelle qu’elle soit. En ce qui concerne la drogue, citons un extrait de la lettre pastorale de carême 2023. « La drogue qui circule facilement dans le pays, détruit la jeunesse et les familles et corrompt les institutions où l’attrait de l’argent facile fait un mal immense », observe fort justement le Cardinal Maurice E. Piat. D’autre part, si la pauvreté et l’exclusion, en elles-mêmes, constituent une forme indéniable de violence morale, elles peuvent néanmoins susciter un cran plus élevé de cette violence car, comme nous le rappelle, à juste titre, Bob Marley « A hungry man is an angry man » ou encore « ventre affamé n’a point d’oreilles », (Jean de La Fontaine, Le Milan et le Rossignol).

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