VISITE DU PAPE FRANÇOIS EN AFRIQUE : Corruption – prêcher dans le désert ?

Si l’initiative courageuse du Pape François de mettre le doigt sur la plaie que constitue la corruption en Afrique lors de sa visite en République Démocratique du Congo (RDC) et du Soudan-du-Sud au tout début de ce mois, mérite d’être saluée comme il se doit, il est malheureux cependant que sur les racines même de cet horrible fléau, il demeure étonnamment silencieux car c’est justement à ce niveau que le combat doit être mené s’il doit être gagné. « Non à la corruption. Ne te laisse pas engloutir dans la marée du mal », avait lancé le souverain pontife en RDC à une foule enthousiaste composée de plus d’un million de personnes, gagnées à sa cause. Mais la question qui doit être posée est de savoir pourquoi alors ce « mal » est-il si tenace et répandu sur le continent africain, mais pas seulement ? Or, cet enseignement de l’Évangile : « L’amour de l’argent est la racine de tous les maux » (1 Timothée 6 :10) aurait dû servir de référence basique dans la lutte contre ce fléau qui tire constamment vers le bas la qualité de vie des citoyens et ébranle la confiance dans les institutions. Car, « Nul ne peut servir deux maîtres, Dieu et argent ». (Matthieu 6 :24). Or, force est de constater que ce précepte fondamental de l’existence est perpétuellement poussé sous le tapis, ce probablement pour faire dans le politiquement correct.

- Publicité -

Par ailleurs, dans une lettre pastorale – celle de 2008 précisément –, Mgr Maurice Piat faisait ressortir que « nombre d’adultes et de jeunes prennent leur distance de l’Église » et que « la transmission de la foi est mise à rude épreuve ». Qu’en est-il aujourd’hui ? N’est-il pas temps de combattre, de neutraliser cette marche triomphante de ce second « maître » qui attire de plus en plus les jeunes et autres afin de redonner au premier, le vrai « maître », toutes ses lettres de noblesse ? Tout comme Moïse qui avait fracassé, au pied du Mont Sinaï, le veau d’or, symbole du matérialisme et du fétichisme que, au cours de l’Exode, les Hébreux vénéraient comme une idole et qui les avait déviés de la voie divine.

Qu’aujourd’hui, tout tourne autour de l’argent, tout est monnayé et monnayable. Et il ne fait aucun doute que la corruption, la fraude, la drogue, la prostitution, la violence, le banditisme, bref, les petites et grandes criminalités mais également l’orgueil et l’arrogance possèdent tous un dénominateur commun – l’argent. Et cette quête assidue d’assouvir cette soif de la richesse ne fait que phagocyter l’existence et la transmission des valeurs, qu’elles soient morales, sociales, familiales, environnementales ou autres. Dans de telles circonstances, que peut même proposer l’école en tant que vecteur de valeurs et d’instruction ? L’éducation, elle-même, se résume aujourd’hui à une course effrénée vers les certificats qui, dans beaucoup de cas, peuvent être obtenus contre paiement sur la toile. Est-ce que les réformes introduites jusqu’ici peuvent, par exemple, permettre de mettre un frein aux pratiques mercantiles des leçons particulières, devenues, au fil des ans, une école parallèle payante, un autre véritable fléau ?

- Publicité -

Mais il n’y a pas que l’éducation car l’infiltration du facteur pécuniaire dans toutes les autres sphères institutionnelles comme la santé, la justice, le Law and Order, etc, ne fait que susciter une dégradation considérable du niveau des services sur le plan national. Cela fait froid dans le dos lorsqu’un ancien haut-gradé de la force policière avait récemment évoqué sur les ondes d’une radio privée, l’existence de « protection money » au sein de l’institution. Et l’indifférence effarante des autorités à un tel aveu nous laisse complètement pantois et ne fait que saper davantage la confiance des citoyens dans leurs dirigeants d’autant que les réformes promises pour redresser la barque se font toujours attendre. Même la politique de la mondialisation est calquée d’abord et surtout sur le motif du profit de la part des plus forts au détriment des plus faibles. Si, par rapport à la politique financière, les gouvernements entretiennent toujours un agenda caché fondé sur les exigences électoralistes, l’engagement auprès des bailleurs des fonds, etc, les religieux, eux, se doivent de transmettre la seule et unique voix de la vérité, sans détour et hésitation.

Finalement, alors que le système économique et politique actuel prévoit la lutte contre la dissimulation des fonds obscurs siphonnés des comptes publics, l’on ose interroger l’existence et l’épanouissement des paradis fiscaux, ce bien au-delà de la volonté exprimée depuis des décennies par de nombreux États de les démanteler une fois pour toutes. Même la perception de Maurice comme étant un paradis fiscal demeure tenace dans certains milieux, ce bien que nous disposons de tout un arsenal légal et institutionnel pour lutter contre les crimes financiers et les manœuvres sordides des malfaiteurs de la finance mondiale. Et la récente affaire du conglomérat Adani, ayant des ramifications dans l’offshore mauricien et accusé de « manipulation des actions et de fraude comptable sur plusieurs décennies », n’est certainement pas pour arranger les choses.

EN CONTINU
éditions numériques