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Sables mouvants

L’année hippique 2023 est HISTORIQUE.

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Pour la première fois depuis 1812, hormis les années de guerre, le MTC n’organisera pas les courses cette saison — à travers sa filiale la MTCSL.

L’histoire retiendra qu’il y a renoncé, contraint et forcé.

Contraint par l’état catastrophique de ses finances qui n’ont cessé de se détériorer dans le sillage de décisions gouvernementales favorisant une stratégie d’étranglement financier bien planifié de la part d’une cellule quasi mafieuse visant à accaparer le Champ de Mars et les courses. Ceux-là ont aussi profité, il faut le dire, d’un délitement progressif de la vision et de la gestion du club bicentenaire, infiltré, il est vrai, par des incompétents Judas qui ont aidé de l’intérieur à l’achever.

Forcé par les conditions scélérates imposées au fil des dernières années par les institutions hippiques, HRD et GRA réunies, et la COIREC, nouveau gestionnaire du Champ de Mars, qui a mis fin à notre sens, illégalement, le bail liant la municipalité de Port-Louis et le MTC jusqu’à 2028. Ils ont dans le sillage de ce « triangage » donné scandaleusement le pouvoir à un néo-organisateur de courses, Peoples Turf PLC, d’imposer un accord de gestion et d’entretien des pistes de l’hippodrome au MTC. Celui qui les a entretenues deux siècles durant avec amour et compétence. N’y aurait-il pas dans ce transfert de compétence COIREC-PTP une entorse à la Competition Act ?

Même si les dirigeants du MTC se disent être en veilleuse en attendant des jours meilleurs — un hypothétique changement politique à la tête du pays —, un retour aux affaires relèvera du miracle si cette supposée alternance était reportée aux calendes grecques.

Aussi inimaginable que cela aurait été il y a seulement deux ans, c’est People’s Turf PLC qui organisera seul les courses en 2023. Et tant que le gouvernement actuel, son parrain, qui accède à toutes ses demandes, ses désirs et ses caprices, tiendra les rênes du pouvoir politique du pays, avec un retour conséquent sur investissement.

Son actionnaire largement majoritaire, aujourd’hui, à travers deux compagnies qui viennent d’y injecter du capital frais, Jean Michel Lee Shim aurait préféré avoir la haute main sur le MTC, son plan originel, pour régner sur les courses mauriciennes. Mais le coup d’État interne planifié avec le support de la GRA de Dev Beekhary et celui de Kamal Taposeea et d’autres, alors représentants du MTC, a été déjoué. Et il a dû se rabattre sur son plan B, PTP, entité à multiples fonctions de couverture qu’il avait déjà créée il y a un peu plus de deux ans. Cette nouvelle donne s’est avérée plus coûteuse et l’a contraint à consentir à d’énormes dépenses d’investissement en termes d’infrastructures et d’achat de chevaux, ce qui rend son défi à relever encore plus ardu.

Pour arriver à ses fins, le support massif du gouvernement, à travers la GRA — qui a miné le MTC ces dernières années — et la COIREC — qui, elle, a dépouillé à petit feu le MTC de la jouissance de l’hippodrome et de la « plaine » du Champ de Mars, a été déterminant. Maintenant que PTP est en situation de monopole, contrairement à l’an dernier quand il a dû faire des largesses pour gêner son concurrent, le MTC, et acheter la conscience de professionnels des courses aux finances chancelantes, il revoit cette année ses fondamentaux, parce qu’il se retrouve, plus tôt qu’il ne l’avait prévu, seul aux affaires, persuadé que les conditions assassines du cost sharing allaient être acceptées par la MTCSL.

Dans cette situation inconfortable, et s’appuyant sur l’expérience récente du MTC, PTP a pris la décision de réduire de plus de 50% sa grille de dotations pour les chevaux gagnants et placés pour éviter de s’enfoncer, mais aussi afin atteindre deux objectifs contradictoires.

D’abord, faire les nécessaires contrôles de dépenses courantes pour pouvoir assurer ses obligations financières vis-à-vis de la structure de protection et de favoritisme dont il bénéficie des pouvoirs publics. L’approche des prochaines élections que certains annoncent imminentes rend cette obligation de plus en plus urgente, d’autant que la Dime, cette fois, devra encore être plus conséquente vu la situation plus aléatoire dont jouit actuellement le pouvoir dans une opinion publique indécise, car totalement perdue par les choix qui lui sont proposés.

Ensuite, l’autre objectif est d’affaiblir financièrement les entraînements et les propriétaires qui sont restés soit indépendants, soit fidèles au MTC. Cette baisse du stakes money va rapidement les mettre en difficulté financière, au point où deux entraînements affirment publiquement que cela leur coûterait moins cher de garder les chevaux à l’écurie. Quant aux entraîneurs qui fonctionnent dans le système Lee Shim, ils ne sont pas soumis au même stress financier que leurs confrères, mais plus au devoir de résultat, souhaité ou imposé, par leur employeur qui prend théoriquement tous leurs frais à son compte et les contraint à être des vassaux qui ont juré fidélité et obéissance au roi !

PTP est aussi dans l’expectative de la réponse du public et des parieurs dans cette nouvelle configuration de monopole. S’il est un fait que l’engouement du public lors de la coorganisation l’an dernier était nettement en faveur du MTC et que PTP et ses satellites off pars, la question est de savoir comment vont évoluer les enjeux cette année. Le manque d’expérience et de savoir-faire organisationnel et les interrogations qui entourent sa probité absolue en termes d’application des règles sont des facteurs qui pèsent sur le volume des enjeux attendus.

D’autant que la confiance dans les institutions régulatrices — bandeau sur les yeux et coton dans les oreilles — ne sont pas est susceptibles de rassurer les turfistes sur un déroulement sain des courses. Tout cela risque, dans un premier temps en tout cas, de peser négativement sur l’imaginaire de l’envie de parier de nombreux turfistes à travers l’île dans une conjoncture économique où le pouvoir d’achat chute drastiquement et rend aléatoire la masse monétaire qu’ils concéderont aux paris sur les courses cette année.

En termes purement hippiques, la qualité des chevaux et les champs présentés lors de cette journée inaugurale donneront aussi une idée de la situation inconfortable où se trouve PTP pour offrir un spectacle de qualité susceptible de galvaniser les foules, et pas seulement les suiveurs et autres affidés qui donnent une impression de ferveur.

PTP se lance seul dans l’aventure, dès samedi, fort de sa petite année d’expérience avec la faiblesse de ne plus pouvoir pointer du doigt l’autre. Il devra désormais assumer seul tout, le bon comme le mauvais. Chacun comprendra dans cette perspective que la tension et l’expectative soient de mise et que cela engendre coups de gueule et coups de poing, à l’orée d’une saison marquée par le sceau « ça passe ou ça casse ».

Comme pour ajouter aux difficultés intrinsèques à un début de saison, il n’y a pas eu les derniers galops publics traditionnels sur le gazon, ceux qui lancent la saison et créent ce début d’engouement nécessaire. De mémoire de turfiste de longue date, en tout cas, nous n’avons pas le souvenir, la saison va démarrer sans les traditionnels grass gallops ou barrier trials sur la grande piste qui ont sans doute étaient annulés vu la masse d’eau qui avait envahi la piste lors des dernières pluies. Les chevaux n’ont jusqu’ici couru que sur le sable à l’entraînement, aussi bien à Petit Gamin qu’au Champ de Mars. Nous allons donc, comme toute la population, découvrir la piste qui a bénéficié de l’expertise d’un spécialiste aguerri recruté par PTP. Si l’aspect physique de l’herbe de la piste est visiblement de belle facture, le sol sur lequel il repose ne sera testé qu’en direct ce samedi, et nous souhaitons vivement que tout se passe sans anicroche, même s’il aurait été avisé que les chevaux aient couru au moins une fois sur la piste pour ne pas être perturbés par les crossings de sinistre mémoire.

Rien ne sera plus comme avant au Champ de Mars. PTP a pris les rênes du Champ de Mars dans ce qui est, sans fioritures, UN COUP D’ÉTAT, avec la complicité de nombreuses institutions comme la police, la justice, les institutions financières. Tout cela sous les yeux ébahis de la population. PTP est arrivé aux affaires à une vitesse grand V avec le soutien et les passe-droits du gouvernement de Pravind Kumar Jugnauth, la courte échelle de la GRA de Dev Beekhary qui a imposé à la HRD de Wayne Wood de mener la vie dure au MTC. Mais ce dernier, comme annoncé en exclusivité par Turf Magazine, a pris la poudre d’escampette devant ce qu’il considère en privé comme étant « un joke » de République bananière. À PTP, qui se retrouve sur des sables mouvants, de lancer sa partition pour la relance hippique ou des fausses notes pour un enterrement de première classe de ce qui fut créé à l’origine pour favoriser une intégration des différentes composantes de la population mauricienne.

PTP se retrouve définitivement sur des sables mouvants pour ce début de saison. Soit il s’enfonce, soit il prend son envol !

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