Dans quelle mesure les autorités mauriciennes ont-elles travaillé ces derniers mois à nous assurer une meilleure prise en charge hospitalière de la Covid ? Question qui se pose alors que notre taux de mortalité se monte à 2.5%… Contre 0,3% à La Réunion

Revoilà la peur de la Covid-19 qui vient occuper chez nous la une de l’actualité.
On le sent bien, les Mauriciens sont inquiets avec l’entrée en vigueur, ce jeudi 1er octobre, d’une « réouverture des frontières » mauriciennes, qui est en réalité très relative. Au cours de ces derniers mois, le gouvernement a procédé au compte-gouttes au rapatriement de 8 393 Mauriciens bloqués à l’étranger suite à la décision brutale de fermeture totale de nos frontières en mars dernier. Mais il reste encore des Mauriciens dans ce cas.
Du coup, nos frontières seront « réouvertes » pour ceux-là, pour les détenteurs de permis de résidence, et, nous dit-on, pour les touristes prêts à payer pour rester enfermés dans une chambre d’hôtel pendant 14 jours.
Il ne devrait donc pas y avoir de raison de s’en faire, vu que la quarantaine est obligatoire pour tous les entrants.
Mais cela pose la question de savoir pourquoi des Mauriciens toujours bloqués à l’étranger depuis mars doivent, eux ,payer pour rentrer dans leur pays, qu’ils n’ont pu regagner avant le 30 septembre faute d’avoir eu un vol de rapatriement.
Cela pose aussi la question du choix des hôtels accueillants. Listés entre 3 et 5 étoiles, ils facturent des quatorzaines entre Rs 35 000 et Rs 400 000, selon disponibilité.
Cela pose surtout la question de la confiance. Car les Mauriciens craignent manifestement que les conditions de quarantaine dans les hôtels ne soient pas totalement respectées, et que le virus recommence à se propager alors que nous n’avons officiellement plus eu de cas depuis le 29 avril dernier.
Mais est-ce vraiment évitable ? Est-il vraiment possible que nous restions au 0 cas ?
Pour certaines personnes, on devrait rester fermés sur nous-mêmes pour notre sécurité. L’exemple des Maldives pose en effet cette problématique. Depuis la ré-ouverture au tourisme en juillet dernier, le nombre de nouvelles infections a bondi dans ce pays de 340 000 habitants, avec, à hier, un total de 10 398 cas et 34 morts. Or, parallèlement, le retour massif de touristes qui était attendu n’a pas eu lieu : en un mois, seuls 5 200 touristes y sont venus, contre une moyenne habituelle de 141 000 touristes par mois. Prendre le risque d’une contamination accrue vaut-il donc la peine pour un nombre limité de touristes, dont l’apport à notre économie sera nettement inférieur à ce qu’il nous en coûtera si nous devons être refermés, voire reconfinés ?
Si Maurice décide, pour le moment, de mettre entre parenthèses le tourisme, il faudra alors être clairs sur ce choix, et poser une alternative. L’emploi de plus de 100 000 personnes à Maurice dépend du tourisme, et vu le poids de ses revenus dans notre P.I.B, il est clair que la faillite de ce secteur entraînera une catastrophe économique. On ne peut en effet risquer que le gouvernement, sous prétexte de « réouverture des frontières », mette un terme au versement de l’aide aux employés de ce secteur qu’il avait assuré de prolonger « jusqu’à la réouverture des frontières ». Si c’est le cas, il faudra proposer une alternative aux employés de ce secteur.
L’autre aspect concernant la réouverture de nos frontières est qu’elle ne concerne pas que les touristes. Il y a aussi des milliers de Mauriciens qui voyagent pour leur travail, et il ne s’agit pas que de voyageurs « d’affaires » : parmi les rapatriés de ces derniers mois, 2 430 étaient des employés de bateaux de croisière. Il y a encore les jeunes Mauriciens qui étudient à l’étranger, et des étudiants de la région qui veulent étudier à Maurice. Il y a tous ces Mauriciens qui vivent et travaillent à l’étranger à condition de pouvoir chaque année rentrer voir et accompagner leurs parents vieillissants. Il y a tous ceux qui ont besoin de soins de santé qui ne sont pas disponibles chez nous. 
Et nous en venons peut-être à la question centrale : celle de la qualité des soins disponibles à Maurice.
A Maurice, nous avons recensé officiellement depuis mars dernier un total de 385 cas de COVID, et 10 décès. A côté de nous, La Réunion n’a jamais totalement fermé ses portes. Choisissant de vivre avec le virus. A hier, elle comptait 4 178 cas de COVID, et 16 décès (13 d’entre eux concernant des personnes venues de Mayotte en état critique). Ces chiffres disent donc une mortalité de 2,5% chez nous, contre 0,38% à La Réunion.
Les faits montrent que nous ne sommes pas particulièrement en plus mauvaise santé que nos voisins. Ce qui diffère pourtant de manière évidente, c’est le niveau des soins et la prise en charge hospitalière.
Selon le gouvernement, notre service de santé dispose désormais de tout le « matériel » nécessaire, à grands renfort de contrats passés avec des fournisseurs ayant quincaillerie sur rue, et à des coûts exorbitants. Mais il n’y a pas que le matériel.
Lors d’une récente émission de « Menteur Menteur » animée par notre confrère Axcel Chenney, un infirmier a été enregistré, livrant un témoignage qui glace le sang : il dit notamment que la jeune fille de 20 ans décédée de la Covid à l’hôpital de Souillac en avril dernier a été victime de mauvais traitements : que les injections qui lui ont été administrées avaient été mal calculées, que le personnel soignant avait peur de l’approcher. Face à la gravité de telles assertions, il est étonnant que le ministère de la Santé n’ait pas davantage réagi pour rassurer la population, près de trois mois après la diffusion de l’émission…
Que se passe-t-il donc au niveau de notre personnel hospitalier ? Est-il suffisamment formé, encadré, soutenu ? Il s’agit de toute évidence d’un métier difficile, on peut comprendre la peur face à une nouvelle maladie, et il faut rendre hommage aux efforts des membres de cette profession. Mais former des soignants, c’est aussi les former aux risques que comporte cette profession. Est-ce que tous ces aspects sont assurés ? Est-ce qu’on leur fournit toute la protection nécessaire, un lieu pour se reposer sans crainte de contaminer leurs familles ? Est-ce que l’on prend en compte aussi l’aspect psychologique chez les personnes qui se retrouvent dans la situation totalement anormale d’être enfermées dans une chambre pendant 14 jours, soumises à la crainte permanente d’une contamination ? Dans le cas d’Aruna G. rentrée cette semaine après avoir été bloquée à Bruxelles depuis mars, on peut mesurer le stress du personnel hospitalier face à son attitude très agitée. Mais le personnel hospitalier n’est-il pas formé pour prendre en charge une personne qui « pète un câble » pour des raisons diverses ? A-t-il le droit de filmer cette personne en robe de chambre à l’intérieur d’un hôpital et de diffuser ces images sur les réseaux sociaux ? L’important est-il de prouver ainsi que la tâche n’est pas facile pour le personnel hospitalier ?
Il ne s’agit pas de jeter la pierre à nos soignants. Ils nous sont essentiels. Il s’agit de dire qu’il serait sans doute plus que temps que nos soignants soient encouragés à venir exposer leurs difficultés, leurs peurs, leurs restrictions, leurs limitations, leurs besoins. Et que les autorités travaillent en conséquence à assurer des conditions meilleures pour tous, de manière à renforcer efficacement notre système de santé. Il faut cela pour que nous puissions rouvrir nos frontières sans être dans la panique totale, en rassurant les Mauriciens sur le fait que le Covid-19 est une maladie qui affecte le monde entier pour un temps qui risque encore d’être long, que nous ne pourrons sans doute pas éviter totalement d’avoir des cas, mais que ces cas seront traités au mieux.
C’est ça, ou se préparer à vivre en autarcie pour un bon moment…

SHENAZ PATEL