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Commémoration: L’Université de Maurice rend hommage au Pr Edouard Lim Fat, père de la zone franche

À l’occasion du centenaire de naissance de feu Pr Edouard Lim Fat, l’université a tenu à lui rendre hommage jeudi. Le chancelier de l’Université de Maurice, Jean-Claude Autrey,  l’a décrit comme « a man for all seasons, un grand serviteur de l’université et de la République de Maurice ». Il a souligné qu’à « une époque où le pays était décrit comme un Overcrowded Barracoon”, condamné à sombrer dans l’océan Indien, le Pr Lim Fat et tant d’autres avaient démontré que Maurice allait non seulement survivre, mais prospérer ». Pour sa part, l’économiste Georges Chung Tick Kan a reconnu en lui une des plus brillantes personnalités que le pays ait connues et qui « a littéralement changé la destinée de Maurice ».

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Jean Claude Autrey se réjouit d’avoir eu le privilège de connaître ce « man for all seasons, soit le père, le grand-père, l’académicien, le scientifique, l’ingénieur, l’innovateur, l’aventurier et l’homme souriant, avec son sens de l’humour », à son arrivée à l’UoM, en 1967. « Chaque rencontre était pour moi une inspiration, jeune chercheur au MSIRI. » Il retient de lui sa « force tranquille » et sa modestie. Il ajoute que le Pr Lim Fat aurait pu avoir son propre cabinet d’ingénierie, mais qu’il a préféré assurer la formation des jeunes. « Il était un de ces Mauriciens qui se retroussaient les manches. Le Pr Lim Fat et tant d’autres avaient démontré que Maurice allait non seulement survivre, mais prospérer. »

Il a tenu à préciser qu’il faut reconnaître aussi le rôle de hauts fonctionnaires comme Benoit Arouff et Yves Appasamy dans la création de la zone franche. Pour lui, sir Edouard Lim Fat était « un vrai patriote, un Nation Builder, un bâtisseur comme Maurice en a rarement connu ».

Dinesh Hurreeram, doyen de la faculté d’ingénierie à l’UoM, souligne que le Pr Lim Fat a laissé ses empreintes à la faculté d’ingénierie. Même s’il ne l’a pas connu, ce qu’il retient, dit-il, c’est que c’est « quelqu’un qui a commencé à partir de rien, presque, et qui avait beaucoup d’ambitions ». Il poursuit : « The ambitions were not only for himself but for people around him, for the country. Pr Lim Fat was one of the person who really led to the setting up of the EPZ, to have brought a robustness in the economic development of the island. The legacy left by him in the manufacturing sector is still very much visible. The manufacturing sector is still contributing a lot towards the GDP and remain a pillar of the economy. »

Il considère que l’UoM est « bénie de l’avoir eu » pendant près de 17 ans. « He joined as the principal of the School of Agriculture. His most important contribution was to spearhead the project for the setting up of the school of technology. This is what we really need to support the manufacturing sector. He headed the school of technology for four years until he became the pro-vice chancellor of the UoM », rappelle-t-il.

Georges Chung Tick Kan estime qu’on ne parle pas assez de la période de grands développements économiques des années 80. « Après cette grande dépression des années 70, on ne dira pas assez ce qui s’est passé. S’il n’y avait pas de zone franche, s’il n’y avait pas eu de Pr Lim Fat, il n’y aurait pas l’économie mauricienne sur le point de devenir un pays développé. Le Pr Lim Fat compte parmi les hommes les plus brillants que le pays ait connus. Il a littéralement changé la destinée de notre pays », s’appesantit-il.

Pour justifier ses propos, il devait rappeler qu’en 1969, lors d’uneconférence internationale sur le sucre, secteur déterminant pour la destinée d’un pays), « le Pr Lim Fat parlait de ce qu’on devait faire pour que Maurice commence à progresser » au lendemain de l’indépendance. « Pourtant, en 1961, un grand monsieur, James Smith, invité par le gouvernement d’alors à dire ce que devait être l’économie post-indépendance, disait qu’il n’y avait pas d’avenir pour notre pays. Pour lui, il était impossible de créer des emplois et d’industrialiser le pays en dehors du secteur sucrier. » En 1977, James Smith avait été fait prix Nobel d’économie.

En 1972, V. S Naipaul, Nobel de littérature en 2001, écrivait après sa visite à Maurice : « It’s an overcrowded barracoon plagued by despair and where problems defy solutions. » Et pourtant, souligne Georges Chung Tick Kan, « en 1969, au lendemain du discours de ce qui était le Pr Lim Fat, le gouvernement d’alors, mené par SSR, écrivait le texte de loi, devant propulser Maurice une décennie après dans le domaine de l’industrialisation ». La loi de 1970 décrivait de long en large ce que devait être l’île Maurice à partir de son industrialisation, dit-il encore.

Si la décennie des années 70 a été définie par le boom sucrier, poursuit-il, cela ne dura pas longtemps. « Après le boom sucrier, les gens perdaient leur emploi. Dans un rapport de la Banque de Maurice, en 1981, on pouvait compter jusqu’à 60 000 chômeurs et, en 82, jusqu’à 78 571. En 83, le taux de chômage était passé à 25% de la population active. Mais un miracle devait retourner la situation de manière spectaculaire. Du jamais vu dans l’histoire économique des nations. »

C’est alors que le rapport de la Banque de Maurice a décrit le « striking economic development in the overall performance led by the vigorous expansion of the EPZ ». Grâce aux actions de Pr Lim Fat, grâce à cette EPZ, ajoute l’économiste, le taux de croissance est alors passé à 8% en 86-87. « Le taux de chômage a baissé à 4% jusqu’au plein-emploi, en 1988-89. Moi qui ai étudié l’économie pendant longtemps, je n’ai jamais vu une nation passer d’une situation de chômage très grave à une situation de plein-emploi » avoue-t-il.

Kwang Poon, fondateur de l’Africa Europe Asia Business Council, estime qu’au vu des défis auxquels le pays est actuellement confronté, il est approprié de faire un retour sur le succès du Pr Lim Fat, dont il est parenté de loin. Il précise que le Pr Lim Fat était de descendance Hakka et que certaines recherches récentes ont révélé que « Mao Zedong may have some Hakka blood from his ancestor » dans le province du Jiangxi.

« Ending imperial rule, winning a war, and modernizing a country were all led by Hakkas. Putting things into perspective, Edouard turning out to be Le Père de la Zone Franche is not a surprise as the Hakka blood pulses through his veins. » Le Pr Lim Fat, rapporte-t-il d’après ce qu’il a entendu, « s’était inspiré des parcs industriels de Puerto Rico et de Kaohshiung, à Taiwan, une ville dans le Sud habitée par une majorité de Hakka ».

Contrairement à ce qui s’était passé à l’époque, lorsque le jeune Edouard Lim Fat avait été admis au collège Bhujoharry et que le recteur s’aperçut que Edouard Lim Fat était « trop malin » pour son collège, avant de recommander son transfert au collège Royal, Kwang Poon devait conclure : « I have a dream that one day, if the UoM detects a promising student with Nobel laureate potential, the professor will no longer have to encourage that student to go overseas. Let us dream like Edouard did ! »

Linda Lim Fat, fille d’Edouard Lim Fat, a remercié l’UoM pour l’hommage rendu à son père. Elle a partagé le côté chaleureux pour lequel son père était apprécié. Chaque 5 octobre, dit-elle, son téléphone sonne et, au bout du fil, d’anciens employés de son père se souviennent de l’anniversaire de ce dernier. « Mo ti kontan get misie so sourir, li ti touzour dir enn bon mo kan li ti pass lizin. »

Elle a aussi évoqué le sens de l’humour qu’avait son père, même quand il était à la clinique pour des traitements. Comme quand il disait à une infirmière : « Je vous laisse mon bras, car vous avez un toucher magique avec vos doigts de fée. » Elle devait témoigner encore : « My father believed that the greatest gift in this world is not wealth, fame or power but the deep love of those you love. His mission was to work for his country and bring livelihood amongst some people. »

Kenny Lim Fat, fils de Pr Lim Fat, a parlé de la Fearless Person qu’il voyait en son père. Il a raconté comment son père, après quelques voyages en Afrique, avait décidé un jour de fournir des produits pesticides et chimiques aux agriculteurs du Zimbabwe. Pour ce projet, il avait accompagné son père au Mozambique, où la guerre civile venait de prendre fin. Et alors qu’un chauffeur les conduisait à Beira, la voiture avait essuyé des coups de feu tirés par un groupe de personnes à l’extérieur, car la guerre n’était pas complètement finie.

Alors qu’il était soulagé de voir le chauffeur faire demi-tour, pensait-il, vers Harare, il devait vite déchanter en entendant son père dire qu’ils retournaient à Beira. Son père, dit-il, n’avait ni peur des coups de feu, ni de la malaria, qui sévissait alors et qui pouvait tuer une personne en l’espace de deux à trois semaines. « Pour lui, un problème était un défi qu’il ne fallait pas abandonner. Si vous n’avez pas de solution, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de solution, mais juste que vous n’avez pas la solution maintenant. En ces temps difficiles, il nous aurait dit de ne pas baisser les bras ! »

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