ARVIN BOOLELL, PTr : Cette partielle provoquera des élections générales anticipées

Dans une interview accordée au Mauricien en marge de l'élection partielle annoncée au No 18 (Belle-Rose/Quatre-Bornes), le candidat désigné du Parti travailliste (PTr), ex-ministre et ex-député rouge, Arvin Boolell, observe que cette partielle « provoquera des élections générales anticipées ». Fort d'une longue expérience en politique, il affirme être « une passerelle » entre les jeunes et les moins jeunes au sein de son parti.

Vous revenez activement sur le terrain politique. Pourquoi avoir accepté de relever ce défi  ?
Nous étions toujours présents sur le terrain. Il ne faut pas oublier qu'après les élections générales, le parti se trouvait dans une situation difficile. Avec le soutien de tout un chacun, nous avons relevé le défi et, aujourd'hui, le PTr est une force incontournable sur la scène politique. Pendant ce temps, la vie est devenue difficile pour les Mauriciens avec la perte du pouvoir d'achat et des problèmes de société accrus, allant de la drogue à l'insécurité en passant par des arrestations arbitraires, des institutions qui perdent de leur indépendance… On a même tenté de museler la presse.
Depuis 2014, il y a un gouvernement qui a trahi les engagements qu'il a pris lors des élections législatives, et le peuple doit comprendre cette trahison, qui va du château du Réduit à l'hôtel du gouvernement, qui mène le système dans une spirale cryptofasciste. Maintenant avec la partielle au No 18, le parti, après mûre réflexion, a soumis mon nom. Il y a eu beaucoup de candidats potentiels, mais le choix s'est porté à l’unanimité sur moi pour plusieurs raisons, dont mon expérience acquise au fil des années. Je reflète bien les valeurs travaillistes mais, comme je l'ai déjà dit, « no man is an island ». C'est une responsabilité collective et les actions sur le terrain sont collectives.

Avez-vous déjà commencé le travail sur le terrain  ?
Oui, mais sans une accélération pour le moment. On a eu des sessions interactives avec les citadins de la circonscription et ceux qui prônent le travaillisme. Le sentiment est qu’il faut remporter cette élection. On veut faire de la politique autrement.

Qu'est-ce que cela veut dire pour un parti vieux de 80 ans  comme le PTr ?
D'abord, il y a la manière dont la campagne doit se dérouler. Nous voulons qu'elle soit loin de l'hystérie, de l'agression verbale et de la manipulation, et qu'elle se déroule dans le respect de l'adversaire et de l'électorat. Aujourd'hui, la campagne ne se fait pas seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi lors des rencontres et des débats d'idées parce que l'électorat est très éclairé. Les politiciens doivent être à son écoute et venir avec un programme inclusif pour la circonscription et au niveau national.

Des noms qui ont été cités, on compte beaucoup de jeunes qui brigueront la partielle au No 18. Serait-ce un handicap pour vous  ?  
Loin de là. Jeremy Corbyn, du Labour Party en Angleterre, n'est pas très jeune, ni Angela Merkel, ni Modi. Je suis d'accord qu'à un moment donné nous devons nous incliner. C'est vrai pour tout le monde. Je serai une passerelle entre les jeunes et les moins jeunes au sein du PTr. L'Alliance Lepep a donné l'occasion à un jeune d'assumer des responsabilités au sein du gouvernement, mais il a choisi de démissionner à trois reprises de ses responsabilités. Je n'entrerai pas dans les détails, néanmoins, c'est une vérité. Il faut qu'il y ait une complémentarité entre les différentes générations. Tout le monde, à n'importe quel âge, peut-être sage. J'entends des personnes qui se disent jeunes mais qui ne partagent pas cette vivacité de la jeunesse. Il y a beaucoup de jeunes au No 18 avec des interventions de hautes factures et je leur demande de porter haut le débat.

Vous avez été longtemps dans la circonscription Rose-Belle/Vieux-Grand-Port. Comment vos partisans accueillent-ils cette mutation au No 18  ?
À chaque fois que cette circonscription a été appelée à donner son soutien pour une nouvelle visibilité du PTr, elle l'a honoré. On se souvient du Labour Revival de 1991. Aujourd'hui, il y a beaucoup de jeunes, issus de familles dont les parents ont contribué au développement social et économique du pays, qui adhèrent au PTr et qui répondent présents à l’appel pour la consolidation des valeurs du parti. Toutefois, il est tout à fait normal d'avoir un pincement au cœur. Ils m’ont aidé à être ce que je suis. Il y a une symbiose entre cet électorat et moi. Mes sympathisants sont conscients de cette responsabilité. Pour eux, c'est le parti avant tout. C'est une nouvelle étape de ma vie politique.

Cela veut-il dire que vous briguerez les suffrages au No 18 lors des prochaines élections générales  ?
Cela coule de source. En même temps, il faut créer de l'espace pour des jeunes dans la circonscription Rose-Belle/Vieux-Grand-Port. Il y a beaucoup de jeunes qui peuvent y être alignés.

En cas d'une éventuelle victoire et de votre retour à l'Assemblée nationale, le présent chef de file du PTr, Shakeel Mohamed, conservera-t-il sa place  ?
Je me mettrai à côté de Shakeel ou d'Osman (Osman Mahomed, Ndlr). Je serai là pour les accompagner et nous travaillerons comme une équipe solide. La question n’est pas de savoir où je me mets.

Serez-vous le chef de file ?
Je laisse le soin aux instances du PTr de décider qui sera le chef de file au parlement, mais je le redis, je respecte tout le monde et nous défendons les intérêts d'une île Maurice républicaine.

Que représenterait votre éventuelle victoire au sein du parti  ?
Ce sera la consolidation du parti et une satisfaction personnelle.

Quel est le rôle du leader, Navin Ramgoolam  ? D'aucuns auraient pu s'attendre à ce qu'il brigue les suffrages.
Je ne sais pas d'où émane cette idée. Le leader passe par des moments difficiles. Nous sommes dans un État de droit où il y a la présomption d'innocence. D'ailleurs, la plupart des cas logés contre lui ont été “set aside”. Toutefois, que ce soit lui ou moi, nous savons très bien que le PTr est la propriété de l'île Maurice et non un “family trust”. It is the people's ownership, et donc, on place les intérêts du parti avant les considérations personnelles. Quand il a soumis mon nom pour être considéré pour cette partielle, cela a été fait de manière très démocratique.

Il a beaucoup été question du leadership du PTr…
Le PTr est un parti démocratique et on aurait aimé consolider davantage ses instances. Le congrès, c'est l'ultimate body du parti, où les grandes décisions sont prises. Quand le moment viendra, tout le monde aura l'occasion de se présenter comme candidat. Cela se fera démocratiquement. Pour le moment, nous devons travailler avec les citadins de Belle-Rose/Quatre-Bornes pour dire haut et fort que le PTr a fait son mea culpa et que la restructuration et la modernisation se font pour une véritable justice sociale.

La commission d'enquête sur la drogue ne met pas en cause que les trafiquants…
Au-delà de la drogue, il est important qu'il n'y ait pas de relations incestueuses entre les institutions démocratiques et le “corporate sector”. La ligne de démarcation doit être claire et nette, sinon on s'achemine vers une dictature. Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est précisément cela. C'est ce que j'appelle la “corpocracy”. Heureusement que nous avons le judiciaire et cette commission d'enquête qui arrive à faire son travail, et ce “without fear and prejudice”. On voit clairement ce lien entre les courses, la drogue et le blanchiment d'argent. Le précédent gouvernement avait préparé un document sur la modernisation du système électoral et le financement des partis politiques. Un nouveau concept de société passe par la réforme du système électoral, encadrement légal et institutionnel des partis politiques et un pouvoir accru au commissaire électoral. Tout cela doit se faire en concertation avec la population.

On revient donc au financement des partis…
Oui, et cela ne m'étonnerait pas que l'Alliance Lepep aligne un candidat dans le seul but d’alimenter sa trésorerie. C’est ce que j'appellerais le syndrome Alvaro. Cette partielle éclairera les esprits, on posera des questions légitimes et elle ouvrira la porte pour une refonte de la société.

Cette partielle sera-t-elle un tournant dans notre histoire  ?
C'est ce que j'appelle un précurseur, mais bien sûr que la grande lessive se fera lors des élections générales anticipées. Le pays passe par des moments difficiles et c'est un mauvais signal qu'on envoie à la communauté internationale déjà depuis l'expropriation et la nationalisation de l'ex-groupe BAI. On met à rude épreuve une réputation solidement bâtie au fil des années.

Que répondez-vous au gouvernement quand il dit que le PTr n'a rien fait pour combattre la drogue  ?
Le problème de la drogue est phénoménal et transfrontalier. Il ne faut pas oublier que c'est l'ancien gouvernement qui avait mis en place la commission d'enquête Parry. Celle-ci est venue dire qu’il y a des “prima facies cases”. Pourquoi est-ce que, deux ans plus tard, rien n'a été fait  ? Il ne faut pas oublier que le secrétariat de cette commission d'enquête a toutes les informations.  

Pourquoi parlez-vous d'élections générales anticipées  ?
Après diverses consultations que j’ai eues avec le public, il y a un sentiment unanime qu’on aurait dû aller directement aux législatives générales anticipées.

Le pensez-vous aussi  ?
On est dans une situation inévitable. Il y aura une élection partielle, mais d'ici à février, on ne sait pas ce qui se passera. Y aura-t-il la dissolution du parlement  ? Le sentiment généralisé est que le public en a marre de cette trahison et que le gouvernement doit partir. On est dans une situation d'état d'urgence politique et on a besoin d'une “constructive destruction” pour pouvoir rebâtir. Le Premier ministre aurait dû “step-down” en attendant que l'appel du DPP devant le Privy Council dans l'affaire MedPoint soit entendu. On souhaite que cela passe le plus vite possible. Le pays mérite mieux et, pour cela, il faut aller vers les élections générales.