Les déchets qui s'entassent engendrent de mauvaises odeurs dans les alentours

Cela fait des années qu’ils tentent d’attirer l’attention sur leur situation, mais leurs démarches auprès des autorités sont restées vaines. Avec les grosses pluies de ces dernières semaines, la situation est devenue insupportable pour les habitants de différentes régions de Bambous et de Cité La Ferme. Odeurs nauséabondes et mouches émanant de la station de traitement de déchets de La Chaumière leur rendent la vie très difficile. Ils craignent des risques sanitaires.

À Cité La Ferme, Sunita prépare ses oignons pour les vendre au marché le lendemain. Son époux, Paul, et elle font partie des planteurs de la Bambous/Plaisance Mixed Farming Cooperative Society, qui ont un lopin de terre pour leurs activités agricoles près du site de La Chaumière. Alors qu’elle ouvre le portail pour nous accueillir, une odeur nauséabonde flotte dans l’air. « Cela devient de plus en plus difficile de supporter cette odeur. L’air devient carrément irrespirable. Avec cette chaleur, on est obligé de garder les fenêtres fermées, tant ça sent mauvais. Et ce n’est pas tout : des mouches envahissent également la maison. »

Pour Sunita, l’air devient de plus en plus irrespirable

Ces dernières semaines ont été d’autant plus compliquées pour les habitants de Bambous et La Ferme. Avec les fortes pluies qui se sont abattues sur l’île, l’air est humide et le vent ramène toutes les odeurs de putréfaction dans le village. Serge Labiche habite, lui, derrière la magistrature de Bambous. « Ici également, l’air est irrespirable par moments », confie-t-il. « Après la pluie, les mauvaises odeurs se sont répandues dans le quartier. Il y a également beaucoup de mouches. Nous ne savons plus comment faire face à cette situation. »

Mais il n’y a pas que cela. Le dépotoir connaît aussi des épisodes d’incendie. Hormis deux grands feux en 2013 et en 2016, il y en a eu d’autres qui ont pas mal incommodé les habitants des régions avoisinantes. « Parfois, quand vous vous réveillez le matin, vous voyez que tout est gris partout autour de vous. C’est que le feu a pris dans les ordures. La dernière fois, les pompiers ont pris plus d’une semaine pour parvenir à éteindre le feu. Tout cela représente un danger pour nous. »

Les dégâts causés par le feu, Paul Duval les connaît bien. Nous le rencontrons dans sa plantation, non loin du site de La Chaumière. S’il est habitué à affronter les mouches et les mauvaises odeurs, en revanche, il n’oublie pas les pertes causées par les incendies. « La dernière fois qu’il y a eu un grand incendie, nous avons perdu toute notre plantation d’oignons et d’autres légumes. Nous avons fait une évaluation des dégâts et nous avons fait une déposition à la police de la localité, en vue d’obtenir un dédommagement. Mais à ce jour, nous n’avons rien eu. Pourtant, nous avions perdu beaucoup d’argent. Rien que la semence d’oignons nous coûte Rs 7 500 le sac. »

Comme ses autres amis planteurs, il se demande ce qu’il adviendra si d’autres catastrophes arrivaient. « D’autant que nous avons aussi ici, maintenant, une station de traitement de déchets chimiques. »

Ragini Kistnasamy, de Lalit, qui est également habitante de Bambous, avance que deux pétitions ont été envoyées aux autorités par le passé pour leur demander de trouver une solution au problème. « Il y a des risques sanitaires. Nous avons même attiré l’attention des ministres de l’Environnement et de la Santé l’année dernière, mais nous n’avons même pas reçu un accusé de réception. »

Les habitants de Bambous demandent un « monitoring » plus adéquat de la situation et de prendre des dispositions pour éviter des risques sur la santé et la qualité de la vie des habitants. « Nous ne sommes pas en train de dire de transférer notre problème ailleurs, mais de trouver des options plus durables pour la gestion des déchets. »

Ragini Kistnasamy se demande, elle, « comment le gouvernement peut-il dérouler le tapis rouge pour les touristes fortunés achetant des villas à Maurice alors que les citoyens vivent dans des conditions aussi infectes ? ». Elle lance un appel aux autorités pour qu’elles réagissent avant que la situation ne se dégrade davantage pour les habitants de Bambous et La Ferme.