La disparition du CSR Guidelines n’est pas pour déplaire au secteur privé, lequel pourra désormais financer des projets sociaux qui lui semblent correspondre à sa philosophie du CSR. Mais sans un alternatif au CSR Guidelines, jugés trop « contraignants », il n’y aura plus de paramètres, du même genre, pour prévenir tout risque d’abus quand un projet implique le financement du CSR. Et le National CSR Committee, appelé à changer de mission, aura à définir ses prérogatives, dans la mesure où il vient d’être reconstitué, sous la présidence de Danielle Wong. De son côté, le ministre de l’Intégration sociale annonce l’arrivée de nouveaux paramètres qu’établira le NSCR Committee. Mais dans quel but, puisque ce comité n’aura plus de droit de regard sur des projets CSR?
Le financement de projets sociaux et les engagements entre bailleurs de fonds et organisations non-gouvernementales, sous le Corporate Social Responsibility peuvent-ils fonctionner sans CSR Guidelines? La réponse, a priori, est : non!  Pourtant, depuis le 23 février dernier, aucune réaction publique de la part des CSR ainsi que des ONG, dans ce sens n’a fait surface. Ce jour-là, le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui présentait le premier budget du gouvernement en place, annonçait la disparition du fameux CSR Guidelines (apparemment trop contraignants) et laissait ainsi le soin aux compagnies privées « free to allocate the 2 percent of CSR according to their own set of priorities. » Ces paramètres, considérés essentiels, étaient déterminants dans le screening et l’approbation des projets déposés au National CSR Committee. Ainsi, un projet qui d’une part ne correspondrait pas aux critères définis dans les guidelines du CSR et qui d’autre part absorberait un financement important au détriment des bénéficiaires, serait renvoyé aux CSR de l’entreprise soumissionnaire du document. Mais avec la décision du ministre des Finances d’enlever le CSR guidelines, l’inexistence de paramètres peut être considérée comme une porte ouverte sur la liberté de financer tout et n’importe quoi avec pour prétexte le « parrainage » social! D’aucuns pensent que cette décision encouragerait des possibilités d’abus, tant du côté de certains CSR que des ONG, d’autant qu’il y aurait dans quelques cas, une proximité bien installée entre les parties concernées. Deux réunions, qualifiées d’importantes, ont eu lieu cette semaine. L’une concerne le secteur privé et l’autre le National CSR Committee. La première a réuni, autour de la même table, les fondations les plus importantes du pays et le Joint Economic Council. Cette rencontre, apprend-on, a eu pour objectif de finaliser les positions des fondations sur des paramètres à introduire dans la nouvelle conjoncture. Quant à la deuxième réunion, présidée par Danielle Wong, elle a eu lieu jeudi dernier. Comprenant de nouveaux membres et une nouvelle présidente, le NCSR Committee, fraîchement reconstitué, s’est penché sur ses nouvelles responsabilités dans un contexte où il ne sera plus appelé à fonctionner comme au temps des guidelines.
De l’ordre
Dans le secteur privé, la disparition du CSR Guidelines n’est pas pour déplaire. « C’est le retour à la gestion, en toute flexibilité, de la stratégie du CSR en fonction de celle de la compagnie », confie un responsable du CSR du secteur privé. Et de poursuivre: « Les guidelines posaient des problèmes en terme d’interprétation, de bureaucratie… Leurs applications devenaient un fardeau pour les ONG. Au lieu d’être un cadre, ces paramètres freinaient davantage les ONG et pénalisaient les partenaires. » Toutefois, selon notre interlocuteur dont l’entreprise est un des plus grands bailleurs de fonds de projets sociaux, des paramètres, ici, conviendraient davantage aux ONG. « Le CSR ne peut fonctionner sans un cadre minimum. D’abord, les ONG doivent savoir clairement quelles sont les activités qui sont qualifiées pour être parrainées. Et ensuite l’accréditation des ONG devrait être un impératif pour qu’elles soient éligibles au CSR », dit-il. C’est dans cet esprit que des fondations et le JEC se sont rencontrés récemment et ont, ensemble, dégagé des paramètres qui seront tenus en compte lors du financement de projets sociaux. Selon une source : « Les paramètres définis ont fait l’unanimité. » Maintenant, dit celle-ci, « il est attendu que les entreprises privées adhèrent au framework. » Contacté, Raj Makoond, président du JEC, dit préférer attendre encore d’autres sessions de travail avec « toutes les parties concernées » avant de livrer davantage sur les critères auxquels les ONG auront à se soumettre pour bénéficier du CSR du privé.  
De son côté, le nouveau National CSR Committee s’est réuni la semaine dernière. Contactée en vain, la présidente du NSCR Committee, n’a pas répondu à nos appels. Toutefois, quelque temps auparavant, elle avait laissé comprendre à Week-End qu’elle comptait « mettre un peu d’ordre » dans les affaires ! Avec l’évincement du CSR Guidelines, ce comité, lequel n’aura plus de droit de regard sur les projets CSR, devrait revoir son rôle et sa mission. D’ailleurs, c’est lui qui aura pour tâche d’élaborer le plan Marshall dans l’optique de combattre la pauvreté. A faire ressortir, ici, que le ministère des Finances souhaite que ce plan soit prêt en décembre prochain. Quant au ministre de l’Ingtégration sociale, Pradeep Roopun, dans une déclaration faite à Week-End, il laisse comprendre que, « le National CSR Committee, en consultation avec des ONG et les entreprises privées, va établir des paramètres moins contraignants pour remplacer le CSR Guidelines afin de permettre aux compagnies privées de poursuivre leurs actions dans la philosophie du CSR. » Est-ce que cela veut dire que ce comité deviendra une plate-forme consultative?
Choix des projets : retour à la flexibilité!
Il existe une crainte que les nouveaux paramètres des parties concernées omettent des critères liés à la religion, des activités socioculturelles… permettant ainsi à des pseudo ONG d’avoir recours au financement CSR pour concrétiser des projets dans leurs intérêts. L’année dernière, de par sa capacité d’intervention, le National CSR Committee avait pu remettre en question la démarche de Somduth Dulthumun, président de la  Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation, qui réclamait Rs 30 M du CSR pour financer la construction de son bâtiment à Réduit. La fédération s’était appuyée sur la vocation éducative de son bâtiment pour soumettre sa demande. Si notre interlocuteur du secteur privé est d’avis qu’il revient aux CSR, aussi bien qu’aux ONG, de faire preuve de bonne foi et d’intégrité lorsqu’ils s’engagent dans un projet, de son côté, le ministre Roopun se dit convaincu que des entreprises privées agiront selon la philosophie du CSR. Mais quid du screening et du monitoring? Cette responsabilité était jusque-là attribuée au National CSR Committee, lequel approuvait un projet uniquement après l’avoir étudié. Comme cette première étape ne sera plus en vigueur, rien n’empêchera à une ONG de faire une demande de financement, pour le même projet, à plus d’une compagnie privée.
Le ministre des Finances pense avoir trouvé le mode, ou plutôt le corps apte à évaluer la pertinence des projets sous CSR. « All companies will however have to submit their annual return to the MRA », déclarait Vishnu Lutchmeenaraidoo dans son discours budgétaire. A la MRA, l’on préfère attendre le prochain Finances Act avant d’expliciter sur le mode opératoire du département qui aura pour prérogatives à évaluer les projets… déjà implémentés sous le CSR.
Privatiser la pauvreté
Par ailleurs, l’introduction du concept de « parrainage » des cités ouvrières par le ministère des Finances est loin de faire l’unanimité! Ce concept comme il est expliqué dans le budget, vise à permettre aux compagnies contribuant au CSR de prendre sous leur responsabilité « 38 » poches de pauvreté identifiées par le ministère. Ces poches de pauvreté ne sont autres que des cités/résidences ouvrières figurant sur une liste établie par les Finances. « Il existe 239 poches de pauvreté! Les régions de Rivière-Noire et du Morne sont les plus touchées par la précarité des familles, mais elles ne sont pas concernées par le parrainage! Comment expliquer cela? », s’interroge un représentant du secteur privé. Et de s’insurger: « Le gouvernement veut-il privatiser la pauvreté? Incombe-t-il au secteur privé de s’assurer du développement, de la mise en place et du fonctionnement des infrastructures dans les cités? N’est-ce pas le rôle des autorités, du conseil des districts ou de villages? Devons-nous nous occuper des drains? Ce sont des domaines qui ne relèvent pas de nos compétences! » Mais pour le ministre des Finances, le parrainage ne se limiterait pas au développement des cités. Car le parrainage devrait aussi avoir pour objectif l’amélioration des conditions de vie des résidents, la réduction des problèmes sociaux, la scolarisation des enfants, l’accès à l’emploi… Mais qu’à cela ne tienne, le secteur privé qui reste néanmoins actif dans des cités ne compte pas se substituer à l’État !