De hauts dignitaires gouvernementaux, et autres décideurs du privé, ont pris l’estimable habitude d’émailler leurs discours de convaincantes envolées sur la dimension essentielle du vecteur culturel pour un développement responsable du pays.?Les tenants de l’action culturelle, comme toute la population, ne peuvent qu’être séduits par un tel « engagement ». Toutefois, entre l’élixir des mots et une concrétisation exemplaire, une réalité marécageuse perdure. Conditions propices à une pandémie du doute, de la frustration et, en phase terminale, de la colère.?Au hasard, et loin d’être unique, le cas des festivités de la Fête Nationale illustre, piteusement, un constat édifiant. Ces dernières décennies, il n’y a eu que deux tentatives de revisiter cet évènement. Sinon, cette date symbolique est, méthodiquement, honorée sans panache, réitérant des poncifs racornis à l’opposé du formidable potentiel créatif mauricien.?Invariablement, cela consiste en une parade convenue, suivi d’un bref « spectacle » ciblant un parterre « d’officiels » autour d’un illustre « invité d’honneur », pour s’achever par un concert fourre-tout, dévolu au « populaire » et diffusé, en direct, par la télévision nationale.?De fait, pour concocter ce programme au cadre figé, les préposés ministériels des arts et de la culture disposent d’une pleine année. Or, édition après édition, certains affichent, sans équivoque, l’incompétence, l’apathie et la banalité de cette organisation.?Pour ne faire référence qu’à l’édition 2016, et entre autres …?Contrainte légale oblige, ledit ministère procède à un appel d’offres relatif à l’ensemble infrastructurel et des régies techniques indispensables à ce type de production. Mais, depuis toujours, cet appel est lancé à peine quelques jours avant l’évènement.?Aptes à y postuler, les compagnies doivent-elles renoncer à l’exploitation de leur matériel depuis janvier pour qu’il soit disponible à ces dates ? Et ce, pour une hypothétique obtention d’un contrat au budget limité … Une aberration commerciale qui, naturellement, échappe aux fonctionnaires ministériels. ?Autant d’ineptie ne pouvant émaner que d’une seule personne, les rédacteurs de cet appel ne s’appuient sur aucune réalité à l’heure de sa publication. De leurs propres aveux, le contenu artistique n’est même pas esquissé … à douze jours de la célébration !?Le genre de spectacle, et les artistes choisis pour le servir, déterminent la totalité du matériel adéquat pour une mise en valeur la plus performante possible. Peut-on admettre qu’un chef cuisinier fasse son marché sans la moindre idée du menu qu’il est censé réaliser ? Une évidence que les spécialistes ministériels n’ont pas encore captée.?Dans le même chapitre « appel d’offres », quatre professionnels ont été approchés pour la création d’un spectacle pluridisciplinaire, de vingt minutes, avec « 200 » interprètes, à réaliser en dix jours, assorti d’un règlement financier à trente jours après la représentation … Dans l’histoire mondiale du spectacle, c’est la toute première fois qu’un producteur exige que le réalisateur avance le budget nécessaire au spectacle pour lequel il est engagé. Confondant.?Dans ce ministère, la règle stipule, sans doute, que les fonctionnaires se dotent, eux-mêmes, de leur matériel de fonctionnement qui, à terme, leur est remboursé. Universellement, le spectacle est régi par un faisceau de règles où celle-ci n’a, jamais, figuré.?En toute logique, trois des professionnels ont décliné cette invitation surréaliste. Seule, la grande dame du Kathak et femme de défi s’est positionnée. Avec des exigences financières à provoquer quelques arrêts cardiaques au sein du ministère. Pour toute réponse, cet appel d’offres délirant a, soudain, été annulé. Une décision similaire a, déjà sanctionné l’appel d’offres ministériel pour le DIVALI 2015)?Délirant ? Pas pour l’honorable Institut de MOKA qui s’est vu confié (in extremis ?) la réalisation de ce « spectacle » dans les termes du contrat initial !?  Dans l’urgence, un patchwork de groupes chorégraphiques et de quelques percussionnistes a bien voulu relever le défi. Sous la houlette d’un concepteur stagiaire, et en dépit du dynamisme de tous les participants, cette exhibition n’a été qu’une énième version du sempiternel « composite show ». Et ce, en playback intégral, éhontément camouflé !?Objectivement, dans son contenu et avec ses présentatrices, le concert « populaire » n’a en rien, offert le pire de ces dernières années. Cependant, le principe comme la recherche artistique appellent bien plus d’originalité et d’inattendu, avec l’éclat du Gran Konser du Festival International Kreol. Fête nationale oblige ??   Il reste que célébrer l’accession à l’Indépendance et à la dignité de République devrait prétendre, en termes de prestige et de sens, à une vitrine extraordinaire de la créativité singulière de l’Île Maurice.?Chaque nouvelle édition devrait décupler l’adhésion de tous les segments de la population à un évènement unique, spectaculaire, sensible et innovant.?Participer à ce spectacle devrait être pour les artistes un honneur et une reconnaissance marquante de leur talent particulier. Une prestation d’exception dans leur parcours artistique.?Cela est peu dire combien l’approche de cette commémoration demande à être reconsidérée à tous les niveaux. Avec comme fondation, le respect des impératifs des divers corps de métier de la scène, et une complémentarité clairement définie des attributions ministérielles.?Par essence, un Ministère des Arts et de la Culture n’a pas la vocation ni les compétences pour concevoir et développer un évènementiel spectaculaire d’envergure. En revanche, il est en capacité d’en être :
•Le facilitateur, tonique et investi, de sa réalisation
•Le coordinateur avisé sur le plan administratif, gestionnaire et médiatique,
•Le garant du professionnalisme des divers intervenants recrutés en la circonstance,
•L’analyste méticuleux de la tenue de cette célébration nationale.
Ainsi, sur la base d’une méthodologie pertinente, professionnels du spectacle et officiers ministériels peuvent oeuvrer à une promotion digne et novatrice des valeurs mauriciennes. Se faisant, la mesure prioritaire est l’émission d’appel d’offres cohérents et mobilisateurs. Quant au contenu artistique d’une part et, ensuite, au cadre technique et scénographique. Étalé sur cinq mois avant le jour J, un calendrier présente une durée raisonnable pour l’élaboration des divers dossiers de soumission et la réalisation d’une création la plus aboutie possible.
Conforter un développement culturel durable et créatif ne s’accommode pas de la précipitation ni de l’à peu près. Seules une motivation et une recherche de l’excellence répondent aux attentes des créateurs comme à celles du public mauricien et touristique. Un challenge ouvert, à la portée de l’existant en matière de talents, de professionnalisme et d’équipements scéniques.
Dans ce domaine également, le devoir d’exigence est constitutif d’une certaine idée du patriotisme …