La troisième édition de l’enquête sur la fusillade meurtrière de la rue Gorah Issac, Plaine-Verte, le 26 octobre 1996, ayant fait trois victimes, Zulfikhar Bheeky, Babal Joomun et Yousouf Moorad, des activistes de l’alliance PTr/MMM, suscite encore des controverses. La reprise au QG du Central CID à partir de cet après-midi de l’interrogatoire Under Warning de Shakeel Mohamed, chef de file du Labour à l’Assemblée nationale, pourrait se dérouler sous haute tension. En effet, les commentaires virulents du vice-Premier ministre et ministre des Terres, Showkutally Soodhun, et du ministre de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, à l’encontre du Central CID pour les procédures adoptées lors de l’arrestation et l’inculpation provisoire de Shakeel Mohamed, devraient mettre les enquêteurs dans une position délicate lors des prochaines étapes de l’interrogatoire en cours.
Après son inculpation sous quatre charges provisoires, dont celle de Conspiracy to Commit Murder dans l’attentat meurtrier à la veille des élections municipales d’octobre 1996, lundi dernier, Shakeel Mohamed devrait être à partir de cet après-midi confronté « aux preuves qui ont mené le Central CID à entériner la décision d’arrestation et d’inculpation ». Tout semble indiquer que cet exercice pourrait se dérouler dans une ambiance tendue vu que les hommes de loi de Shakeel Mohamed maintiennent que « le dossier est une coquille vide et [que] les allégations de Khadafi Oozeer ont déjà été considérées comme de la Hearsay Evidence et cela depuis le 16 janvier 2001 ».
Dans l’entourage de Shakeel Mohamed, l’on soutient que la réouverture de cette affaire plus de 19 ans après les faits incriminés s’apparente à « une vendetta politique contre la famille Mohamed ». Tout en se disant prêt à répondre du tac au tac, il n’a pas encore dévoilé ses batteries « kont sertenn dimounn » comme l’avait déclaré le patriarche de la famille, Me Yousuf Mohamed, Senior Counsel.
Les récentes déclarations du vice-Premier ministre Soodhun et du ministre Bhadain n’ont nullement atténué l’ardeur des Mohamed, qui n’ont pas digéré « le coup du lundi 23 novembre ». Ce move des deux ministres du MSM a eu des effets contraires avec le Central CID critiqué dans la conjoncture. Dressant le bilan de la récente mission menée par le Premier ministre à Dubaï, Showkutally Soodhun et Roshi Bhadain ont littéralement malmené le Central CID pour son « handling » du cas de Shakeel Mohamed.
« L’ACP Jangi pe over do. Il doit assumer ses responsabilités », a lancé le vice-Premier ministre et ministre des Terres. « Navin Ramgoolam avait fait la même chose avec moi, mais nous, nous ne voulons pas que cela se déroule comme ça », a-t-il ajouté. Il devait conclure ses commentaires sur une note des plus dures, soit « si mwa sa, dime gramatin, li sote. Si nek mwa, li pou kone, pa pou kit koumsa ».
De son côté, Roshi Bhadain n’a pas caché sa « tristesse » quand il a été informé de l’arrestation de Shakeel Mohamed, « qui est un ami ». Il a précisé que c’est en son nom personnel qu’il parlait et non en tant que politicien. « Il faut arrêter avec cette histoire de venir dire que les instructions viennent d’en haut », a-t-il dit en poursuivant que les gouvernements se succèdent et c’est toujours « instriksion vinn depi lao ! » Ou kapav krwar ! » Roshi Bhadain estime « inacceptable » que « 19 ans après, on vienne fouiller au moyen de détecteurs de métaux une maison qui n’avait même pas été construite à l’époque de l’affaire Gorah Issac ». Il s’est également élevé contre le système de charges provisoires en soulignant qu’« il faut changer ce système ». Il s’est également interrogé sur le risque d’absconding pour un « Honourable Member of the National Assembly ».
Du côté des Casernes centrales et du Central CID, cette double sortie ministérielle constitue une véritable douche froide depuis hier après-midi. Interrogé sur les critiques contre l’arrestation et l’inculpation provisoire de Shakeel Mohamed avec la Gorah Issac Probe Revisited, l’ACP Heman Jangi, qui supervise cette enquête de même que d’autres High Profile Investigations, se défend. « Il n’y a aucune instruction venue d’en haut. L’arrestation de Shakeel Mohamed a été effectuée sur la base des éléments se trouvant dans le dossier à charge. Les procédures établies ont été suivies et il n’y a jamais eu d’instructions venues d’en haut que ce soit dans ce cas ou dans d’autres. Si quelqu’un détient des preuves que le central CID reçoit des instructions autres que de la hiérarchie de la force policière, je l’invite à venir de l’avant avec une déposition et des preuves pour les besoins d’une enquête », a fait comprendre l’ACP Jangi en attendant le retour de Shakeel Mohamed pour la reprise de son interrogatoire dans la fusillade meurtrière de Gorah Issac, dont la version des faits d’au moins deux principaux protagonistes, en l’occurrence Toorab Bissessur et Bahim Coco, qui s’est suicidé au cyanure dans un bungalow à la fin de décembre 2000, ne pourra jamais être confrontée.