Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, explique que si le projet contemplé depuis 2000/2005 d’un développement global à Highlands a du sens, celui, limité, de Heritage City ne se résumerait qu’à de la simple spéculation foncière. Dans ce contexte, il souligne l’appel du Premier ministre, mercredi, au secteur privé, l’invitant à ne pas concentrer tous ses investissements dans l’immobilier. Le chef de l’opposition invite, ainsi, sir Anerood Jugnauth à être logique avec lui-même et d’abandonner ce projet qui, pour lui, n’a d’ambition que de faire du gouvernement un «spéculateur foncier.»  
Paul Bérenger avance deux raisons qui expliquent, selon lui, la raison pour laquelle le gouvernement s’empresse de mettre en chantier le projet Heritage City qui est loin d’être une priorité. D’après le chef de l’Opposition, cela s’expliquerait, d’abord, par le non aboutissement de l’ensemble des projets annoncés lors du dernier budget. Pour lui, le PM, sir Anerood Jugnauth, tient fermement à ce qu’au moins celui de Heritage City aboutisse, qu’importe le prix à payer. Paul Bérenger allègue que l’autre raison serait d’en faire profiter “les petits copains.” Il évoque, à ce propos, les sommes conséquentes qui vont être mobilisées pour sa concrétisation.
Selon le leader de l’opposition, ce projet est, cependant, contesté par beaucoup au sein du gouvernement. “Sir Anerood Jugnauth, Roshi Bhadain et Showkutally Soodhun sont bien isolés par rapport à ce dossier”, assure-t-il. Il en veut pour preuve l’attitude des uns et des autres sur les bancs de la majorité à l’Assemblée nationale, mardi dernier, lors de la PNQ sur le sujet qu’il avait adressée au ministre Bhadain. Paul Bérenger souligne que, selon les réponses fournies par le ministre Bhadain, les promoteurs espèrent mobiliser pas moins de Rs 13 milliards selon la formule dite de Vente à l’État Futur d’Achèvement (VEFA) pour la composante immobilière du projet.
Aussi, pour lui, tout cela s’apparente ni plus ni moins à faire de la “spéculation immobilière” avec les risques inhérents que cela comporte. Le chef de l’opposition s’étonne, ainsi, que le ministre responsable du dossier soutienne, pour sa part, qu’il s’agirait d’un projet “risk free.” Paul Bérenger trouve, de même, “contradictoire” que, tout en soutenant fermement ce “projet immobilier” mis en chantier par le gouvernement, le PM a demandé, mercredi, au secteur privé de ne pas concentrer leurs investissements dans le secteur de l’immobilier.
Le leader de l’opposition évoque, ensuite, les Rs 10 milliards attendues de l’Arabie Saoudite. Somme pour laquelle, dit-il, le ministre Bhadain s’est prévalu des clauses de confidentialité pour ne pas révéler plus amplement les modalités de remboursement. Alors que, explique-t-il, Roshi Bhadain a assuré que l’État n’a offert en retour aucune garantie, le fait qu’une compagnie à 100% de capitaux publics a été créée pour la mise en chantier de Heritage City implique, concrètement, que l’État se porte garant du projet.
S’il concède, comme l’a affirmé le ministre, qu’au regard de la législation mauricienne, les sommes mobilisées au moyen d’instruments de financement tels, dans ce cas, les “redeemable preference shares” ne sont pas comptabilisées comme des dettes, tel n’est pas le cas, assure Paul Bérenger, selon l’entendement d’institutions financières internationales comme le Fonds Monétaire International  (FMI). “Je veux bien croire que, comme l’avance Roshi Bhadain, le FMI a donné son accord mais qu’il avance des preuves”, dit-il.
Même si, à la lumière des réponses fournies, mardi, à sa PNQ, Paul Bérenger se réjouit que l’on soit un peu mieux informé des modalités de financement de Heritage City, il prévoit que cela ne sera pas sans conséquence pour l’endettement public déjà conséquent. Le leader de l’opposition s’inquiète, surtout, des gros risques de la composante immobilière du projet visant à la mobilisation d’un financement de l’ordre de Rs 13 milliards selon la formule VEFA. “Si cela tourne au vinaigre, il faudra compter avec une montagne de dettes”, dit-il.
Redeemable prefe-rence shares : “Et les intérêts?”
Mais l’absence de détails quant aux modalités entourant la participation saoudienne sous forme de “redeemable preference shares” comme, par exemple, les intérêts payables ou le coût du loyer des bâtiments où seront transférés un certain nombre de services du gouvernement inquiète, tout aussi, Paul Bérenger. Il évoque aussi, en passant, les Rs 150 millions d’honoraires devant revenir au bureau de service-conseil, Stree Consulting de Dubaï, choisi “sans appel d’offres” pour la conception du projet. Paul Bérenger laisse aussi comprendre que l’on aurait mis la charrue avant les boeufs en s’étonnant que ce n’est que maintenant que le ministre annonce la conduite de tests géotechniques pour s’assurer de la viabilité du sol à l’endroit où s’érigera  le projet à Ébène.
“Ce présent gouvernement ne sera plus là depuis longtemps quand les conséquences de ces investissements dans Heritage City se feront sentir”, dit le leader de l’opposition. Rappelant, une fois encore, l’appel lancé, mercredi, par le PM au secteur privé, l’invitant à ne pas concentrer ses investissements dans le seul secteur de l’immobilier, Paul Bérenger demande à sir Anerood Jugnauth d’être logique avec lui-même et de laisser tomber ce projet qui, pour lui, s’apparente à faire du gouvernement un “spéculateur immobilier.”
Pour le chef de l’opposition, Heritage City, avec surtout sa composante visant à mobiliser Rs 13 milliards par le biais de la formule VEFA, équivaut à un vaste “Ponzi immobilier” avec de gros risques inhérents. Pour lui, si le projet longtemps contemplé depuis le gouvernement MSM/MMM de 2000/2005 d’un développement global sur l’ensemble des anciennes terres de l’ex-Illovo à Highlands avait du sens, celui, limité, de Heritage City ne se résumerait qu’à de la pure spéculation foncière.
Il souligne que la mise en place de toutes les infrastructures de base seront à la charge de l’État à travers la compagnie à capitaux publics instituée pour la mise en chantier du projet. Citant la mauvaise gestion de l’affaire BAI, le leader de l’opposition craint, ainsi, une répétition de ce “précédent” en termes d’utilisation inconsidérée de fonds publics. Paul Bérenger rappelle, notamment, les Rs 3,5 milliards puisées des fonds de la Banque de Maurice (BoM) pour le lancement de la MauBank ainsi que les Rs 16,3 milliards qui restent à être trouvées pour le remboursement des souscripteurs au plan Super Cash Back Gold (SCBG) de la BAI à raison de Rs 3,26 milliards par an sur 5 ans à compter le 30 juin 2016.
Aussi, pour lui, le gouvernement a tout intérêt à tirer les leçons qui s’imposent de la gestion de la crise BAI avant de prendre des engagements pour les futures générations avec Heritage City. Paul Bérenger, qui promet de revenir en force à l’Assemblée nationale avec le dossier BAI, trouve que si sir Anerood prenait la peine de réfléchir à sa demande de mercredi au secteur privé, il PM arriverait à la conclusion qu’il faudrait bien abandonner le projet Heritage City. “D’ailleurs, c’est la faute à qui si, même s’il y a un excès de liquidités sur le marché, le secteur privé choisit de n’investir que dans l’immobilier?”, se demande le leader de l’opposition.
“Lutchmeenaraidoo ridicule à Rivière-des-Anguilles”
Paul Bérenger reconnaît que la population dans son ensemble attend, depuis longtemps, que les rues de Port-Louis respirent enfin. Il rappelle comment le projet de Hawkers’ Palace mis en chantier par le gouvernement MSM/MMM de 2000/2005 avait été tué dans l’oeuf dès l’installation du nouveau gouvernement PTr après les élections générales de 2005. Toutefois, selon lui, le présent gouvernement Lepep “ne fait pas mieux.”
Il critique ce qu’il estime être “les petits espaces aménagés dans des conditions inhumaines” destinés au relogement temporaire des marchands de rue en attendant leur installation dans des espaces dédiés à Place de l’Immigration et à la gare Victoria. Alors que, selon lui, ces espaces proprement aménagés promis ne seront pas prêts de sitôt, le leader de l’opposition appelle le gouvernement à prendre, dans l’intervalle, les dispositions nécessaires pour un meilleur traitement de ces marchands.
Interrogé, Paul Bérenger a nié que les “petits espaces” délimités par l’administration municipale pour caser temporairement les marchands de rue en attendant des espaces proprement dédiés sont les mêmes que ceux qui avaient été délimités du temps de la précédente administration quand le MMM gérait la municipalité de Port-Louis en alliance avec le MSM. “Quand bien même cela aurait été le cas et que la précédente administration aurait fané, n’est-t-il pas du devoir des autorités de corriger le tir?”, se demande-t-il.
Paul Bérenger trouve, d’autre part, que le ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo s’est rendu “ridicule” à Rivière-des-Anguilles au courant de la semaine en laissant entendre que le Directeur des Poursuites Publiques (DPP) aurait refusé de loger une charge provisoire contre lui dans l’affaire du prêt en euros alors que, dit-il, ce n’est pas de la responsabilité du DPP mais de la police de loger de telles charges provisoires. Tout aussi ridicule, selon le chef de l’opposition, l’incapacité, selon lui, d’Ivan Collendavelloo, “pourtant Numéro 4 du gouvernement”, de “prendre de la hauteur” dans le conflit qui l’oppose au député MSM, Bashir Jahangeer.
Paul Bérenger trouve, même, que le ministre Collendavelloo “a bien changé” et se montre, dorénavant, “particulièrement arrogant.” Le chef de l’opposition considère, par ailleurs, comme une “véritable honte” l’absence d’un représentant officiel de Maurice cette semaine à New-York au Sommet mondial des Nations unies sur les drogues. Le leader du MMM classifie, enfin, dans le même registre de “grossièreté” la dernière déclaration de Xavier Duval à propos du maintien à tout prix du Best Loser System et celle d’il y a quelque temps de sir Anerood Jugnauth au sujet de l’introduction du créole comme langue parlementaire au même titre que l’anglais et le français.