Cela fera soixante-dix ans cette année depuis que le syndicaliste Guy Rozemont, figure emblématique du Parti travailliste dont il a été le président de 1946 à 1956 et membre du Conseil Législatif, a pris la parole pour la première fois dans un rassemblement du Parti travailliste au théâtre de Port-Louis. C’est le 23 août 1942. Son mentor, Emmanuel Anquetil, est alors le président du parti travailliste. Ce dernier occupe ce poste depuis mai 1941 quand le fondateur, Dr Maurice Curé, se retire de la direction du parti. L’adhésion de Guy Rozement au Parti travailliste est parrainée par Emmanuel Anquetil lui-même. Les deux sont des syndicalistes actifs et engagés.
Dans les années 1940, le Parti travailliste, militant pour une extension de la démocratie et l’amélioration du sort de la classe laborieuse, fait campagne pour la proclamation d’un jour férié pour les travailleurs (fête du Travail) et des réformes constitutionnelles. Guy Rozemont sera à l’avant-garde à la fois de l’extension du droit de vote et de la proclamation d’un jour férié, tous deux à l’avantage de la classe ouvrière. Une extension du droit de vote avec, à la clé, l’évacuation du cens électoral, qualifierait de facto nombre d’ouvriers pour le droit de vote, ce qui leur donnerait l’occasion de faire élire leurs représentants au Conseil Législatif. D’autre part, l’introduction de la fête du Travail dans l’île sera d’une grande utilité pour apporter davantage de dignité à la classe ouvrière et une plus grande reconnaissance de celle-ci comme partenaire économique dans la création de la richesse.
Vers les premières élections vraiment populaires de l’île
Dès février 1946, Guy Rozemont est le porte-parole du Parti travailliste à un meeting public organisé par Sookdeo Bissoondoyal et Sookdeo Balgobin au Jardin de la Compagnie à Port-Louis sur les réformes constitutionnelles. Le gouvernement colonial accepte l’idée d’une réforme constitutionnelle et le 29 octobre 1946, le gouverneur britannique Mackenzie Kennedy présente au Conseil du Gouvernement la proposition pour une nouvelle constitution. La proposition émane en fait du Secrétaire d’Etat aux Colonies et se fonde sur des données fournies antérieurement par le gouverneur de la Colonie et la Commission Consultative. Etant donné qu’elle maintient le vote censitaire et d’autres éléments qui sont au désavantage de la classe laborieuse, la proposition est entièrement rejetée par le Parti travailliste durant un meeting public à St Pierre le 1er décembre 1946. Se trouvent sur l’estrade Emmanuel Anquetil, S. Salabee, Renganaden Seeneevassen, Guy Rozemont, Drs Edgard Millien and Seewoosagur Ramgoolam.
Emmanuel Anquetil meurt dans la nuit du 25 décembre 1946. Guy Rozemont, alors secrétaire-général, est promu président du parti. Le combat pour les réformes constitutionnelles se poursuit — une nouvelle commission consultative est constituée ; les divers partis et groupements politiques dont le Parti travailliste font connaître leurs vues avec force à la fois dans des manifestations publiques et à travers leur porte-parole au sein de la commission consultative. Le président du Parti travailliste, Guy Rozemont, s’enthousiasme à l’idée d’une extension massive de l’électorat et l’appelle de tous ses voeux. Au bout du compte, le grand rêve constitutionnel de Guy Rozemont et du Parti travailliste se réalise et le gouvernement colonial approuve une nouvelle Constitution qui augmente le nombre d’électeurs par 7. Les bases sont jetées pour les premières élections populaires de l’île :
« Under the old constitution of 1885 the number of electors stood at 11,844 in 1946. Immediately after the approval of the new constitution the registration of electors was completed and in 1948 their number rose to 71,569. The following table shows the number of electors in each electoral district.
Port Louis — 13,389
Pamplemousses & Riviere du Rempart — 10,007
Moka & Flacq — 10,204
Grand Port & Savanne — 12,641
Plaines Wilhems & Black River — 22,567″ (M.N. Varma, The Road to Independence)

Les premières élections générales sous la nouvelle Constitution sont tenues le 9 et le 10 août 1948. Le résultat est un vrai plébiscite pour la qualité de leadership dont Guy Rozemont gratifie le Parti travailliste. « C’est en sa qualité de leader du Parti Travailliste qu’il prend part aux élections générales d’août 1948 (qui ont lieu suite à des réformes constitutionnelles qui ont élargi la base électorale de manière significative) et se fait élire en tête de liste. Ce sont les forces progressistes dans le rang desquelles on compte Dr S. Ramgoolam, S. Bissoondoyal et R. Seeneevassen, qui remportent haut la main ces élections. Sur les 19 candidats élus à la legislature, un seul émane du rang des conservateurs. D’une certaine manière, cette victoire est le fruit d’un combat mené sur le front constitutionnel par les progressistes, dont font alors partie Sookdeo Bissoondoyal, Dr S. Ramgoolam, Guy Rozemont lui-même et le Parti Travailliste, pour un élargissement du suffrage. Ce qui donne à de nombreux membres de la classe ouvrière favorable au Parti Travailliste et autres formations populaires, le droit de vote.  » (Week-End, 28 avril 2004)
Les bases de la 1ère conférence constitutionnelle de Londres jetées
La victoire haut la main de Guy Rozemont, du Parti travailliste et d’autres socialistes aux consultations populaires de 1948, amène toutes les tendances progressistes et tous les mouvements militant en faveur de la classe laborieuse à se fondre dans le Parti travailliste. De cette manière, le Dr S. Ramgoolam adhère au Parti travailliste et fait vite corps avec le président du parti. Très vite, « Guy Rozemont and Dr Ramgoolam together made the strength of the party ». (M.N. Varma) D’autre part, les Conservateurs s’organisent sous la bannière du Ralliement mauricien. En cours de route, le Parti travailliste et le Ralliement Mauricien s’engageront dans une campagne électorale pour la deuxième consultation populaire de l’île (1953). Leurs manifestes électoraux parlent d’eux-mêmes :
Manifeste du Parti travailliste
(a) Universal adult suffrage for the election of Legislative Council, Municipal Councils, Town Councils and   
Village Councils.
(b) Responsible Government.
(c) Re-organisation of primary and secondary education.
(d) Better health facilities.
(e) 2/3 extraction of sucrose content to small planters.
(f) Family allowance.
(g) Better working and living conditions for labourers and artisans. (M.N. Varma)