MUSIQUE : Des singles pour annoncer la couleur

Pour certains, la sortie d’un single est le passage obligatoire avant un projet d’album. C’est ce qu’avancent Zulu, Steeve Laridain (Fusional Mind), Christopher Permal et Rajkamal Chintamunee, dont les titres, Bred mouroum, Twa ki konte, Agatha et Kamkarwa, ont fait récemment leur apparition. Cela leur permet de maintenir un contact avec leurs fans. Ils considèrent leurs singles comme un passeport ou une signature leur permettant d’affirmer un style et un univers et de marquer leur singularité.
À la radio ou sur internet, ils font l’actualité avec un titre. Cette nouveauté annonce la venue d’un album ou se présente comme la suite de la carrière de l’artiste. “J’ai vu tellement d’artistes se ruiner à faire un album que l’idée de proposer morceau après morceau m’a semblé plus prudente. Les gens changent vite de goût; cela me permet de m’adapter à la tendance et de faire un travail qui en vaut vraiment la peine”, confie Rajkamal Chintamunee, qui a créé la surprise en proposant un rap pour sa dernière création en bhojpuri. Grâce à son titre Kamkarwa, le chanteur de Triolet est à la première place du hit-parade Bhojpuri Dhamaa Ka depuis six semaines.

Nouveau style.
Il ne faut surtout pas sous-estimer la force d’un single face à celui d’un album. “Ils ont chacun une place importante dans le parcours d’un artiste et d’un groupe”, souligne Steeve Laridain, la voix du groupe Fusional Mind. Trois ans après la sortie de son premier album, la formation est heureuse d’avoir fait confiance à son instinct et à son feeling lorsque Michel Ducasse lui a proposé un de ses textes. Twa ki konte, le nouveau single du groupe, a aussitôt fait vibrer les Mauriciens. “C’est un nouveau style pour Fusional Mind, différent de ce que nous avons pu proposer jusqu’à présent. Il était indispensable de sortir ce single, car depuis 2014, nous enchaînons des scènes avec les morceaux de notre premier album. Cela confirme également l’esprit du groupe, qui tient toujours à se tourner davantage vers la création.”
Avec Bred mouroum, Zulu espère faire patienter ses fans, en attendant la sortie de son prochain album. “Ce morceau est le fruit du hasard. Plus ma carrière prend de l’ampleur et plus je me sens petit. L’opinion des gens est très importante et cela me permet d’avancer.” Il a pu se vider la tête pour mieux anticiper l’avenir. “Les gens sont en perpétuelle demande. Pour un artiste, il n’est toujours pas évident de tout millimétrer et d’avoir des réponses précises. Le single est une façon pour moi de rassurer le public que je suis toujours là. Cela m’aide à me donner à fond sur mon prochain projet.”

Premier feeling.
Pour le jeune Christopher Permal, le morceau Agatha est la preuve qu’il veut poursuivre sa carrière dans la musique. “Je me fais connaître peu à peu depuis mon premier titre, Mo anvi marye. Je vise un album mais je préfère prendre mon temps. J’ai pris environ un an pour réadapter ce morceau écrit par Richmond Rebet en 1973 qui, malheureusement, n’avait pas eu autant de succès.” Le chanteur fait d’une pierre deux coups en redonnant vie à une chanson et en exposant son talent d’artiste. Et quoi de mieux qu’un séga ? “Se dan nou disan. Un son typiquement mauricien qui ne pouvait qu’accrocher le public et me faire plaisir. Le vrai Christopher apprécie le zouk, le dance-hall, le reggae ou le seggae, mais n’oublie jamais ses racines.”
Au-delà d’un simple texte et d’une mélodie, un single demande autant de travail de recherche qu’un album. Steeve Laridain et sa bande de Fusional Mind font partie de ceux qui ne font jamais les choses à moitié. “Il faut d’abord que ça nous plaise. Lorsque nous parlons de création musicale, il est parfois difficile d’avoir un résultat où l’on propose à la fois une bonne mélodie et un bon texte. Ce n’est pas parce qu’on balance un seul morceau que les choses doivent être faites à la va-vite.” Avec plusieurs d’années d’expérience, les artistes savent que le premier feeling est toujours le bon. Si on a d’abord le texte, il suffit “de laisser son esprit travailler et la mélodie viendra automatiquement”. C’est ainsi que Fusional Mind a pu aboutir au résultat final de Twa ki konte.

Au bon moment.
Pour sa part, Zulu a vu juste en décidant de donner une nouvelle dimension au titre Bred mouroum, écrit et chanté initialement par Yoko. Une idée née d’une improvisation lors d’un de ses concerts et qui n’arrête pas de tourner en boucle sur les radios locales depuis la semaine dernière. Pour cette reprise, Zulu a bénéficié de la complicité de Denis Serret, Patrick Desvaux, Jerry Constance et Manu Dorlin. L’interprète de La métisse nous confie : “C’est arrivé au bon moment car la vie devient de plus en plus difficile. L’argent n’a plus la même valeur. Bred mouroum, se enn zafer popiler ek li demontre ki kalite itil enn zafer initil kapav ete. Parski fode zame bliye ki lontan, bred mouroum pa ti ena valer alor ki zordi li mem vinn enn gran medikaman.” Pour que cette reprise soit à la hauteur des paroles, le chanteur a choisi un arrangement particulier, “dans un esprit mahébourgeois, avec quelques dialogues très connus des gens du sud, comme un clin d’œil à tous les habitants de la côte”.
Pour que le charme se prolonge, les artistes ne chôment pas. Après avoir démontré qu’il pouvait aussi faire du séga, Fusional Mind s’apprête dès septembre à entamer une tournée à travers l’île. “Nous proposerons des titres de notre premier album, en y ajoutant le single et de nouvelles compositions qui seront présentes sur notre prochain album en préparation. Plusieurs collaborations figurent à notre agenda, dont deux titres avec Ras Ricky et d’autres textes de Michel Ducasse, que nous considérons maintenant comme un membre de la famille.”

Évoluer avec son temps.
Christopher Permal préfère garder les pieds sur terre. Satisfait de cette nouvelle expérience avec Agatha, le jeune homme espère “inspirer d’autres jeunes, comme ce fut le cas avec Gary Victor, lorsque je me suis décidé à me lancer en 2013. Aujourd’hui, avec les feedbacks positifs et le fait que le morceau a atteint des frontières comme l’Australie, la France, l’Angleterre et La Réunion, la balle est dans mon camp. Les portes sont ouvertes et je compte bien avancer. L’album viendra probablement l’année prochaine. Je ne me mets pas trop la pression; chaque chose en son temps.”
Du côté de Triolet, Rajkamal Chintamunee, 52 ans, n’est pas à court d’idées pour transmettre sa vision de la musique bhojpuri. “On doit évoluer avec son temps. Les jeunes s’intéressent peu ou pas du tout au bhojpuri. C’est pourquoi je tiens à le remettre au goût du jour. Je veux montrer aux Mauriciens que le style bhojpuri a toujours sa place et qu’il n’y a pas d’âge pour faire de la musique et suivre la tendance.”
Revigoré, Zulu a déjà repris les chemins du studio. “Je travaille déjà sur une autre reprise que personne ne s’attend à réentendre.” Il met les dernières touches à son nouvel album, prévu pour “très bientôt”.