La semaine écoulée a surtout été marquée par des incidents dans nos prisons, suivant l’interdiction de la cigarette. Mesure draconienne pour certains, “long overdue” pour d’autres, le débat est ouvert. La décision initiale émane, rappelons-le, d’une recommandation du rapport de l’ancien juge Paul Lam Shang Leen sur le trafic de drogue, qui se veut en ligne avec la Public Health Act et qui vise à la protection de la santé publique. La recommandation de Lam Shang Leen s’inscrit bien évidemment dans le but avoué de mettre un frein au trafic lié à la cigarette en prison, un élément qui a été révélé et confirmé dans le cadre des travaux de la commission. Néanmoins, et c’est là que l’on émet certaines interrogations, la manière dont cette mesure a été appliquée pose problème.

Ainsi, pourquoi avoir imposé cette mesure de manière unilatérale dans l’ensemble de nos institutions pénitentiaires ? Maurice compte neuf prisons : la prison centrale de Beau-Bassin, l’Eastern High Security Prison de Melrose, la “Remand Prison” de GRNO, la New Wing de Beau-Bassin, l’Open Prison for Women de Barkly, la prison de Petit-Verger, La Bastille, à Phœnix, la prison ouverte de Richelieu et celle des femmes, également à Beau-Bassin. Sans compter les deux Correctional Youth Centres. La population carcérale s’élève à 2 400 personnes. Si l’interdiction de fumer est appliquée sur une base plus souple, en respectant plusieurs facteurs très intrinsèquement liés au quotidien et à la qualité de la vie des détenus, le résultat ne serait-il pas plus probant ? Par exemple, en décrétant des “yards” fumeurs et non-fumeurs. Ou encore l’aménagement de zones fumeurs, comme c’est le cas dans les bureaux et espaces publics.

Un tour sur la Toile permet d’apprendre que dans divers pays, et non des moindres, nommément l’Angleterre, l’Écosse et l’Australie, des décisions similaires ont été prises et appliquées de manière moins rigoureuse et répressive que chez nous ! De prime abord, cette mesure n’a pas été appliquée dans toutes les prisons d’un seul coup, mais de manière graduelle, avec un suivi. L’addiction à la nicotine étant très nocive et difficile de s’en défaire, des alternatives comme le fait de fournir des cigarettes électroniques et des “vaping kits” ont aidé largement à avancer vers ces “smoke free prisons”. Le commissaire des prisons, Vinod Appadoo, a déclaré que des patchs seront distribués aux détenus. Soit. Mais cela ne suffira pas pour faire retomber la pression. Le mal est déjà fait.

L’une des raisons qui a mené à l’escalade de cette semaine est que trop de mesures ont été entérinées en même temps : abolition de la cigarette et interdiction pour les parents de déposer de l’argent sur le compte des détenus. Deux facteurs importants influant fortement sur le comportement du détenu et qui contribuent à maintenir la sécurité à l’intérieur de nos prisons. Ce n’est pas nous qui le disons, mais bien des officiers, rompus au fonctionnement très spécial d’une prison, qui savent que « mater » un détenu ne passe pas absolument par la force physique. Des officiers surtout conscients que quand cela va barder dans les prisons, ce seront eux qui seront en première ligne face à la violence des détenus. Car cela s’est avéré dans les autres pays : dans les premiers temps, le taux de suicide a grimpé; les détenus se sont tournés vers d’autres substances pour satisfaire leur “craving” et combattre les “withdrawal symptoms”. À Maurice, les officiers indiquent que les détenus fument « des feuilles » et que bientôt, ils se jetteront sur le thé ! Et, au final, des actes violents, comme des émeutes, ont éclaté dans certaines prisons.

De plus, une politique de répression, pratiquée depuis avant le 1er février 2019 chez nous, et dénoncée par tant des parents de détenus qui se sont tournés vers la Commission des Droits humains et des officiers, semble encourager cette situation d’instabilité et des craintes de dérapages. Doit-on en rester là ?

S’il estime qu’en faisant machine arrière dans cette affaire la perception sera un désaveu de sa part et qu’il aura échoué, il reste à Vinod Appadoo l’alternative de combler ces lacunes. Comme faire intervenir non seulement les responsables de la Santé mais aussi des Ong familiers avec le traitement, la désintoxication et la réhabilitation ? Car c’est un fait : la répression n’amène rien de concret. Prenons l’exemple du “War on drugs” du président Nixon. Plusieurs décennies plus tard, son échec a été avoué et reconnu.

L’arme contre le trafic, c’est la prévention, le traitement, la réhabilitation et une dose de répression. Oui, il faut combattre le trafic dans nos prisons, car certains y laissent même leur dignité, étant prêts à se vendre contre une cigarette. Mais cette bataille ne sera pas gagnée au prix des droits des détenus, qui sont des humains !

Husna Ramjanally