Les derniers jours du ramadan : L’iftar ou l’occasion de manger autrement

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C’est l’heure de l’iftar, la rupture du jeûne. Il est temps de se recueillir et de se réunir autour d’un plat.  Les enfants, aux petits visages secs mais satisfaits, attendent impatiemment « la sirène » de la mosquée. C’est ainsi qu’un jour mon fils Wael et mon neveu Zeyd ont incroyablement réussi une belle imitation de « la sirène », à cinq minutes de la rupture du jeûne. Ce jour-là, Nanima (grand-¦mère) a failli avaler une gorgée d’alooda. Je l’ai heureusement arrêtée à temps en lui avouant qu’il s’agissait d’une farce. Irritée, elle a demandé aux gamins de ne plus jamais refaire cela. Pendant que ces deux gaillards riaient sous cape, Nanima leur a lancé un regard sévère. Mais cet incident, on l’a très vite oublié face au parfum des samoosas qui nous chatouillait déjà les narines.

Pendant le ramadan, on pense davantage à la nourriture. Parfois, au volant de ma voiture, il m’arrive d’halluciner. C’est fou ce que tous les légumes me semblent succulents pendant ce mois. J’avalerais bien volontiers une assiette de margoz, car pendant ce mois particulier, je me rends étrangement compte de la valeur de chaque aliment. Je peux par exemple, voir passer une voiture jaune en imaginant un « dipin frir ». Parallèlement, je peux penser à un brocoli en regardant un arbre. Comme quoi, lorsque la faim vous tord le ventre, vous avez tendance à voir de la nourriture partout. Mais bon, il faut se ressaisir…

Il m’arrive aussi de plonger dans une longue réflexion…

À l’heure de l’iftar, je réfléchis beaucoup. Je pense à l’entraide et au partage. Mon père me l’a souvent dit : « Le généreux s’aide lui-même d’abord lorsqu’il aide les autres. Il s’élève spirituellement et goûte à l’accomplissement individuel ». Le Prophète Mohammed, paix et salut sur lui, a dit : « Dieu aide Son adorateur tant que celui-ci aide son frère » [Muslim].  Dans le même élan, il y a des organismes à Maurice qui viennent en aide aux Palestiniens en ce mois sacré. Au milieu de la guerre et des morts, ils sont affamés et mangent même de l’herbe pour survivre. Le jeûne fait naturellement partie de leur quotidien depuis plusieurs mois déjà. Ils font face à une situation difficile, endurent dans le silence, sans se plaindre. Ils intériorisent ce qu’ils voient, ce qu’ils ressentent en serrant les dents, en se retenant. En pensant à ces enfants, je n’ose pas poster de succulents plats sur Facebook, par respect pour eux. Pendant ce mois du ramadan, il serait temps aussi de dire adieu aux caprices à table et de remercier Dieu pour chaque repas qu’il nous donne. Le ramadan, c’est donc l’occasion de penser autrement…     

 Zibya Issack

 

 

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