Triple naufrage : Priorité au pompage du fioul du Wen Hung Dar 168

– Un Assessment de l’extérieur du bateau, drossé sur les récifs à Pointe-aux-Sables, prévu aujourd’hui tout comme le pompage par Vasileios P, au lieu du transfert par hélicoptère

- Publicité -

Les houles et les conditions difficiles en mer ont gêné le début des opérations hier par rapport au renflouage des trois bateaux de pêche, qui ont fait naufrage au large de la rade de Port-Louis. En vue de parer au plus pressé, la Salvage Team a donné priorité au début des opérations de pompage des 90 tonnes de diesel se trouvant à bord du Wen Hung Dar 168 drossé sur les récifs à Pointe aux Sables. L’exercice sur les F.V Maan Yu Feng 1 et F.V Maan Yu Feng 168, ayant fait naufrage au large de Bain-des-Dames ne débutera que dans quelques jours.
C’est à travers une pompe installée sur le premier bateau de pêche que les opérations ont débuté vers 14 heures hier. Par la suite, le diesel était placé dans des cuves et héliportés jusqu’à la plage par l’hélicoptère Chetak. Les autorités ont préféré répliquer le scénario d’évacuation du fioul adoptée avec le MV Wakashio au large de Pointe d’Esny en juillet et août 2020. En fin d’après-midi, un peu plus de 2 500 litres de diesel ont été pompés des réservoirs du Wen Hung Dar 168.
« Nous avons choisi le Wen Hung Dar 168 en premier car il contient la plus grande quantité de diesel à bord », explique le commissaire de police Anil Kumar Dip. Il se veut rassurant en soulignant que la National Coast Guard et la Mauritius Ports Authority ont mis en place un système de surveillance 24 heures sur 24 sur les deux Casualty Sites.
En raison du mauvais temps, la barge Vasileios P n’a pu connecter sa pompe avec le bateau de pêche en détresse à Pointe-aux-Sables. Néanmoins, les autorités espèrent qu’à partir de ce vendredi, la situation devra s’améliorer en mer et l’exercice de pompage devra gagner en accélération. Les Casernes centrales estiment qu’il faudra au minimum 48 heures de Daylight Operations pour compléter le pompage sur le Wen Hung Dar 168.
Aujourd’hui, des experts de Polygreen ont prévu des sorties en plongeon autour du bateau à Pointe-aux-Sables pour porcédre à un Assessment de l’état de la coque. Cet exercice est important dans la mesure où il déterminera si le bateau pourra être renfloué aussitôt débarrassé de sa cargaison de diesel.
Puis, la Salvage Team s’attaquera aux F.V Maan Yu Feng 1 et F.V Maan Yu Feng 168 à Bain-des-Dames. En attendant, des booms ont été déployés autour des trois bateaux pour contenir toute fuite d’huile. Une infime quantité de diesel a été notée autour du bateau Wen Hung Dar 168.
Au ministère de la Pêche, les officiers se veulent également rassurants et avancent qu’il s’agit d’un type de diesel évaporant et cette substance n’a rien de comparable avec celle lors du déversement du Wakashio et la marée noire au large du Sud-Est à partir du 8 août 2020.
Le ministère de l’Environnement a dépêché des officiers à Pointe-aux-Sables et Bain-des-Dames pour recueillir des échantillons d’eaux de mer à différents points dans la mer. Les résultats des analyses en laboratoire seront connus dans les prochaines heures.
D’autre part, la National Coast Guard a démarré une enquête préliminaire quant aux différentes étapes ayant précédé le naufrage du FV Maan Yu Seng No 1
et F.V Maan Yu Seng No 168. En principe, les capitaines de ces unités de pêche avaient reçu l’ordre des autorités portuaires en vue de quitter la zone portuaire pour s’abriter du cyclone Emnati, qui a affecté Maurice dimanche.
La NCG relève que ces directives émanent de la Mauritius Ports Authority (MPA) qui donne ces instructions aux bateaux dans nos parages. Mais, c’est aux capitaines de décider du lieu de refuge en mer qu’ils considèrent Safe. Le MV Maan Yu Seng No 1
s’est dirigé vers le Nord-Ouest. C’est dans la nuit de mardi à mercredi qu’il a entamé son retour vers Port-Louis. Vers les 8h15 mercredi, le bateau de pêche avait pénétré dans la limite portuaire.
Du côté de la NCG, des sources confirment qu’il y a eu une tentative d’entrer en contact avec le bateau de pêche après l’avoir noté sur les radars, mais personne n’aurait répondu. La NCG de Les Salines dit avoir communiqué cette information à la MPA pour qu’elle essaie de se mettre en rapport avec son représentant à Maurice. Sans compter que les gardes-côtes se focalisaient alors sur le Wen Hung Dar 168, qui s’était drossé sur les récifs de Pointe-aux-Sables.
Vers 8h30, le FV Maan Yu Seng No 1 se trouvait à environ 2,5 milles nautiques de son point d’échouement. À cet instant, la NCG ne confirme pas s’il y a eu encore des contacts avec le bateau. Sauf que plus tard, les gardes-côtes ont appris que ce bateau et le FV Maan Yu Seng 168 avaient des difficultés à naviguer.
Ce n’est que vers 10h30 que la NCG a eu confirmation que ces unités de pêche ont échoué sur un banc de sable à Bain des Dames. Du côté de la NCG, on rejette toute responsabilité dans cette affaire en renvoyant la balle dans le camp de la MPA.
« Aussitôt qu’un bateau pénètre dans la limite portuaire, c’est la MPA qui est appelée à surveiller le trafic dans sa zone. Elle nous communique toute information nécessaire en cas de problème », explique un haut gradé de la NCG. Il met l’accent sur le fait que le FV Maan Yu Seng No 1 avait déjà atteint les limites portuaires après 8h15. Malgré cela, les gardes-côtes ont quand même essayé de contacter le capitaine en vain.
La MPA devra donner sa version des faits au Director of Shipping, qui a initié une enquête sur le naufrage des trois bateaux. En ce qui concerne le Wen Hung Dar 168, la NCG avait reçu un appel de détresse vers 2h30 mercredi matin et une équipe a accompagné un tug de la MPA pour essayer de le renflouer. Cet exercice n’a pu se faire à cause des conditions en mer. C’est à environ un kilomètre de la plage de Pointe-aux-Sables qu’il a échoué.
Par contre, la NCG ne souhaite pas avancer pour quelle raison il a fallu que des marins se jettent en mer peu après midi pour que des Heavy Duty Boats (HDB) et des Fast Interceptors Vessels soient mis à l’eau pour aller les secourir, alors que ce n’est qu’à 13 heures que les hélicoptères sont arrivés sur les Casualty Sites.
Un autre officier de la NCG évoque un trop-plein de bureaucratie dans des situations urgentes. « À titre d’exemple, un officier au rang de sergent de la NCG ne peut ordonner la sortie d’un Heavy Duty Boat même en cas de danger de mort. Il faut qu’un High Ranking Officer donne l’ordre et aussi informe les Casernes centrales, attende un retour de l’appel / correspondance, faire que le message remonte jusqu’au commandant de la NCG et son entourage entre autres. Pour la sortie de l’hélicoptère, c’est encore plus compliqué… », dira-t-il.
La journée d’aujourd’hui s’annonce déterminante pour la suite des opérations de renflouage et pour atténuer les risques potentiels de pollution en mer.

ENCART 1

- Publicité -

Le CP Anil Kumar Dip :
« Fer komanter li fasil »

Le commissaire de police, Anil Kumar Dip, estime que la police a bien fait son travail après l’échouement des trois bateaux mercredi.
« Zot tou inn vinn exper. Fer komenter li fasil », dit-il. Il ajoute que «lotorite pa finn asize apres sa insidan la ». Il a tenu à féliciter ses hommes sur le terrain surtout qu’ils ont porté secours aux membres d’équipage des trois bateaux.
Au sujet de l’exercice de pompage, il avance que les pilotes d’hélicoptère accomplissent un travail formidable dans des conditions difficiles. Il dit espérer qu’avec un temps clément, la barge Vasileios P pourra accoster le Wen Hung Dar 168 pour accélérer l’exercice de pompage.

- Advertisement -

ENCART 2

Un accident avec un drone évité

La police a interdit le survol des drones sur les deux Casualty Sites après un incident survenu mercredi à Bain des Dames. Un appareil survolait en même temps qu’un hélicoptère hélitreuillait un marin sur un des bateaux. Fort heureusement que le pilote a aperçu le drone et a pu l’éviter.
Ainsi, les Casernes centrales ne souhaitent pas un tel scénario pour l’exercice de pompage hier. La police rappelle qu’il faut une autorisation du département de l’Aviation Civile pour faire survoler un drone sur le site.

SUR LA PLAGE HIER MATIN

XLD : « Un épisode qui
nous couvre de ridicule »

« Tou le de ou trwa mwa bato pe fer nofraz ou pe tom an pann. C’est une nouvelle preuve d’incompétence qui nous couvre de ridicule au niveau international. Maurice, il faut le faire ressortir, a la vocation d’être un Bunkering Hub et est une plaque tournante pour les marchandises en Afrique. Or, le gouvernement et ses nominés politiques n’ont hélas pas retenu les leçons du désastre du MV Wakashio pour rectifier le tir en planifiant des mesures solides susceptibles de protéger nos côtes, l’environnement, l’industrie touristique et, par dessus tout, la population, des dangers que cela implique », déclare le leader de l’opposition en poste, Xavier-Luc Duval, qui avait fait le déplacement à Pointe-aux-Sables.
« J’avais d’ailleurs interpellé le vice-Premier ministre et ministre responsable des Catastrophes naturelles, Anwar Husnoo, par le biais d’une PNQ en août 2021 sur ce qui a été entrepris depuis le triste épisode du MV Wakashio sur la base d’un rapport contenant 21 points d’actions qui auraient dû être implémentés. Or, absolument rien n’a été fait presque deux ans après ledit naufrage, que ce soit au niveau des lois ou des équipements mis à la disposition des autorité  », poursuit-il.


Joanna Bérenger : « Bann bato
pe rantre kouma dir enn bar ouver »

« Je suis révoltée. Les décideurs n’ont pas retenu les leçons du désastre provoqué par le MV Wakashio et de la Court of Investigation qui se déroule actuellement. Nous revivons un cauchemar avec le naufrage de ces trois bateaux. Comment a-t-on pu en arriver là ?
«  Kouma zot pa fouti diriz e aport enn solisyon ferm a bann bato ki an difikilte ? Bann bato-la pe rantre kouma dir enn bar ouver ! C’est en ce sens que la commission du Développement durable du MMM a demandé au gouvernement de faire un audit indépendant pour savoir quels sont les protocoles, les ressources humaines et les technologies existants qui peuvent répondre à ces situations d’urgence.
« Nous avons des institutions qui regorgent de nominés politiques qui n’arrivent pas à communiquer et à piloter comme il se doit des cas d’urgence eu égard à leurs incompétences. Ce sont les Mauriciens qui paient les pots cassés, malheureusement. Pourquoi dans ce cas investir autant d’argent dans la location d’un yacht pour se rendre aux Chagos ?
C’était bien pour agrandir notre espace océanique, non ? C’est triste de le dire, mais ces trois nouveaux naufrages n’augurent rien de bon si on n’arrive pas à protéger ne serait-ce un petit bout de notre territoire. »

EN CONTINU
éditions numériques