Consommation : inquiétudes croissantes avec la flambée de prix du poulet

– Le marché tendu par l’escalade du cours du maïs et du soja

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– Un producteur : « La priorité est de protéger nos emplois »

Les prix du poulet ont déjà augmenté de 15% en moyenne ces trois derniers mois. Et ce n’est pas fini. Le consommateur doit s’attendre à de nouvelles hausses prochainement avec la flambée du cours des matières premières au niveau mondial. L’invasion de l’Ukraine par la Russie explique en grande partie cette tendance haussière des prix à l’étagère.

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La crise sanitaire et la fermeture des frontières avaient déjà durement impacté la production avicole, provoquant la fermeture des hôtels et restaurants pendant de longs mois. Mais la série noire continue pour les producteurs locaux, petits et grands, qui doivent maintenant jongler avec des hausses à répétition du coût des aliments pour la volaille, dont le maïs et le soja. Le fret et de l’impact de la dépréciation de la roupie viennent se greffer sur cette équation affectant le consommateur.

La conséquence est que le prix du kilo de poulet entier se rapproche désormais de la barre de Rs 195.00 dans certains points de vente. Des producteurs affirment qu’ils tentent de rogner sur leurs marges pour ne pas répercuter l’ensemble de la hausse du coût des matières premières sur le prix final. Mais la hausse s’annonce inéluctable.

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« Ce qui m’inquiète le plus demeure le prix du maïs. On se dit autosuffisant en poulet, mais ce n’est pas vrai car on importe la totalité du maïs et du soja de pays comme l’Argentine et le Brésil. Ces ingrédients comptent pour 65% à 70% de l’alimentation de la volaille, » note Robert Soupe, consultant en aviculture, et avec une longue et riche carrière dans le secteur.

L’une des solutions au problème actuel d’escalade infernale des prix, c’est que Maurice se lance dans la culture de maïs pour assurer une partie de ses besoins. Or rien n’a été fait à ce stade, bien qu’on en parle depuis des années…

« Il faut prendre des initiatives. Cela peut se faire à Maurice ou même au niveau de la région, notamment à Madagascar, en Tanzanie, au Kenya ou au  Mozambique, », explique Robert Soupe. S’il reconnaît que Maurice ne parviendra pas à produire la totalité de ses besoins en maïs, il faut quand même s’y lancer afin de réduire la dépendance sur les importations.

Un gros producteur local avait d’ailleurs tenté l’expérience il y a quelques années. Mais le coût de production s’était révélé supérieur à celui du maïs importé, et l’initiative a été vite abandonnée. Toutefois, les données ont changé pour le maïs importé, qui coûte aujourd’hui bien plus cher.

Avenir incertain 

La majoration de prix des matières premières pour l’alimentation de la volaille a enregistré un record le mois dernier et une nouvelle hausse est attendue avec la guerre en Ukraine. Les prix mondiaux des denrées alimentaires ont atteint un niveau record en février, selon la FAO et les prix internationaux du maïs ayant augmenté de 5,1%.

Pour faire face à la situation difficile causée par l’escalade des prix, les producteurs locaux tentent de rationaliser les coûts, et d’optimiser leur production. Mais le marché reste « tendu », lâche un producteur. Outre le prix du maïs et soja, les producteurs locaux doivent aussi conjuguer avec un dollar en hausse constante et le coût des carburants.

Les producteurs appréhendent les prochains mois car ils font comprendre qu’ils ne pourront absorber la totalité de la hausse de prix.  « L’avenir est vraiment incertain et on ne peut qu’essayer de limiter l’impact de ces augmentations pour les consommateurs. La priorité est de protéger nos emplois, nous faisons notre maximum », déclare un producteur.

Des alternatives

Robert Soupe souligne que c’est la classe moyenne et les plus pauvres qui seront les plus affectés dans les prochains mois. Inquiet sur l’évolution de la situation, et pour l’autosuffisance dans les moyen et long termes, il estime que Maurice doit impérativement se lancer dans la culture de pommes de terre, de manioc, de fruits à pain et maïs. Tout cela dans une stratégie visant à protéger la population contre des hausses de prix et d’éventuelles pénuries alimentaires en cas de conflits mondiaux.

« Nous devons tout mettre en œuvre pour diversifier notre production agricole et essayer de produire également dans la région. Il faut trouver des alternatives. Car nous sommes au-devant de gros soucis avec le prix de l’essence qui grimpe, celui de  la farine qui va augmenter et le consommateur qui s’appauvrit. Et c’est clair que beaucoup de personnes au bas de l’échelle vont devoir réduire leur consommation de poulet », reconnaît-il.

Il lance un appel aux gros producteurs de poulet pour qu’ils tiennent compte du pouvoir d’achat des Mauriciens en faisant un effort pour ne pas trop augmenter les prix. « Le poulet est une chair très appréciée à Maurice et représente un gros apport en protéine animale. Nous consommons 36 kilos de poulet par tête d’habitant. Donc, un apport de protéine des plus abordables. Je suis très inquiet pour les pauvres et la classe moyenne. Il y a beaucoup de gens qui vivent dans la misère et qui ne pourront subir toutes ces augmentations à répétition », poursuit-il.

Si la situation continue, les plus petits producteurs se retrouveront en grande difficulté. Le poulet étant un aliment de base à Maurice, consommé par tous les Mauriciens, de fortes hausses de prix ont un potentiel de mécontentement non-négligeable.

14% d’augmentation en 4 mois

Le consommateur voit rouge lorsqu’il achète du poulet. En moyenne, les prix ont augmenté de 14% en à peine quatre mois. En octobre dernier, le poulet entier d’une marque précise se vendait à Rs 84.00 la livre, et quatre mois après, le prix est passé à Rs 96.00, soit une augmentation de près de 15%.

Les hanches de poulet coûtaient Rs 108.00 la livre en octobre et s’affichent désormais à Rs 123.00, encore 14%. Pour le demi-kilo de cuisses de poulet, s’il fallait débourser Rs 93.00 en octobre dernier, il faut désormais casquer Rs 106.00, encore 14%. Les escalopes en vente à Rs 178.00 en octobre dernier, se vendent aujourd’hui à Rs 203.00 le demi-kilo.

Le prix des carcasses n’y échappe pas. Elles sont désormais vendues à Rs 44.00 la livre, contre Rs 38.00 en février, en hausse de 15%. Les abats ont également suivi la tendance, sans compter les nuggets, croquettes, saucisses, le jambon de poulet, la mortadelle, les burgers, steaks de poulet, etc.

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