UKRAINE : ce qui devait arriver…

JEAN PIERRE LENOIR

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…arrive maintenant à grands pas. À savoir que la Russie est entrée en économie de guerre et que sa machine industrielle qui tourne maintenant beaucoup plus vite, va peser sur la guerre en Ukraine de façon déterminante.

Même si nous avons tous été étonnés au début de la guerre de l’impéritie de l’armée russe, quelques observateurs (tout au moins ceux qu’on ne voyait pas sur les plateaux TV) s’échinaient à dire que cette gabegie russe ne durerait pas et que tôt ou tard…

Les observateurs va-t-en guerre de ce conflit ont tellement privilégié l’émotion de l’immédiat au détriment de l’observation des choses sur le long terme qu’ils ont dangereusement aidé à la création de deux camps bien distincts, les irrémédiablement bons et celui des irrémédiablement méchants. Un peu comme dans les films qui mettaient aux prises les bons cowboys et les méchants Indiens. Et lorsque la cavalerie arrive au son du clairon, la salle se lève et applaudit…

La mondialisation des choses et des hommes a tellement formaté les habitants de cette terre d’aujourd’hui à la nécessité de prendre parti que chacun d’entre nous, de la yourte mongolienne à la petite hutte de branchages perdue dans les fins fonds de l’Afrique, se croit obligé de participer à cette triste sarabande de fous qu’on appelle La Guerre…

Maintenant que les militaires et observateurs en tous genres se sont relayés dans les salons du petit écran pour faire vivre la guerre aux téléspectateurs entre deux publicités sur les yaourts et flans au coco, que va-t-on faire pour mettre fin à ce carnage ?

Aujourd’hui deux camps bien distincts qui n’existaient pas vraiment avant le conflit se font face. D’un côté, un Occident – qui s’est perdu dans une Europe politique fantomatique – s’est jeté corps et âme derrière l’Ukraine, sachant très bien qu’au lendemain de ce conflit la puissance occidentale qui a jadis dominé le monde ne sera plus que l’ombre d’elle-même. De l’autre, la Chine, l’Inde et beaucoup d’autres se sont rangés du côté de la Russie pour préparer l’avènement d’un nouvel ordre mondial…

Quand on regarde l’histoire récente (un siècle est le service minimum pour comprendre les choses sur le temps long) du monde sans utiliser le petit bout de la lorgnette on se rend compte qu’il a fallu vingt ans à l’Allemagne vaincue de la première Guerre mondiale pour se ruer à l’assaut de ses vainqueurs afin d’essayer d’effacer l’humiliation du Traité de Versailles. Sitôt le deuxième conflit chaud (39-45) terminé, le Monde s’est rué dans la Guerre Froide (1948-1989) qui s’est terminée encore une fois dans l’humiliation ACTIVE de la Russie mise à mal par près de 80 ans de communisme destructeur de son identité historique.

Pour essayer d’arriver à la paix il faudra d’abord mettre fin à cette politique d’humiliation d’un perdant qui a, à tort ou à raison, cette obsession permanente de retrouver la place de Grand que lui autorise légitimement sa taille et sa dimension historiques et que lui refuse obstinément l’autre Grand outre Pacifique? Qu’on le veuille ou non, ce sont eux, ces Grands, qui donnent le la de la marche du Monde. Et c’est une des raisons pour lesquelles la Russie ne peut pas perdre cette guerre.

Nous ne sommes déjà plus dans la problématique des chars Léopards, Leclerc et autres Abrams qui ne sont maintenant que de la poudre jetée aux yeux de ceux qui veulent continuer à compter les coups en prenant un whisky-soda devant leur télévision. Sauf si des politiciens fous ont décidé que la chose militaire devrait aller à son terme quitte à utiliser l’option nucléaire.

Il faut aujourd’hui empêcher l’histoire de bégayer comme elle l’a fait en deux occasions au siècle dernier et aider au moins à l’établissement d’un statu quo comme celui de la Corée bancalement coupée en deux mais qui permet à la guerre entre frères ennemis de rester froide.

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