INSPIRATION : La femme, souveraine  de son destin pluriel !

PRAVINA NALLATAMBY

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Véritable bouquet de tendresse au sein familial, elle déploie toute sa bonté dans ce monde de brutes. Dotée d’une douceur spontanée, la femme pourrait arborer un sourire à vie. Toutefois, certaines sont souvent condamnées comme l’Atlas à porter le fardeau de tous les maux du monde. Endurcies et accablées d’injustices, elles s’endurcissent pour forcer le respect et montrent leurs griffes pour se défendre face à la violence. Victimes de mépris, d’humiliation et d’exclusion, elles troquent leur bienveillance contre l’indifférence pour apaiser leurs rancœurs. Aucune morale ne saurait alors dicter leurs choix. Parfois, sans foi ni loi, elles finissent par s’effacer, s’évaporer à la japonaise ou s’égarer dans des vendettas sans fin en sombrant dans l’amertume et le désarroi. Perdues entre l’être et le paraitre, les émotions et l’intellect, la soumission et la vengeance, avec une double fracture au corps et à l’âme, ces femmes ont quelque chose en elles qui périt à chaque instant de leurs vies, à chaque compromis. Et, on se demande très naïvement pourquoi de grandes figures féminines tombent dans l’oubli…

La psychologie féminine en littérature

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D’illustres écrivains nous captivent en explorant les émois de leurs héroïnes. Intellectuelles mais visiblement trop sensibles, celles-ci ont souvent un destin tragique, partagées entre la vertu et la culpabilité, prises dans le jeu des sentiments interdits. Devrait-on louer la vertu de la Princesse de Clèves ou plaindre la frustration d’Emma Bovary ?

En se penchant sur la condition féminine, quelques prix Nobel de littérature féminins nous livrent leurs opinions. Pour Annie Ernaux, d’origine française, récemment récompensée du prix Nobel, ce n’est pas une éducation sentimentale fondée sur la vertu qui participe à l’émancipation de la Femme mais l’apprentissage douloureux de l’amour et du désir. L’intensité des sentiments de la femme cherchant l’équilibre entre l’amour et sa place dans la société va engendrer aussi détresse et affliction. Il y a presque un siècle, l’Italienne Grazia Deledda, prix Nobel en 1926, nous donne une autre vision dans son roman intitulé Dans le désert. Soulevant des questions morales et psychologiques dans l’esprit de son principal personnage féminin tenté par le désir charnel, l’auteure montre que l’amour n’est pas salvateur. Rongée par la culpabilité et en proie à une souffrance morale intense, l’héroïne ne succombe pas ; elle conservera une âme pure en restant dans « le désert » de la solitude.

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Selon d’autres auteures, afin de trouver bien-être et équilibre, les femmes devraient s’affranchir du joug de l’attachement lié à tout sentiment d’amour. Dans Délivrances, l’Américaine Toni Morrison, couronnée du prix Nobel en 1993, dessine le parcours de Bride, l’héroïne privée d’amour maternel. Bride grandit, transcende sa souffrance en se libérant des traditions et des principes qui la tiennent prisonnière dans son rapport avec sa mère et la société. Doris Lessing, d’origine britannique et Olga Tokarczuk, d’origine polonaise, prix Nobel en 2007 et 2018, nous dévoilent le poids des conventions sur le couple et les relations mère-fille. Dans Filles impertinentes, la narratrice raconte comment elle se libère du rapport conflictuel avec sa mère qu’elle ressent comme tyrannique. Elle remonte le temps pour comprendre la souffrance de celle-ci. En effet, de nature sociable mais rebelle, vive mais courageuse, sa mère, impertinente à sa manière, avait été obligée de vivre dans l’isolement en sacrifiant sa vie pour un mari renfermé. Sur un autre ton, dans Récits ultimes, Olga Tokarczuk nous fait admirer le courage de Paraskewia, la Parque, Ukrainienne exilée en Pologne, en abordant le thème de la mort. Au décès de son mari, Parka, « farouche guerrière de la lumière » dans un monde qui s’écroule, se souvient de sa vie de couple absurde, des « lambeaux de souvenirs » dont elle ne gardera que les meilleurs moments pour continuer à vivre dans la sérénité. Présentée comme étant profondément seule dans ses combats, mais combien tenace et forte, la femme puise dans ses propres ressources pour sublimer sa souffrance. Le regard de l’autre n’apporte pas de réponse à ses tourments.

 

En réalité, fragile et souveraine

En vérité, au foyer et au travail, gérant avec courage ses doubles journées, la femme, dotée de grandes facultés de résistance, peut être fragile et souveraine à la fois.  La parité étant loin d’être acquise, elle demeure encore vulnérable dans le milieu professionnel. Refusant plus d’être muselée, parfois elle quitte le silence pour agir. Journalistes, sociologues, philosophes et écrivains veillent à transmettre des témoignages (1) parfois insoupçonnables en partageant l’émergence de nouveaux modèles sociétaux. Alors que le patriarcat s’effondre progressivement, de nouveaux modes d’action pour les femmes se dessinent. On entend de nouvelles voix non pas pour prouver la souveraineté du matriarcat, mais pour faire ressortir la souveraineté de la femme sur sa propre vie. Dans cette quête d’une nouvelle reconnaissance, la femme moderne quitte le système « traditionnel ». Avec la représentation de l’idéal féminin qui évolue, l’image de la femme soumise, discrète, féconde et nourricière cède la place à la femme indépendante, responsable, décisionnaire et législatrice. Libérée par l’éducation, pétrie dans le moule de la modernité, elle se définit autrement. Toutefois, la partie n’est pas gagnée. On a un vaste programme en vue pour la transformation de la société ! Dans un monde formaté par l’homme et conditionné par des principes traditionnels, il faudra du temps pour changer les mentalités, transcender l’hypocrisie institutionnelle, se libérer de toute forme de servitude et sortir complètement du schéma « soumission-répression-exclusion ». En effet, selon les pays, malgré son émancipation, la femme intelligente mais résiliente, gardienne de valeurs familiales et prisonnière des règles de bonne conduite, se trouve peu ou prou dans l’obligation de se taire ! Toutefois, pragmatique et rationnelle, elle ne veut plus vivre uniquement dans le regard de l’autre. Elle apprend à s’écouter, identifier et gérer ses forces et faiblesses pour évoluer harmonieusement en société, dans une relation de complémentarité et d’interdépendance. Pour gagner ce pari, selon certains sociologues, l’évolution de la mentalité masculine devrait se faire en parallèle. Que l’homme change aussi sa philosophie sur son rôle dans la structure familiale et sociale aux côtés de la femme du XXIe siècle est capital pour une véritable transformation.

En souvenir et pour l’avenir…

Transcendons les époques et rendons hommage aux quelques oubliées de l’histoire. Qui nous vient à l’esprit lorsqu’on parle d’art et de littérature ? Léonard de Vinci, Boticelli, Michel-Ange, Rodin ? Connaît-on Sofonisba Anguissola, Lavinia Fontana, Artemisia Gentileschi, ces « pionnières » (2) de la Renaissance italienne, interdites la plupart aux Académies de peinture, alors que depuis l’Antiquité, les figures féminines allégoriques abondent dans la représentation des sept arts libéraux (3) ? En France, Rodin éclipse Camille Claudel, accablée pour sa non-conformité malgré son immense talent. Parmi les grands noms de la littérature française de la fin du XIXe siècle, les plumes masculines dominent sauf George Sand, qui écrit sous un pseudonyme masculin ! Se souvient-on d’Anna de Noailles, la Princesse d’Orient de Marcel Proust ? (Re)découvrons son poème intitulé « La mémoire » extrait de l’Ombre des jours et qui commence ainsi : « La mémoire assoupie, en d’insurgés sursauts parfois s’éveille… ». Aujourd’hui, elle est à l’honneur grâce à l’Académie française qui, depuis 1995, récompense chaque année « une femme de lettres » avec un prix de littérature et de philosophie en lui décernant le prix Anna-de-Noailles.

Que faire pour que la femme devienne souveraine de son destin pluriel ? Fabienne Brugère (4), philosophe militante et féministe, s’exprime sur l’évolution de la condition féminine en affirmant que la femme devrait d’abord se transformer avant d’agir pour transformer le monde. Selon elle, pour se libérer, elle doit changer son « mode d’être », pour ne plus subir aveuglément le contrôle des normes forgées par la société. Elle ajoute que les féminismes du sud seraient une bonne source d’inspiration pour déployer une « puissance d’exister » avec les autres et pas seulement pour les autres.

Et si on pouvait méditer sur ces mots de Bernardin de St Pierre, extraits du préambule de Paul et Virginie : « Les femmes ont contribué plus que les philosophes à former et à réformer les sociétés »…

Notes

(1) Voir les travaux de Christelle Taraud, Pauline Delage, Julia Monarrez Fragoso et Diana Russell, entre autres.

(2) https://www.beauxarts.com/grand-format/ep-1-les-pionnieres-de-la-renaissance-de-lombre-a-la-lumiere/

(3) Les arts libéraux désignaient les disciplines d’enseignement permettant aux hommes de se libérer.

(4) Fabienne Brugère, On ne nait pas femme, on le devient, Paris, Ed. Stock, 2019.

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