Messe du travail : Le Cardinal Piat appelle au réveil de la jeunesse

Plaidoyer pour un système éducatif adapté à ceux en situation d’échec

La Messe du Travail 2023 a été célébrée en l’église Sainte-Marie Madeleine, à Pointe-aux-Sables. Dans son homélie, l’évêque de Port-Louis, le cardinal Maurice E. Piat, a mis en exergue les valeurs du travail et la dignité des travailleurs.

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Il a fait état de la nécessité d’encadrer davantage les jeunes, afin qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle dans le développement du pays. Il réitère ses inquiétudes quant au nombre de jeunes qui échouent au Primary School Achievement Certificate (PSAC) et au National Certificate of Education (NCE), tout en souhaitant un système éducatif adapté à leurs besoins.

Le taux de chômage chez les jeunes préoccupe le cardinal Piat. Il a fait ressortir que selon des données statistiques, 29% des chômeurs ont entre 16 et 24 ans. Et pourtant, en parallèle, bien des entrepreneurs ont des emplois à offrir. « Il faut comprendre pourquoi les jeunes ne trouvent pas un travail adapté. Est-ce que les conditions ne sont pas attractives ? Est-ce que les jeunes ne veulent pas commencer au bas de l’échelle et veulent tout, tout de suite ? », s’est-il demandé.

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Cela, avant de partager l’histoire d’un jeune qui, ayant entrepris des études en comptabilité, s’est présenté pour un travail, mais a fait savoir qu’il n’était disponible que pour quatre mois. « Et lorsqu’on lui a demandé pourquoi, il a répondu que c’était suffisant pour avoir l’argent nécessaire et acheter le portable idéal… », a-t-il dit.

Le chef de diocèse de Port-Louis a ainsi appelé au réveil de la jeunesse, indiquant que le pape François a affirmé que celle-ci est la première mission de l’Église. « Nous devons faire en sorte que la jeunesse soit bien préparée  », ajoute-t-il.

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Cela passe par une éducation adéquate, surtout pour ceux ayant des difficultés à s’adapter. Il a ainsi exprimé une nouvelle fois sa préoccupation pour les enfants en situation d’échec. « Il y a entre 25% et 30% d’échec au PSAC. Ces enfants se retrouvent dans l’Extended Programme où ils passent le NCE et là, le taux d’échec est encore plus élevé, entre 70% et 75% »,s’insurge-t-il.

Le cardinal Piat a fait comprendre que le système éducatif mauricien convient à 75% des élèves, mais il faut aussi s’intéresser à ces 25% qui ne parviennent pas à s’adapter. « Le système est trop académique pour eux. Il en faut un qui soit plus technique où ils peuvent développer leurs talents », fait-il ressortir.

Il importe aussi, d’après lui, d’avoir des formations pour davantage d’ouvriers spécialisés. De plus, il a également souligné le bon travail effectué par l’école Père Henri Souchon, à Pointe-aux-Sables, qui encadre des enfants en situation d’échec.

Le cardinal a précisé que c’est la responsabilité d’un pays de bien préparer les jeunes à la vie active. « Ena boukou ki pe fer, me ena enn ti ros dan nou soulye. Se sa 25% ki pe eswe », concède-t-il. Il a souligné que les plus démunis doivent être la priorité.« On doit travailler, pour que les jeunes ne choisissent pas le chemin de la destruction » , prévient-il en dénonçant ceux qui profitent et abusent de la situation de certains jeunes et leur offrent Rs 1 000 par jour pour assurer ka livraison de la drogue.

Par ailleurs, l’évêque de Port-Louis a appelé à une solidarité accrue envers ceux en difficultés. Il a salué les ONG qui accomplissent déjà beaucoup, tout en rappelant qu’elles ne peuvent pas tout entreprendre et que les institutions doivent aussi jouer leurs rôles. Il a également plaidé pour un espace de dialogue entre les syndicats, le patronat et les agents du gouvernement.

De plus, il a dénoncé une société à deux vitesses où ceux au plus bas de l’échelle sont en train de souffrir. « Ceux qui touchent le salaire minimum et les Self-Employed sont les plus affectés par l’augmentation effrayante du coût de la vie, de l’inflation. Il faut reconnaître que le gouvernement fait beaucoup d’efforts, mais malheureusement, nous vivons dans une société à deux vitesses. Si on y ajoute les travailleurs migrants, c’est à trois vitesses », déclare-t-il.

Il a ainsi invité à veiller au bien-être des travailleurs, se disant inquiet qu’actuellement, à Maurice, « travay pe devire », dans le sens où certains s’en servent uniquement pour se remplir les poches et exploitent les autres. Le travail est quelque chose de noble, dit-il, car il donne à l’homme sa dignité. « Il faut reconnaître la valeur de chaque travailleur. Le cardinal Cardijn, fondateur de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, a dit qu’un travailleur vaut plus que tout l’or du monde », affirme-t-il.

La fête du Travail est aussi pour l’Église, la fête de Saint Joseph Travailleur. L’occasion pour le cardinal Piat de rappeler que chaque métier a son importance dans la société. Il a fait référence à l’évangile du jour, où les personnes du village de Nazareth n’étaient pas réceptives aux messages de Jésus dans un premier temps, car elles disaient : « C’est le fils du charpentier. » Dieu, a ajouté le cardinal Piat, avait décidé que « le sauveur des hommes serait un ouvrier ».

Comme chaque année, au moment de l’offertoire, des entrepreneurs et des employés ont fait la procession avec des symboles représentant leur profession et métier. Parmi eux, il y avait le député Patrice Armance, entrepreneur et membre de la paroisse. Plusieurs prêtres ont concélébré la messe aux côtés du cardinal Piat, dont les Pères Coosnapen, David, Durhône, Paschal et Patient.

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