Le leader de l’opposition : « Le Premier ministre met sur le dos des employés les problèmes affectant les opérations portuaires »
Le PM : « Nous réitérons notre engagement de faire de Port-Louis un hub pour activités maritimes dans la région »
La productivité dans le port, qui a fait l’objet de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, a provoqué des vagues, pour ne pas dire a suscité une ambiance houleuse, à l’Assemblée nationale hier. Dans un premier temps, le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, a tenté en vain d’obtenir une intervention du Speaker, Sooroojdev Phokeer, pour que le Leader of the House et Premier ministre, Pravind Jugnauth, soit appelé à écourter sa réponse liminaire et également très exhaustive. De ce fait, à la fin, Xavier-Luc Duval n’a pas été en mesure de revenir à la charge avec des interpellations supplémentaires.
Toutefois, rebondissant sur des éléments de réponse à une interpellation supplémentaire, le leader de l’opposition a accusé le Premier ministre de faire porter aux employés la responsabilité du niveau de productivité dans le port. De son côté, Pravind Jugnauth, tout en passant en revue les différentes mesures entérinées pour améliorer le niveau de productivité et d’efficacité, a réitéré l’engagement du gouvernement de faire de Port-Louis le hub maritime dans la région.
La situation dans le port, qui est régulièrement critiquée à Maurice par les organisations du secteur privé, voire par les associations et les compagnies maritimes, a été évoquée en début de séance d’hier. Le leader de l’opposition voulait savoir s’il avait pris note du classement du parc de conteneurs mauricien dans le Container Port Performance Index 2022 (CPPI), préparé par la Banque mondiale.
Le Premier ministre a répondu par la positive, expliquant avoir lu ce rapport, dont l’objectif est d’aider à identifier les opportunités d’amélioration d’un terminal ou d’un port, et ce, afin de bénéficier à terme à l’ensemble des acteurs du public et du privé. Le CPPI est destiné à servir de référence pour les acteurs importants de l’économie mondiale, dit-il, y compris les gouvernements nationaux, les autorités portuaires et les opérateurs, les agences de développement, les organisations supranationales, divers intérêts maritimes et d’autres acteurs publics et privés engagés dans le commerce, la logistique et l’approvisionnement.
Pravind Jugnauth a aussi fait ressortir que la Banque mondiale a reconnu certaines limites dans la préparation de l’indice, et noté son intention d’améliorer la méthodologie, la portée et les données dans les futurs rapports annuels, de manière à refléter les commentaires des parties prenantes et les améliorations quant à la teneur des informations.
Le Premier ministre a toutefois reconnu que les ports les mieux classés sont les ports chinois et ceux du Moyen-Orient. Celui de Maurice est classé à la 327e place sur 348 ports. Parmi les 21 ports classés après Maurice figurent ceux de Hambourg (Allemagne), de Manille (Philippines), ainsi que les ports de Houston, de Los Angeles et de Charleston (États-Unis), et ceux de Durban et de Cape Town (Afrique du Sud) et de Vancouver (Canada).
Il a expliqué que, selon le directeur général suppléant de la MPA, le port de conteneurs opère selon un système de « fix berthing window scheme », ce qui permet aux autorités portuaires de mieux planifier les arrivées des navires, l’attribution des places et la manutention des frets, tout en réduisant le temps d’attente et la congestion portuaire. Les différentes méthodes utilisées pour mesurer la productivité dans le port intègrent notamment le temps d’opération sur un navire.
Il reconnaît que la productivité par rapport aux opérations portuaires est l’élément le plus important par les opérateurs portuaires, car cela se rapporte au temps pris pour embarquer et débarquer des conteneurs. À Port-Louis, 21,1 conteneurs par heure ont été en moyenne débarqués en 2022. Le temps d’attente pour obtenir une place sur le quai était de 1,8 heure tandis que le taux d’occupation du quai était de 67,1%. Ce qui est indicatif, d’après lui, de la disponibilité du quai pour traiter d’autres navires sans créer de congestion.
Le Premier ministre a par ailleurs indiqué que la MPA et la CHCL ont analysé l’indice de performance du port de conteneurs, et ont constaté que l’indice était basé essentiellement sur le temps pris entre l’entrée du navire au port et le moment où il quittait le quai. Les éléments pris en considération sont le moment auquel le navire de conteneurs entre dans le port, le temps d’attente en mer, le temps pris par les remorqueurs pour accoster le navire, la durée de la manutention des conteneurs et, finalement, le départ du bateau.
Les autorités portuaires notent qu’un navire est considéré comme étant dans le port aussitôt qu’il pénètre dans les limites portuaires en mer, et est enregistré auprès de la station de radio du port. Les mêmes autorités considèrent que le rapport n’a pas indiqué quel moment est considéré comme l’arrivée effective du bateau (Arrival Time of Vessel).
Le moment de l’arrivée des navires dans la zone portuaire ne correspond pas à la limite portuaire de Port-Louis, est-il noté. Des navires attendent en effet l’arrivée des conteneurs afin d’effectuer le transbordement. Il arrive que des navires restent plus longtemps dans le port ou se livrent à d’autres activités, comme le Bunkering. Ce qui augmente le temps passé dans le port.
Pravind Jugnauth explique que le rapport contient seulement le contenu de l’étude, « mais ne tient pas en considération d’autres données pouvant être comparées aux données collectées par les autorités portuaires ». La moyenne du temps passé par un navire dans le port est ainsi estimée à 44,4 heures, alors que le temps pris au quai du port de conteneurs est de 33,5 heures. Le délai pour accoster au quai est de 1,8 heure, tandis que le reste du temps « est consacré au bunkering ou d’autres activités ».
Le Premier ministre a par ailleurs fait ressortir que les autorités portuaires n’ont pas reçu de plaintes concernant quelconque retard quant aux opérations. Un point positif, explique-t-il, que « le rapport de la Banque mondiale n’a pas pris en considération ». En outre, Pravind Jugnauth précise que « le gouvernement veut faire de Maurice un hub dans la région », rappelant au passage que Rs 8,4 milliards ont déjà été investies depuis 2015 à cet effet.
Il a aussi fait mention de l’achat du remorqueur Sir Edward en août de l’année dernière, de l’amélioration des quais au port de conteneurs – au coût de Rs 6,8 milliards –, et de l’entrée en vigueur d’un Vessel Traffic System en 2020, et qui aura coûté Rs 16 millions. La MPA travaille en outre sur une série de mesures en vue d’améliorer l’efficience et la performance portuaires, souligne-t-il.
Un Digitalised Vessel Clearing System, au coût de Rs 7,5 millions, est également mis en œuvre pour faciliter l’entrée des navires. Le Premier ministre annonce que ce système sera opérationnel le mois prochain. Un contrat pour la révision d’un Master Plan du port a été alloué à un consultant en mai dernier. Ce rapport sera prêt en avril 2024.
La CHCL a par ailleurs investi Rs 2,2 milliards pour l’achat d’équipements modernes afin d’augmenter la productivité, ce qui comprend, entre autres, l’achat de nouveaux portiques, dont trois acquis en 1998 et qui seront remplacés par des plus modernes. Le chef du gouvernement conclut sa réponse liminaire en affirmant que « pour toutes ces raisons, la question d’effectuer une étude sur la performance portuaire ne se pose pas .»
XLD : I hope that the Speaker will give me additional time for my supplementary questions. Je demanderai au Premier ministre d’expliquer comment en dépit des milliards investis dans le port et au sein de la Cargo Handling Corporation Ltd, le niveau de productivité et d’efficacité n’a cessé de connaître de détérioration ces derniers temps. He seems to challenge the report of the World Bank. Il a cité une moyenne de 21,2 Moves par heure. Mais est-il au courant que les équipements en question ont une capacité de 40 Moves par heure, soit la moitié des possibilités de ces équipements ?
PJ : I’m not challenging the report of the World Bank. La Banque mondiale a même fait état de certaines réserves et limitations. Le rapport évoque la durée des bateaux dans le port. Comme la Banque mondiale l’a fait ressortir dans son rapport, il y a d’autres opérations accessoires se déroulant dans le port, le temps de l’escale. Nous avons besoin de nous pencher en détail sur les différentes opérations intervenant dans le port pour mieux évaluer le volet de la productivité…
À ce stade, le leader de l’opposition intervient, protestant contre la réponse du Premier ministre.
Speaker : Don’t embarrass me. Ce problème ne relève pas de mes préoccupations. The Prime Minister is answering your question. Voilà…
PJ : Le leader de l’opposition est en train de perdre le temps de la Chambre. Il doit me donner l’occasion de répondre à la question. Let me answer. Comme vous le savez, ce rapport de la Banque mondiale sur la productivité dans des ports a classé Hambourg, un des ports les plus modernes d’Europe, juste après le port de Port-Louis. Tel est le cas pour des ports au Canada et aux États-Unis. Sure, we could have done better. Mais, je le répète, même la Banque mondiale attire l’attention sur le fait de ne pas read so much in that report. It’s only indicative…
XLD : Le Premier ministre est-il au courant de l’existence d’un rapport commandité par le gouvernement au coût de Rs 25 millions et soumis officiellement en juin 2021. Ce rapport avait été confié à la firme PwC. Is he aware of that report ? Les conclusions de cette étude sur la productivité portuaire sont pires que celles du rapport de la Banque mondiale. Le document, qui compte 260 pages, met en garde contre le risque de voir Port Louis perdre son statut de Hub dans la région de l’océan Indien. Il y a Madagascar, qui aspire à devenir un Hub avec des investissements. Est-il au courant qu’aucune de la cinquantaine des recommandations du rapport n’a été mise en oeuvre ?
PJ : Ce n’est pas vrai. Un certain nombre de recommandations a été adopté. I know the report very well. There is one fundamental issue. The Cargo Handling Corporation Limited is overstaffed. Saviez-vous que nous avions hérité d’une situation où entre 2006 et 2009, des recrutements, au nombre de 700, sont intervenus ? Ce ne sera pas facile d’engager une restructuration avec des négociations engageant des représentants des syndicats. This is one of the main problems. Le leader de l’opposition parle de productivité. Mais il y a le volet des rémunérations, des bénéfices et des conditions de service à considérer. The report highlights this issue.
XLD : Je suis extrêmement peiné de constater que le Premier ministre place toute la responsabilité sur les épaules des employés. Ces travailleurs en prennent note. À la Cargo Handling Corporation, il y a un Managing Director. Le Premier ministre est-il disposé à révéler les qualifications professionnelles de ce directeur de même que son expérience ? Est-il disposé à déposer une copie du CV de ce Managing Director ?
PJ : Le leader de l’opposition dit que je rends les travailleurs responsables de la situation en matière de productivité. Mais il m’a posé une question. One of the issues mentioned in the report is of staffing. Je ne blâme pas les employés. Je n’ai fait que répondre à une question…
XLD : Je maintiens qu’il n’est pas juste de faire les employés porter ce blâme. Je demande au Premier ministre de confirmer le nombre des cinquante recommandations du rapport de PwC qui ont été mises en pratique ? I can’t find any…
PJ : Le leader de l’opposition fait une fixation sur des employés dans le port. But it’s one of the issues, staffing, mentioned. Il n’a pas écouté les éléments de ma réponse.
À ce stade, le Premier ministre reprend les éléments de sa réponse en soulignant que « there are some projects in the pipeline » et que les projets dans l’enceinte du port, dont l’Island Terminal, la marina et le Fishing Port seront revus.
Speaker : Time is over…
Vaines protestations du leader de l’opposition pour des interpellations supplémentaires additionnelles.

