— Parmi les créatifs réunis au Foyer de l’Unité à Souillac : Lewis Dick (sculpteur sur bois), Joanna La Gesse (artiste peintre), Pro Bha (photographe), Corinne Paté (Fashion Designer)…
Marie-Laure Ziss-Phokeer
Artiste céramiste, fondatrice de l’Atelier ARTZIL à Albion.
Accompagnatrice en Journal Créatif ® en cours de certification auprès de l’Ecole internationale Jet d’Ancre, basée au Canada.
« Venez faire l’expérience de votre beauté intérieure », telle était l’invitation lancée par le père Henri Arthé aux artistes mauriciens. Médiums, fois et cultures confondus. Rassemblés au Foyer de l’Unité à Souillac, une quinzaine de créatifs d’horizons divers ont donc partagé une retraite du 25 au 27 août.
Différemment d’une résidence artistique classique, pas d’objectif à atteindre, pas d’œuvre à finaliser dans un temps limité, seulement le plaisir de se connecter à son intériorité. Puis le plaisir de partager ce processus avec l’autre, dans le respect, la bienveillance, l’authenticité et le non-jugement.
Un fil conducteur, tout au long du parcours ; le personnage de David, figure historique à la croisée de différentes religions (catholique, juive et islamique) et porteur de multiples facettes. David fut tour à tour berger, guerrier (connu pour la bataille victorieuse contre Goliath), séducteur passionné, meurtrier. Un homme d’excès et donc un grand pécheur… C’était également un grand artiste, puisque David est reconnu pour avoir composé la plupart des psaumes chantés. Il était également ‘art-thérapeute’ avant l’heure, puisqu’il a adouci la tristesse et les douleurs du Roi Saül avec sa harpe, « comme si Dieu jouait sa musique à travers lui », témoigne le père Henri Arthé.

Une histoire contée et l’opportunité de s’interroger. Dans quelle mesure sommes-nous l’instrument de Dieu ? Un Dieu quel qu’il soit, selon la foi de chacun. Quels talents Dieu a-t-il placés en nous ? Comment les développons-nous ou pas ? Quelle est la part de créativité dans notre vie quotidienne ? Dans notre vie de couple, familiale, nos amitiés, notre travail, nos engagements volontaires ou sociaux ? Autant de questions que je me suis posées durant le week-end et que j’invite chaque lecteur à se poser, si possible pour y répondre par écrit.
Souvent, les arts sont apparentés aux « seuls » Beaux-Arts. Et la créativité, le talent, l’inspiration, pensés à tort comme réservés à certains, une poignée, c’est-à-dire les artistes diplômés ou autodidactes. Alors qu’en fait, je suis convaincue que nous sommes tous des artistes, des créatifs. Et nos talents multiples : la cuisine, le jardinage. Dès le saut du lit, tout peut donner lieu à la créativité : prier, se coiffer, assortir ses vêtements, mettre la table, préparer le sac de ses enfants, leur laisser un message avant de quitter la maison, chanter dans la rue en allant prendre le métro ou le bus…

Bien entendu, la vie n’est pas tous les jours rose et l’envie de chanter sous la douche pas forcément au rendez-vous. Des challenges, des batailles, la maladie, des conflits émaillent notre parcours. Mais là aussi, le père Henri Arthé rappelle justement que l’art peut naître également dans des phases douloureuses, naître de nos blessures. Voire même de notre hypersensibilité, de nos zones d’inconfort… C’est pourquoi au cœur de ce week-end, le responsable du Foyer de l’Unité a proposé aux retraitants d’expérimenter de nouveaux ateliers, y compris ceux nous attirant le moins.

Les carrefours d’échange proposés : la sculpture sur bois, le modelage en argile, les danses, la broderie, les mandalas… Un joli programme entrecoupé par des enseignements, des veillées et des marches méditatives. Buts : revenir à ce que nous sommes véritablement en notre cœur (au-delà de notre mental), ce que nous aurions pu devenir (en matière de vocation) et approfondir au-delà ; découvrir des zones inconnues de nous-mêmes et des processus novateurs.

Comme le père Henri Arthé, je suis convaincue que la rencontre avec le Divin passe par l’expression de nos talents (quels qu’ils soient) et de notre créativité au quotidien.

Pourtant, souvent la routine nous sclérose et nous enferme. Après ce week-end, j’ai envie de rechercher chaque fenêtre, chaque micro pause, chaque respiration au cours de mes journées bien remplies, afin d’y déployer une once de créativité (divine ?). Cette résidence, un petit pas de plus pour guérir mon âme et cheminer vers davantage de spiritualité, grâce à la créativité… Une recherche spirituelle allant au-delà encore de ma foi catholique et de ma connaissance de l’hindouisme.
