Gouvernance mondiale : l’extrémisme – une menace à la démocratie

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DIPLAL MAROAM

Dans ce monde déboussolé, où tous les repères classiques volent en éclats, un sentiment de lassitude à l’égard de la direction des pays ne cesse de gagner du terrain ; de nombreux observateurs étant même d’avis que la politique traditionnelle visant à améliorer la qualité de vie des populations, que ce soit sur le plan social, économique, sécuritaire, sanitaire ou alimentaire, est arrivée au bout du rouleau. La croissance économique qui ne ruisselle pas vers toutes les couches sociales ne sert plus de gage de bien-être des peuples à travers le monde. Par conséquent, les gens, qui en ont marre du pareil au même, se retrouvent désemparés, souhaitant passer à autre chose à travers du vrai changement.

Dans ce contexte, la montée en puissance de l’extrême droite dans de nombreux pays ne peut être balayée d’un revers de la main. Comme, par exemple, aux États-Unis où Donald Trump caracole en tête dans les sondages pour un retour aux affaires en 2025 malgré ses déboires judiciaires ; en France où Marine Le Pen qui avait récolté 44% des suffrages au second tour de la présidentielle de 2022, se retrouve actuellement en pole position dans la course à l’Élysée pour 2027 ou encore aux Pays-Bas où le populiste, islamophobe, anti-migratoire et anti-européen, Geert Wilders, leader du parti PVV est arrivé en tête des législatives du 22 novembre dernier. Mais le changement le plus marqué de ces derniers temps, c’est bien l’alternance politique qui surviendra en Argentine le 10 décembre prochain suite à l’élection à la présidence le 19 novembre dernier du candidat antisystème, ultralibéral, économiste libertarien, Javier Milei.

Cependant, force est de constater que ce 2e plus vaste pays d’Amérique latine risque bien d’être une fois de plus, pour le meilleur ou pour le pire, un laboratoire politique dans un sous-continent qui reste un terreau fertile pour les populismes de droite comme le fut Jair Bolsonaro au Brésil et de gauche avec Nicolas Maduro, successeur d’Hugo Chavez au Venezuela. En effet, conformément à la thérapie de choc que préconise le président-élu de l’Argentine pour son pays où l’inflation a, en octobre dernier, atteint 142,7% – contre 42% en 2020 –, l’on relève l’abolition de la banque centrale et le remplacement de la monnaie nationale, le peso, qu’il appelle « excrément », par le dollar américain. Or, selon les experts, ce brutal réajustement monétaire, pourrait aggraver la détresse sociale en provoquant une nouvelle hausse généralisée des prix, comme ce fut d’ailleurs le cas en Équateur au début des années 2000. Cette mesure pourrait également constituer une aubaine pour le blanchiment des pactoles du narco-trafic et de l’argent sale.

D’autre part, pour réduire les dépenses de l’État, le nouveau président, qui a choisi la tronçonneuse comme symbole de circonstance, compte effectuer des coupes budgétaires drastiques à la hauteur de 15% du PIB dans l’éducation, la santé, la culture, la sécurité sociale, la protection de l’environnement car étant foncièrement climatosceptique. Ce qui pourrait accroître davantage le chômage et les inégalités, fléaux déjà alarmants dans ce pays d’environ 45 millions d’habitants et où le taux de pauvreté avoisine les 43%. Et parmi ses autres mesures radicales, citons la légalisation des ventes d’organes des donneurs « pour permettre aux pauvres de se faire un peu d’argent », l’assouplissement des contrôles sur la vente d’armes à feu, entre autres.

Dictatures militaires

Pourtant, il y a quelques décennies de cela, l’Argentine figurait en bonne place parmi les dix premiers pays les plus riches au monde ; aujourd’hui, après une constante dégringolade, elle se retrouve à la 60e place par rapport à son PIB per capita. En effet, l’histoire de ce pays – dont la population rêvait depuis longtemps d’un sauveur pour la sortir du gouffre par un coup de baguette magique – dans la seconde partie du siècle dernier et dans les 20 premières années de ce siècle est celle d’un implacable spirale de déclin alternant dictatures militaires – la dernière de 1976 à 1983 fut l’une des plus féroces ayant fait au moins 30,000 morts et disparus – et régimes populistes.

Le vaincu du scrutin du 19 novembre 2023, Sergio Massa, ministre sortant de l’économie, appartient, pour sa part, au mouvement péroniste – fondé justement par Juan Peron au pouvoir de 1946 à 1955 puis de 1973 à 1974 –, mouvement qui a vu de grandes figures, de Carlos Menem à Nestor puis Cristina Kirchner, s’installer au pouvoir à Buenos Aires. Ce sera, bien évidemment, la fin du péronisme si d’aventure Javier Milei arrive à tenir ses promesses. Il convient, tout de même de constater que, hormis les considérations politiques et économiques, les conséquences de la Covid-19 ont également eu des répercussions non négligeables sur l’élection du candidat de l’extrême droite. En effet, en Argentine comme dans de nombreux pays voisins, dont le Brésil, la société avait été profondément ébranlée par la pandémie qui y fut particulièrement meurtrière. L’Amérique latine qui pèse pour quelque 10% de la population mondiale, a enregistré 30% de décès. D’où cette immense colère qui a nourri le vote radical pour le changement.

Finalement, même chez nous à Maurice, ce sentiment de lassitude et de changement devient de plus en plus palpable. D’ailleurs, un récent sondage indique qu’environ 68% des Mauriciens souhaitent une alternance significative à la tête du gouvernement, occupée depuis l’indépendance à ce jour rien que par deux patronymes manifestement inamovibles, Ramgoolam et Jugnauth. Sauf sursaut drastique de la part de l’électorat, 2024 pourrait ne pas constituer l’exception à la règle. Les deux nouveaux prétendants au poste suprême, Bodha et Bhadain, doivent pouvoir, dans l’intérêt supérieur de la population, accorder leurs violons et se présenter sous une seule bannière pour mener une campagne commune durant laquelle l’accent doit essentiellement être mis sur des sujets accrocheurs tels les « bread and butter issues » et la réforme en profondeur des institutions – où la conscience professionnelle a longtemps été phagocytée par des gains purement matériels – pour soulager le calvaire quotidien du petit peuple, laissant Paul Bérenger se démêler avec sa sempiternelle réforme électorale qui n’intéresse guère le citoyen lambda et pourrait même constituer la pierre d’achoppement de l’alliance rouge-mauve-bleu vu que Xavier-Luc Duval est foncièrement contre toute abolition du BLS, se prononçant même pour sa réactualisation par un nouveau recensement différentiel, abandonné depuis 1972. Le PMSD, après tout, ne représente-t-il pas les quelques sous manquants à la roupie de Pravind Jugnauth ?

                                                                                                                                            Dr Diplal MAROAM

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