C’est absolument inacceptable qu’une école confessionnelle gère de cette manière un délit aussi grave que l’abus sexuel sur mineurs. Il ne faut pas attendre qu’il y ait des actes répréhensibles pour faire semblant d’agir. Et cela, tout en s’échinant à préserver la supposée « réputation » de l’institution plutôt que de privilégier la protection des enfants. Il faut agir dès qu’il y a ne serait-ce qu’un soupçon de comportement, pas inapproprié – comme on le décrit un peu trop souvent au risque d’une commode banalisation –, mais désigné par son nom un délit caractérisé, soit un acte de prédation sur mineur qui est sévèrement punie par la loi. Le Loreto Junior School de Curepipe a, pour dire le moins, très mal géré ce dossier. En dépit de l’annonce d’une mesure disciplinaire suivie d’un licenciement. À part le recours à un conseil légal, des explications tardives par le biais d’un communiqué, la direction de l’école n’a pas été plus loin, laissant les victimes et leurs parents se débrouiller tout seuls, au lieu de les accompagner dans la voie de la dénonciation publique et auprès de la police. Et si cette jeune fille, ancienne victime du prédateur, qui se trouve aujourd’hui en Australie, n’avait pas exprimé son étonnement que ce professeur de musique soit toujours en poste malgré son passif, tout aurait apparemment continué comme si de rien n’était. Le professeur aurait toujours joué tranquillement sa partition délictuelle. Entre la période de la matérialité des faits et juillet 2025, plus de dix ans passés. Et sait-on combien de jeunes filles ont été les victimes de ce prédateur pendant tout ce temps ? À l’école de Curepipe et au conservatoire François Mitterrand qui l’a, à son tour, suspendu ? Parce que, comme on le sait, il y a celles qui choisissent toujours de se taire parce qu’elles ne savent pas que la honte ne devrait pas être dans leur camp, mais il y a aussi celles qui ont décidé de parler, une première parole courageuse et incriminante ayant gagné les réseaux sociaux et la place publique. C’est probablement ce qui a poussé deux nouvelles et très jeunes victimes de 11 et 12 ans, après celle qui s’est déjà officiellement déclarée, à venir de l’avant. Cette dénonciation a heureusement et enfin abouti à un signalement officiel auprès des autorités concernées. C’est définitivement too little too late, mais il faut désormais veiller à ce que ce rapace soit traduit en justice et qu’il soit définitivement mis hors d’état de nuire. Dans tout ce drame, traité avec un peu trop de froideur et de détachement de la part des autorités confessionnelles et la hiérarchie catholique, promptes à des mandements moralisateurs, il est heureux que le président de l’association de parents d’élèves, Jean-Luc Rancier, soit monté au créneau pour relayer une voix forte vis-à-vis de la direction de l’école, accusée de manque de réactivité, de complaisance et de déficit de transparence dans toute cette glauque affaire. Il s’est exprimé à l’issue d’une réunion organisée par la direction de la Loreto Junior School, jeudi dernier, et qui, apparemment, n’a pas convaincu les parents d’enfants fréquentant cette école payante. Que cette affaire serve de leçon à tous les établissements éducatifs, encore malheureusement bien trop frileux et hésitants lorsqu’ils sont confrontés à ce genre de situation. On évoque, certes, ici et là, l’existence de protocoles, mais encore faut-il qu’ils soient suivis à la lettre. Pour que de tels drames – qui marquent souvent à vie lorsque les victimes ne sont pas accompagnées et aidées dans leur entreprise de reconstruction – ne se répètent pas. Too little yet, par ailleurs, sur le front de la corruption. On n’est plus au « daylight robbery » de l’ère MSM, mais Transparency International a pourtant et de manière draconienne dégradé l’île Maurice, dans son dernier classement. C’est un constat sévère, basé sur des critères qui ne sont pas toujours objectifs, mais c’est une piqûre de rappel nécessaire lorsque les promesses d’une amélioration significative de la gouvernance publique tardent à se concrétiser. Ce serait, toutefois, de très mauvaise foi de soutenir que rien n’a changé depuis novembre 2024. Les rapports de comités d’enquête, longtemps cachés parce que c’est l’opacité qui était la norme, ont tous ou presque été rendus publics. Les questions parlementaires sur des organismes jusqu’ici protégés par le secret, parce que prétendûment « commercialement sensibles », ont été admises et elles ont fait l’objet de réponses précises et détaillées. Qui aurait su que l’ex-gouverneur de la banque centrale Rama Sithanen est parti avec une indemnité de Rs 5 millions si le Premier ministre n’avait pas décidé que tout cela ne devrait pas rester un secret de polichinelle, mais une information d’intérêt public ? Il en est de même pour Satar Hajee Abdulla, cet agent de Pravind Jugnauth qui s’est construit un véritable pont d’or de plus de Rs 200 millions, sur l’enterrement de la BAI à Air Mauritius, en passant par la State Bank of Mauritius. Les détails de toutes ces affaires scandaleuses ont bien été révélées à l’Assemblée Nationale. La Financial Crimes Commission, héritée de l’ancien gouvernement, s’est mise au travail au pas de course au lendemain de l’alternance. Elle a procédé à des saisies, à des arrestations de figures politiques notoires, avec transfert de dossiers au directeur des poursuites publiques. Ce dernier a bien engagé des procès formels contre deux anciens protégés du MSM, Rama Rao et Sham Mathura. Certains diront que ce ne sont toujours que des petits poissons qui passent à la trappe et que les gros requins s’en sortent toujours. Dans la lutte contre la corruption, ce ne sont pas quelques actions ponctuelles et spectaculaires qui comptent, mais la suppression de tout cet écosystème qui évolue dans le giron du pouvoir qui est capable de faire avancer des dossiers contre des contreparties sonnantes et trébuchantes. Ce que la population attend, ce sont des textes sur le Freedom of Information, sur le Protection of Whistleblowers, sur le financement des partis politiques. Tant que tout cela n’aura pas été mis en place, le doute subsistera.

