• Sydney Pierre (Junior Minister) et Patrick Belcourt (conseiller BBRH) : « Si posib, anou desann tanto mem ek dime : ce combat n’a pas de couleur de parti »
Branle-bas de combat à la mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill, ce mercredi face aux séquelles et ravages du fléau de la drogue Le ministre de la Jeunesse et des Sports, Deven Nagalingum, entouré du Junior Minister au Tourisme, Sydney Pierre, du nouveau maire, André Toussaint, et de son adjointe, Gina Poonoosamy, a mobilisé la société civile et les ONG, la National Agency for Drug Control (NADC), de même que les conseillers des villes-sœurs et les responsables des unités de la Jeunesse et des Sports, de même que Mgr Jean Michaël Durhône, Évêque de Port-Louis.
« Dimansion problem ladrog alarman ! Les ravages causés dans nos villes, surtout ici, où nous sommes les députés, sont énormes ! Pa zis isi ki ladrog pe pouri partou, antie lil koumsa. Aussi, nous avons décidé de commencer par nous attaquer concrètement aux problèmes liés aux drogues dans les quartiers de BBRH. Nou pa pe pretann nou pou eradik ladrog, me nou ena devwar moral ek imin pou koumans enn travay konkre. » C’est en ces termes que Deven Nagalingum a résumé l’initiative prise.
Un comité composé des représentants de tous les partenaires convoqués sera institué et se réunira régulièrement. « Dans une quinzaine de jours, nous devons être en présence d’un plan d’action comprenant les axes en vue de nous attaquer à ces problèmes aux villes-sœurs. Et des résultats sont attendus. Mo pa pe menase. Mais je veux que l’on comprenne que je me suis engagé sérieusement et chacun d’entre nous aura sa contribution, sa responsabilité », explique-t-il.
« Aret sa fleo-la !»
« Le problème numéro un de notre pays demeure la drogue. Partou kot nou alle, sitwayin dimann nou samem : aret sa fleo-la ! Nous sommes des politiciens et députés de ces régions et nous occupons des postes importants au sein du gouvernement. Il est donc de notre devoir moral et humain de nous attaquer à ces problèmes. Mais pas tout seuls. Ce combat, c’est celui de chaque Mauricien. Nous devons tous nous jeter dans la bataille, main dans la main », préconise-t-il.
L’évêque de Port-Louis rebondit : « Nous avons actuellement une population vieillissante, d’une part, et de l’autre, une jeunesse qui est menacée sérieusement par les drogues. Nous ne devons et ne pouvons pas rester les bras croisés. Nous ne pouvons pas laisser notre société tomber malade. »
Évoquant le projet Anou transform nou landrwa qu’il a initié depuis l’an dernier, le ministre relève que « dans les différentes régions où nous nous sommes rendus, un même constat accablant : la prolifération des drogues. Parallèlement, l’existence d’une jeunesse qui a soif d’opportunités et d’ouvertures pour briller. Ena talan dan sa bann landrwa-la ! Il y a des lauréats ! Ici même, à Barkly, nous en avons eu deux, soutenus et accompagnés par le diocèse. Et je ne compte pas les jeunes qui, soit sur le plan sportif, soit dans les arts, se distinguent. Nou pa kapav les sa bann dimounn-la tonbe. Nou bizin azir. » Il cite le cas de l’actuel maire, André Toussaint, un enfant de Barkly. « Mais voyez son parcours et son cheminement. Son application et sa persévérance ! Et ce n’est pas la première fois qu’il se distingue. »
Le ministre se permet d’interpeller les autorités. « Partou kot nou’nn ale, dan bann landrwa so, nou’nn trouve ek nou lizie. Nou kone kot vann zafer-la. Zot (ndr : la police) kone kot vann zafer-la. Pourtant, le trafic perdure. Les consommateurs continuent à faire la queue et attendent les marchands. Il faut réagir », s’insurge-t-il.
Sydney Pierre rechérit : « Nous avons convoqué cette réunion et nous souhaitons qu’elle soit sans filtre : dites-nous où vous, stakeholders – police, ONG… rencontrez des problèmes, et nous, au sein du gouvernement, nous allons faire bouger les choses ! Zot bizin plis veikil ? Zot bizin plis efektif, pli boukou dimounn ? Des postes de police décents et bien équipés ? Car tout cela fait partie de la réponse. Si les policiers n’évoluent pas dans des endroits sains et convenables, ils n’auront pas à cœur leur travail. »
«Pa met tou lor ledo bann zenn ! »
Deven Nagalingum et Sydney Pierre ont tenu à saluer Mgr Jean-Michaël Durhône pour l’engagement de l’Église dans ce combat et le franc-parler de l’évêque. « Certes, ce problème ne date pas d’hier. Mais il a pris une ampleur énorme depuis quelques années. Ek mo redir li : ladrog napa get figir, ni ras ni kouler lapo ! Quand une mère pleure et souffre, nous ne nous attardons pas à savoir si c’est une maman musulmane, chinoise ou hindoue. L’être humain souffre : voilà ce qui importe », implore l’évêque de Port-Louis, qui réitère que « 53% de la population carcérale est constituée de jeunes âgés entre 18 et 35 ans. Prizon reflet nou sosiete. Ce rajeunissement de la consommation des drogues touche les établissements scolaires secondaires, et aussi primaires, malheureusement. »
Mgr Durhône maintient qu’il ne faut pas blâmer les jeunes. « Pa kapav met tou lor ledo bann zenn. Nous devons nous remettre en question. Que faisons pour aider nos jeunes ? Les valoriser ? Les écouter et leur apprendre à s’aimer, se connaître, identifier leurs forces et à qui parler de ce qui les tracasse, leurs craintes, leurs peurs ? Les sports, les art, et les activités aident en ce sens. C’est un chemin d’espérance pour eux. Nous devons et pouvons faire plus en ce sens », plaide-t-il, ajoutant que « nous devons aussi apprendre à faire confiance aux jeunes. Certains sont bien préparés et formés pour être des éducateurs et des relais de pairs. »
Deven Nagalingum, abondant dans le même sens, avance qu’ « avec des jeunes de ces quartiers chauds, nous avons déjà entamé des projets et les résultats se font déjà sentir. Nous avons compris que ces jeunes sont en quête de role models, d’encadrement, d’accompagnement, de soutien et de guides. C’est la raison pour laquelle je veux que la société civile, des travailleurs sociaux engagés sur le terrain, autant que des professionnels dans des institutions publiques et privés, de la NADC, participent à notre projet. Je fais confiance à l’expérience de ceux qui sont sur le terrain. Ensemble, nous pouvons concrètement faire reculer la drogue dans nos villes. »
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Sydney Pierre et Patrick Belcourt : « Ce combat n’a pas de couleur politique ! »
Déterminés l’un autant que l’autre, Sydney Pierre et Patrick Belcourt parlent le même langage : « Si posib, anou desann lor terin zordi mem ou demin ! Dans ce combat contre les drogues, il n’y a pas de couleur de parti. Si pe bizin, mo pou trap lame Patrick Belcourt pou nou desann ansam lor terin ! Nous avons déjà échangé et partagé nos points de vue et nous allons dans la même direction. »
Conscient de l’urgence de la situation et de l’importance d’agir promptement, Sydney Pierre ajoute que « j’ai pris l’engagement d’aller au bout de ce problème. Certes, nous ne pourrons pas finir les drogues. Mais nous sommes tenus à prendre des mesures concrètes. Oui, la répression fait partie de la réponse. Tout autant, nous devons nous intéresser aux victimes, aux parents. Même si cela me coûte de ne pas être élu de nouveau, je continuerai ce combat. Je vois trop de larmes, je reçois tellement de personnes qui souffrent. Ce n’est pas possible de rester imperméable à autant de désespérance. Je demande aussi au gouvernement de se jeter dans le combat ! Avec le ministre Nagalingum, nous démarrons ici à BBRH. Mais c’est tout le pays qui a besoin de nous tous, chaque Mauricien. »
Patrick Belcourt a salué l’initiative prise. « J’espère de tout cœur qu’il ne s’agit pas d’une énième promesse, d’une réunion cosmétique ou d’un exercice de marketing ! Parce que le problème urge à l’action. Et je suis prêt à me donner à 200% dans ce projet », fait-il valoir.
Marousia Bouvery (ABAIM) : « Que le projet soit suivi par le conseil des ministres !»
Plusieurs ONG et membres de la société civile participaient à la rencontre. Parmi, la directrice et membre fondatrice du groupe ABAIM, Marousia Bouvery. L’artiste et éducatrice a mis le doigt sur un ensemble de facteurs socio-économiques qui sont propices à l’émergence du problème des drogues.
« Je trouve que c’est bien d’avoir des campagnes de prévention et de sensibilisation. Cependant, je demande qu’en priorité, nous nous attelions à ces facteurs socio-économiques qui sont à la racine du problème des drogues. Dayer, pou mwa, sa proze-la, li ti pou bon ki minis Nagalingum swiv li a sak letap. Cela parce qu’il s’agit d’une urgence nationale. Nous parlons dans un premier temps pour BBRH, c’est très bien, en effet. Mais nous sommes tous conscients que c’est un fléau national. D’où ma requête. Si le ministre Nagalingum fait remonter les efforts entrepris et fait écho de ce qui se passe sur le terrain et comment et qu’est-ce qui doit être fait au niveau du conseil des ministres, le response sera meilleur », avance-t-elle.
« Fer 45 banane nou dan Barkly. D’ailleurs, l’initiative de lancer Abaim à l’époque émerge d’un souci et d’un désir de sortir des enfants, des jeunes très vulnérables, de ces quartiers, leur donner une chance de réussir, de rêver, de s’en sortir plutôt que de les laisser, condamnés en quelque sorte, à suivre la tendance et devenir consommateur ou revendeur de drogues. Gouvernma ale, gouvernma vini, ladrog vande mem. Des jeunes se font avoir, des familles piégées. Pourtant, chez Abaim, nous avons vu émerger des jeunes avec des talents incroyables et qui font la fierté de notre pays. Donc, il est clair qu’il y a une sortie de crise. Il faut de l’encadrement, de l’accompagnement, du soutien, de la formation », poursuit-elle.
« Boukou fami anprisone dan zot lakaz. Ces familles vivent au cœur même de ces régions que vous décrivez comme so. Chaque jour, c’est une même routine : sortir aller au travail et/ou à l’école, retour, s’enfermer à double tour, portes et fenêtres. Pa gagn letan get a-go,s a-drwat ! Ce n’est pas une vie ça ! Ce n’est pas normal. Kestion ki nou bizin poze se kifer nou sosiete malad ? » se demande-t-elle.
S’attaquer aux sources des dysfonctionnements sociaux : l’argument a été repris par Danny Philippe, de l’organisation DRIP (Développement, Rassemblement, Information et Prévention). « Marousia Bouvery a raison quand elle demande que ce combat doit être mené sur plusieurs niveaux. Ces facteurs socio-économiques causent des inégalités sociales qui, en retour, gangrènent des générations et des générations de jeunes ! Zordi zour, bann zenes ki rant dan trafik, zot pa konsome ! Ils intègrent les réseaux pour le fric. Qui leur permet, rapidement, de mener un train de vie luxueux, acheter des vêtements griffés, des maisons, voitures. Les temps ont changé. Mais qu’est-ce qui pousse ces jeunes vers cet argent facile ? Kan zot realise ki kot zot viv, sa se la norm : vann ladrog, gagn cash. Ils n’ont pas été familiarisés avec l’importance de faire des efforts, apprendre à gagner des sous grâce à une formation, un emploi. Donc, oui, nous voulons et pouvons donner un sérieux coup de main dans ce combat, mais il serait judicieux que l’on s’y prenne sur les différents aspects. Il faut absolument une approche holistique et qui comprenne tous les paramètres. Autrement, nos efforts seront éparpillés. »
De son côté, Raj Aubeeluck, ancien maire de BBRH, conseiller également, a fait état de son engagement aux côtés des toxicomanes et les fruits de cette démarche. « J’en ai même pris deux sous mes ailes. Mo koz ar zot, mo ed zot, mo donn zot travay. Résultat : je ne dis pas qu’ils ne sont plus accros, mais ils ont diminué leurs prises. C’est bon signe, non ? » confie-t-il.
Le travailleur social souhaite que « ce comité soit surtout présent sur le terrain. Nous avons des aménités, des infrastructures dans tous les quartiers. Il ne manque que la volonté et les gens pour aller à la rencontre des uns et des autres. Prévenir ceux qui ne se sont pas laissés piéger et encadrer ceux qui ont succombé à la tentation. Ce projet très louable est très faisable. »

